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Développement économique : Les maux du patrimoine vus par des chercheurs et décideurs municipaux

Des représentants de Nikki, Natitingou, Abomey et Porto-Novo ont pris part du lundi 8 au mercredi 10 août à Abomey, au séminaire de sensibilisation et de renforcement des capacités des décideurs et acteurs municipaux sur le patrimoine urbain. A l’issue de la rencontre, ils ont formulé des attentes à l’endroit de l’initiateur, le Centre de compétences en gestion urbaine des villes patrimoniales du Bénin (2Cgu).

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Le patrimoine culturel et archéologique n’est pas toujours en sécurité dans les villes en pleine transformation à cause de la modernisation, de la poussée démographique et des plans d’aménagement.

En la matière, se pose d’ailleurs un manque d’information et de connaissances sur les enjeux urbains appliqués au contexte africain. Une situation à laquelle le séminaire vient remédier avec l’objectif d’outiller les municipalités sur les clés de préservation et de valorisation du patrimoine urbain lors des aménagements.

Après trois jours de travaux (échanges, communications et visite de terrain), les participants ont insisté sur la nécessité d’établir des relations d’interaction entre les décideurs et le Centre de compétences en gestion urbaine des villes patrimoniales du Bénin (2Cgu). « Créer un groupe d’échange (réseautage) afin de continuer l’atelier après ce séminaire », a clairement exprimé le représentant du maire de Porto-Novo, François Honvou Zannou.

 

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Les témoignages recueillis à l’occasion rassurent que les participants sont repartis édifiés sur les enjeux de protection du patrimoine urbain.

Les chantiers qu’ils ont jugé urgents à aborder par leurs communes respectives, vont de la mise en place d’un cadre d’intercommunalité pour la gestion et la valorisation du patrimoine à la réalisation de l’inventaire des biens et des sites patrimoniaux des communes en passant par la constitution d’une base de données du patrimoine communal géolocalisable, et l’élaboration de plan d’entretien et de réhabilitation du patrimoine communal.

Autant d’actions qui, espèrent-ils, contribueront à faire du patrimoine un pilier du développement économique au niveau des municipalités du Bénin.

« Si nous avions raté ce séminaire, nous allons le regretter. Nous n’avions jamais eu l’occasion d’appréhender la réalité et de vivre avec la réalité. Ceci est une opportunité que nous devons saisir et que le contact avec le centre et tous les acteurs du domaine puisse nous permettre d’aller de l’avant et aussi nous permettre de développer nos communes.

Nous comprenons à travers ce séminaire que le Patrimoine est un nid de ressources qui n’a jamais été exploré », a avoué Sévérin Kanri Saki, assistant/Rade de la mairie de Natitingou.

Attentes

Unanimement, les participants ont souhaité de la part du 2Cgu, l’établissement d’une convention de coopération avec les différentes mairies, la proposition d’un projet de gestion urbaine patrimoniale, la proposition d’une stratégie pour la valorisation du patrimoine, la fourniture de service et la réalisation d’étude d’archéologie préventive du patrimoine.

Le Centre de compétences en gestion urbaine des villes patrimoniales du Bénin (2Cgu) se positionne justement comme « un point d’ancrage pour régler les problèmes surtout liés à la conservation et la valorisation de nos patrimoines », a indiqué Dr Ismaïla Toko Imorou, coordonnateur sud du projet Ares 2016 ayant débouché sur la création du 2cgu.

Dans ce sens, et en attendant l’aboutissement des recommandations supra-formulées, chacune des communes représentées a soumis au Centre ses attentes en matière patrimoniale.

Ainsi, Porto-Novo, à travers Richard Lys Hounsou, chef du Service culture et patrimoine de la mairie, appelle à l’appui du 2Cgu dans la réalisation d’une étude de faisabilité pour la réhabilitation de la mosquée centrale de Porto-Novo ; une étude archéologique sur le noyau ancien de Porto-Novo et sa cartographie ; l’avenir du reste des places vodun en dehors des 21 places sélectionnées par le projet « Éclosion urbaine » ; et une étude sur le patrimoine afrobrésilien de Porto-Novo.

