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Past. Koudjrohèdé : «L’Église n’a pas pour obsession la disparition du Vodun mais la conversion des cœurs»

Unique occasion annuelle dédiée officiellement aux religions endogènes‚ la fête Vodun du 10 janvier continue d’être vue comme une journée nationale d’abomination de l’avis de certains chrétiens. Qu’en disent les prélats eux-mêmes ? Un pasteur a accepté de donner son regard. Le Rév. Jean de Dieu Koudjrohèdé est doctorant en Théologie et pasteur de l’Église protestante méthodiste du Bénin (Epmb). Bien qu’étant ouvrier du Christ Jésus‚ l’homme se montre très ouvert quand il s’agit d’aborder les réalités endogènes. Il a même consacré son mémoire de master au phénomène de “cakatu”‚ travaux réalisés sous la direction du professeur Raymond Coovi Assogba‚ sociologue-boologue. Une interview exclusive qui peut être explosive !

Propos recueillis par Rosette ASSANGBE

 

Bénin Intelligent : Que représente pour vous la date du 10 janvier ?

Pasteur Koudjrohèdé : Je pense que c’est la fête de la tradition, une date de commémoration de nos réalités traditionnelles. Les péripéties traversées par le président Soglo ont contribué à l’institution de cette journée dans l’histoire du peuple béninois. Elle vient d’ailleurs corriger l’injustice envers les religions endogènes qui ne jouissaient d’aucune considération contrairement à leurs homologues chrétiennes et islamique.

Vous ne combattez donc pas cette journée comme d’autres chrétiens qui vont jusqu’à souhaiter sa suppression ?

Nul n’a le droit d’effacer l’histoire d’un peuple. Même les occidentaux qui nous ont évangélisés ont leurs traditions qu’ils gardent et d’où ils tirent fierté.
Les peuples occidentaux n’avaient pas connu l’évangile ; et lorsque l’apôtre Paul le leur annonçait, seule une dame appelée Lydie l’avait acceptée en Europe. C’est dire qu’il existe une tradition bien avant l’évangile. Si nous sommes chrétiens restons chrétiens‚ ne cherchons pas à faire dos à l’histoire d’un peuple ou à verser dans la stigmatisation inutile préjudiciable à la cohésion sociale.

On retrouve souvent des dignitaires Vodun à l’église mais (presque) jamais des prêtres ou pasteur assister à des cérémonies vodun même dans le cadre du dialogue interreligieux. Pourquoi ?

Je ne saurais le dire. Toutefois‚ le monde chrétien est tellement enveloppé de l’hypocrisie dont a parlée Jésus dans Mathieu 23. Sinon, le dialogue interreligieux est nécessaire et indispensable si nous voulons la paix. C’est pourquoi je suis content de voir un dignitaire Vodun suivre un culte chrétien. Cela montre qu’ils ont fait le premier pas pour prouver qu’il n’y a pas de l’antagonisme entre les deux idéaux. Ce qui ne devrait pas d’ailleurs exister. Si la paix est recherchée‚ prônée des deux côtés pourquoi ne pas s’unir pour apporter le salut au monde ? En tout cas ce que je dis m’est égale, d’autres peuvent penser autrement. En Israël même tous ne sont pas chrétiens‚ il y a des juifs.
Jésus n’est pas venu créer d’église. Il a reformulé le Judaïsme pour l’éclosion. Ce n’est pas parce que l’on pratique le Vodun dans ma maison que‚ chrétien‚ je ne suis plus de cette maison ! Non‚ c’est absurde.
Le Vodun n’est pas mauvais. Il a quand même structuré nos sociétés avant les pénétrations coloniales. C’est le dignitaire Vodun qui‚ étant un être humain au cœur remplit de toute sorte de rapines‚ peut travestir cette spiritualité. Ce n’est pas différent de ceux qui ont tué‚ violé au nom de l’Évangile.
Nous sommes dans l’amalgame de la foi.

L’Église a-t-elle ou souhaite-t-elle de voir le Vodun disparaître à jamais grâce à son œuvre d’évangélisation ?

L’Église n’a pas pour obsession la disparition du Vodun mais la conversion des cœurs. Elle n’est pas en guerre contre le Vodun mais plutôt contre les actes sataniques. Si un Vodun est utilisé à mal escient pour détruire l’humain‚ là il ne serait plus appelé vodun mais Satan.
Ce n’est pas le Vodun qui est mauvais en soi mais l’homme par l’usage qu’il en fait, d’où l’évangélisation de l’église. Elle lutte contre tout ce qui ne contribue pas à l’épanouissement de l’homme.
Même en dehors de l’Église‚ l’État peut détruire tout vodun qui constituerait un frein au développement du pays. C’est ce que souligne la page 8 de “L’arbre fétiche” de Jean Pliya : la construction d’une nation moderne peut exiger la destruction de certaines reliques du passé.
Il faut agir sur la conscience du “vodunsi” en lui faisant comprendre le caractère sacré de la vie.

Quand un vodunsi se convertit au christianisme la joie est grande. Quant à l’opposé, un chrétien retourne au Vodun, on y trouve du scandale‚ de la perdition. Pourquoi cette lecture ?

C’est le comportement du prêtre ou du pasteur qui évangélise qui traduit cet état de chose. Si l’habitude de celui qui prêche ne répond pas à ce qu’il enseigne‚ là le chrétien retournera au Vodun dont les préceptes lui semblent mieux que ce qu’il observe dans l’église. L’autre chose‚ c’est la conversion qui est prônée.

Dire que le Bénin est berceau du Vodun, cela doit-il choquer le chrétien ?

Non‚ cela signifie simplement que notre culture est connue. Nous ne sommes pas sans culture.

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