Vous êtes ici
Accueil > Politique > Pays non sûr : « Il y a bien un motif d’inquiétude pour les béninois qui sont à l’intérieur comme à l’extérieur » (Fatiou Ousman)

Pays non sûr : « Il y a bien un motif d’inquiétude pour les béninois qui sont à l’intérieur comme à l’extérieur » (Fatiou Ousman)

La suspension du Bénin de la liste des pays sûrs par l’Ofpra, organisme français. Le sujet a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Fatiou Ousman, avocat Béninois à Dijon revient là-dessus et pense que les Béninois de l’intérieur comme de l’extérieur devraient en être inquiets.

Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN (Coll. Ext.)

 

Bénin Int. : Les pays ne figurant pas sur la liste des pays d’origines surs sont-ils des pays où la démocratie, les droits de l’homme et les libertés fondamentales ne sont pas respectés ?

Me Fatiou Ousman : Soyons précis.  L’OFPRA n’a pas vocation à classifier tous  les pays du monde entier selon qu’ils sont démocratiques ou pas. D’ailleurs  si c’était le cas, la liste ne serait pas constituée que seulement de 15 pays. Il y a de nombreux autres pays où les droits de l’homme ou les libertés publiques et individuelles, l’Etat de droit et la démocratie sont parfaitement  respectés mais qui ne figurent pas sur cette liste. Il y a aussi des pays où les libertés publiques et l’Etat de droit ne sont pas respectés, mais qui n’y figurent pas.

Cette liste précise de la nécessité posée par une loi de 2003  pour  L’OFPRA  de disposer d’un outil de travail lui permettant d’étudier selon une procédure accélérée les demandes émanant de côtoyés des pays dits sûrs. De manière concrète, avant octobre 2020 les demandes d’asile émanant de béninois étaient étudiées en 15 jours et bien souvent rejetées car notre pays était considéré comme respectueux des droits de l’homme. Cela n’a pas pour autant empêcher l’opposant Sébastien Ajavon de bénéficier de l’asile en France compte tenu de sa situation personnelle.

Désormais, les demandes d’asile émanant de Béninois seront étudiées selon la procédure normale et avec le même formalisme que les demandes de citoyens syriens, soudanais etc… C’est extrêmement grave pour un pays qui était jusque-là un modèle démocratique et de paix.

Sur la liste des pays d’origine sûrs peu de pays sont représentés, alors le retrait du Benin de cette liste doit-il inquiéter les Béninois ?

Il est évident que cette décision traduit le fait  que le Benin est passé en 5 ans d’un pays démocratique qui respecte les droit de l’homme à un pays qui persécute ses citoyens et ne respecte plus les droits de l’homme.

Ce  n’est pas anodin. Donc évidement  il y a bien un motif d’inquiétude pour les béninois qui sont à l’intérieur comme à l’extérieur. Cela traduit le recul démocratique que nous critiquons depuis des années.

Il n’est d’ailleurs déplacé ni faux de faire un lien entre ce retrait de la liste des pays sûrs et la gestion politique actuelle et l’option de régression démocratique entamée depuis 2016, étant rappelé que le Bénin a intégré cette liste en octobre 2015.

En plus des béninois qui doivent s’inquiéter, c’est aussi et surtout l’image de marque et la signature politique  du Bénin qui sont en cause.

Voilà  un  gouvernement qui en l’espace de 5 ans a réussi à faire reculer notre  démocratie, rendant le Bénin  moins sûr qu’en 2016.

Cette situation aura forcément des répercussions économiques car il sera difficile d’attirer des investisseurs dans un pays où notamment la justice n’est pas libre. C’est un vrai problème pour le gouvernement en place et le président sortant. D’ailleurs, cela rejoint un peu les confidences du ministre d’État Bion Tchané lui-même qui, faisant le bilan du Pag, regrettait le fait  que les investisseurs n’affluent pas abondamment  pour investir dans notre pays. De pays sûr et stable le Bénin est devenu un pays à risque, ce en moins de 5 ans. C’est terrible.

La polémique sur la dette de l’État et les arriérés salariaux suscitent la réaction de plusieurs cadres politiques. Est-ce que selon vous, il est logique qu’il y ait autant de débat ?

Ce débat sur les dettes de l’Etat et les arrières salariaux intervient dans un contexte pré-électoral où depuis quelques temps le gouvernement s’affiche comme un amoureux  de l’action sociale.

Le président sortant se veut proche des syndicats et des travailleurs du public qu’il reçoit et envers qui il fait des annonces et gestes de générosité apparente. Les citoyens ne sont dupes sur le fait qu’il s’agit d’une manœuvre  politique presque populiste pour adoucir l’image brutale qui colle à la peau de ce gouvernement. Rappelons quand même que c’est ce gouvernement qui a acté  le recul des libertés syndicales avec la suppression du droit de grève.

Le gouvernement veut donc par cette action gommer cette image d’ennemi des libertés syndicales des travailleurs en se faisant passer pour ce qu’il n’est pas en réalité. Pour ma part, cette séquence est le signe de ce que le gouvernement veut à tout prix éviter le débat de son propre bilan. Pour ma part, l’Etat est une continuité et il est vain de chercher à mettre en cause des prétendus arriérés salariaux existant depuis 2016 alors qu’on est à la fin du mandat unique annoncé du président sortant.

Laisser un commentaire

Top