Natitingou souhaite qu’on développe avec elle, une stratégie de mise en valeur du tourisme urbain, et la réhabilitation de la route de résistance de Kaba, a indiqué Aimé Lavenir Behanzin. Quant à la commune de Nikki, Gbêboussa Boni, le premier adjoint au maire a énuméré trois attentes : accompagnement pour la gestion du nouveau palais en cours de construction et de l’arène, accompagnement dans la mise en valeur du projet ‘’mise en route’’ touristique de la commune et, enfin, le développement d’une stratégie pour faire du patrimoine culturel de Nikki un pôle de développement socioéconomique.

Mots et maux

Les discussions ont été vraiment libres et nourries entre participants à ce séminaire. Ils se sont permis d’aborder les problèmes liés aux patrimoines dans leur globalité. Au-delà du patrimoine archéologique, les participants ont débouché sur les maux que connaissent également le patrimoine immatériel. Certains ont relevé la disparition de métiers traditionnels comme celui des griots et conteurs. « C’est une crise dans toutes nos localités », a fait observer Guillaume Hollo.

 

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Le C/Cab de la mairie d’Abomey illustre la situation par le cas même de la cité historique du Bénin :

« À Abomey aujourd’hui il n’y a personne pour raconter l’histoire de toute la ville, parce qu’elle est tellement dense. Il n’y a que deux dont le directeur de l’Office de tourisme, Gabin Djimassè. Quand les occidentaux viennent échanger avec lui, trois mois après ils peuvent sortir un ouvrage de 200 pages sur Abomey.

Comment est-ce qu’un Français raconte l’histoire d’Abomey et c’est vendu à des centaines de millions de francs ? Quand ils envoient un exemplaire au directeur Djimassè, dès les premières pages ce dernier relève des incohérences et faussetés ».

Guillaume Hollo recommande de pallier à cette situation en inaugurant un métier qui existe déjà ailleurs :

« Dans les pays développés il y a des gens qui ne sont pas auteurs mais qui écoutent et rédigent les ouvrages. N’allons-nous pas nous engager dans ce chemin afin que les personnes âgées de nos contrées et qui détiennent l’histoire, seront des auteurs par l’intermédiaire de ces spécialistes qui transcrivent ? », interroge Guillaume Hollo.

Des participants ont enfin évoqué les limites de la langue française dans l’expression des réalités culturelles typiquement endogènes. Il s’agit d’un problème de terminologie qui amène à employer des termes dépréciatifs comme « fétiche » (pour dire Vodun) et « prêtre de Fâ » (pour Bokonon). La solution est simple, selon Adamou Sanni, Cspdl de la mairie de Nikki. Elle consiste, dit-il, s’agissant des noms de déités/pratiques ou titres de fonction coutumière, à s’en tenir aux appellations en langues nationales.

« Les enseignants ont retenu qu’il faut faire l’effort de les utiliser comme tels dans nos recherches. En cherchant à trouver des équivalences dans la langue française, la plupart de nos problèmes en Afrique partent de là.

Parce que si on prend par exemple ‘’Nina Boko’’ c’est le titre du « roi ». Dès qu’on l’évoque dans l’espace qu’occupe aujourd’hui le Bénin, il renvoie à Nikki ; par ailleurs, dès qu’on dit ‘’Bagana’’, ça renvoie à Kouandé ; Nasunon renvoie à Banikoara ; Dada renvoie à Abomey.

Pourquoi ne pouvons-nous pas nous efforcer à les utiliser alors qu’ils reflètent beaucoup de choses ? « Fétiche », vient des premiers ethnologues qui l’ont inventé pour déformer, dénigrer, injurier nos réalités, dire qu’elles sont diaboliques », a démonté Adamou Sanni.

Le 2Cgu à travers l’Epa promet travailler à « des solutions idoines adaptées aux réalités du terrain », a rassuré Jéronime Azanmassou, gestionnaire du patrimoine culturel.

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