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Paul Hounkpè, chef de file de l’opposition : Unifier une maison fragmentée

Le manque et la fidélité à une vision commune a fini par l’éclater en deux camps antithétiques, celui des ‘’radicaux’’, menés par Les Démocrates (ou La Résistance) et celui des ‘’constructivistes’’, de Paul Hounkpè, secrétaire exécutif national de la Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe). Un état déplorable de l’Opposition béninoise auquel ce dernier devra trouver solution au nom du statut historique de chef de file de l’opposition qu’il vient d’acquérir. Décryptage !

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

« Non-événement » ! C’est ainsi que Éric Houndété, président du parti ‘’’Les Démocrates’’ réagit à la nomination du chef de file de l’opposition, lundi 3 mai 2021 par le président réélu, Patrice Talon. S’il mérite indiscutablement ce titre au regard de la loi n°2019-45 du 25 novembre 2019 portant statut de l’opposition en République du Bénin, la personne de Paul Hounkpè fait polémique et rappelle la guerre lointaine des camps au sein d’une même opposition, sur fond d’accusation de relations incestueuses avec le pouvoir en place.

Nous sommes en 2019. Incomprise, la réforme du système partisan avait frappé plusieurs partis d’opposition qui n’ont pu participer aux législatives du 28 avril. Alors que l’opposition était toujours en souffrance, un homme se démarque. Paul Hounkpè et son équipe, décident de sauver leur parti, la Fcbe qui avait cessé d’exister au regard de la nouvelle charte des partis politiques. Il en devient (comment ?) le secrétaire exécutif national et réussit à obtenir le certificat de conformité. La démarche génère une crise sévère au sein du parti cauri. Malgré les médiations menées par le président-fondateur Boni Yayi entre-temps revenu de son repos nigérian, la crise vire à la désertion. L’aile de fronde que mène ce dernier accuse le camp Hounkpè de trahison et conteste son titre. Finalement, le parti se vide de Yayi, qui emmène avec lui ses derniers soutiens inconditionnels : Eugène Azatassou, Éric Houndété, Alassane Tigri, Nouréni Atchadé…Ils croient abandonner, non pas la vraie Fcbe, mais celle dénaturée, désormais acquise à la cause du chef de l’Etat en exercice.

Dialogue politique

Baisser la tension sociopolitique au lendemain des législatives controversées. Ce besoin était patent après les violences meurtrières et pillages en prélude à l’installation du nouveau parlement, 8e législature dirigée par Louis Vlavonou. Le gouvernement convoque un Dialogue politique les 10, 11 et 12 octobre 2019. Sont invitées « les formations régulièrement enregistrées au ministère de l’Intérieur ». Existence légale déjà obtenue, la Fcbe, version Paul Hounkpè se présente au dialogue au Palais des congrès de Cotonou. « Nous sommes là en tant que parti de l’Opposition et nous avons pris nos responsabilités. Dès que nous avons eu le récépissé et nous sommes parti légalement reconnu il faut aller jusqu’au bout. Aller jusqu’au bout veut dire porter ce que disent nos militants à la base et nous sommes certains que ces résultats vont rencontrer l’assentiment de nos militants (…) La déception sera de venir ici sans rien gagner. Mais nous avons la garantie que dès que nous sommes arrivés ici nous aurons les résultats. La garantie que nous avons c’est que le dialogue ne sera pas un dialogue apocryphe, c’est-à-dire dépourvu de toute sincérité. Il aura la vérité et quand il y a la vérité nous aurons l’espoir de poser nos problèmes », justifiait Soumanou Djemba, un des membres de la délégation.

De l’avis des membres de la Résistance (creuset des formations n’ayant plus une existence légale et opposées à la gouvernance actuelle), Patrice Talon a réuni ses « copains » au dialogue. La présence d’une délégation Fcbe passe alors pour la confirmation que l’ancien parti présidentiel est désormais de la mouvance, il en serait le troisième bloc.

Naissance des ‘’Démocrates’’

Juillet 2020. La rumeur devient réalité. Une nouvelle formation politique, ‘’Les Démocrates’’ voit le jour. Ses statuts et règlement intérieur sont déposés, mercredi 29 juillet, au ministère de l’Intérieur, dans l’expectative d’une reconnaissance légale. Il est constitué des « tenants d’une ligne maximaliste anti-Talon », observe le magazine Jeune Afrique. Pis, cette nouvelle naissance politique ne met pas fin à la guerre entre les frères-ennemis. L’incompréhension amplifie et mute sur la catégorisation des ‘’vrais’’ et ‘’faux’’ opposants. ‘’Les Démocrates’’ pour qui l’opposition, la vraie, doit être sans concession, ne se doutent de rien. « Les Démocrates seront l’opposition réelle à Patrice Talon », déclare péremptoirement son président, Eric Houndété à Jeune Afrique.

Ce discours qui dénie au camp de Paul Hounkpè le statut d’opposants au chef de la Rupture, survit jusqu’à la présidentielle du 11 avril 2021. Lorsque la candidature du duo-candidats des Démocrates, Reckya Madougou (présidente) et Patrick Djovo (vice-président) a été rejetée pour défaut de parrainages, l’élection présidentielle paraît non inclusive à leurs yeux. Ceci, malgré les duos Djemba-Hounkpè (Fcbe) et Kohoué-Agossa (Rlc) en lice aux côtés du duo Talon-Talata de la mouvance. « Il n’y a pas l’opposition dans cette élection. Talon veut compétir contre lui-même… C’est une élection Patrice Talon contre Patrice Talon », avait jugé Eric Houndété après la publication de la liste définitive.

Réunir une maison divisée contre elle-même

Paul Hounkpè semble avoir définitivement renoncé à une opposition radicale. Qu’importe si cela lui vaut d’être vu en pro-Talon. Ce ton, il a encore donné après sa nomination comme chef de file de l’opposition. « Nous ferons en sorte que l’opposition ne soit pas reposée sur des méthodes violentes », a-t-il réagi, excluant ainsi toute forme de radicalisme au profit d’une « opposition de propositions ». « Je crois qu’il doit avoir une équipe qui nous permette de recevoir les autres de l’opposition, de les écouter et de pouvoir faire des propositions qui vont permettre à notre pays d’avancer et d’éviter la violence ». Cette ouverture d’esprit, cette promesse de rassemblement a de mauvais jours devant elle. Par quelle magie réussira-t-il à réunir autour de lui les opposants « radicaux » de la trempe des ‘’Démocrates’’ sans oublier Candide Azannaï et Nicéphore Soglo ? Face à l’intransigeance du gouvernement contre l’impunité, pourra-t-il peser dans le retour d’exil des « opposants farouches » dont Komi Kouché, Valentin Djènontin, Sébastien Ajavon, Léhady Soglo comme il l’exigeait, vendredi 4 octobre 2020, dans une lettre (non démentie) : « la plate-forme revendicative de l’opposition en générale et celle du parti Fcbe en particulier est remplie de nombreuses questions qui méritent d’être levées avant tout dialogue politique. Il s’agit notamment : de la libération des prisonniers politiques et l’arrêt des poursuites à caractères politiques ; de l’abandon des poursuites à l’égard du président d’honneur de notre Parti, son Excellence le Président Boni Yayi ; du retour des exilés politiques sous mandats d’arrêts ou non… » ?

Grosses questions qui se posent à Paul Hounkpè et qu’il ne peut éluder, à moins d’être, dans les faits, le chef de file de l’opposition uniquement pour son camp.

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