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Père R. Gbédjinou : « Mgr Isidore de Souza…un symbole ! »

De par sa vie et ses œuvres, Mgr Isidore de Souza s’est révélé un père à imiter et un repère à suivre aujourd’hui et demain. Dans son mot de bienvenue à l’ouverture du colloque international consacré à ce digne prélat, le Père Rodrigue Gbédjinou, directeur de l’Eitp, a détaillé les cinq symboles qu’il incarne. Nous vous proposons un extrait.

Propos recueillis par Sêmèvo B. AGBON

« La vie et les œuvres de Mgr Isidore de Souza se profilent tel un testament à scruter, un héritage à fructifier, un programme flamboyant à décliner. S’il l’eût un jour rencontré, Lucien Deiss aurait-il hésité à l’inscrire dans sa liste ouverte des témoins de la foi au cœur des régimes politiques contempteurs de la liberté et de la dignité de l’homme : « Depuis deux mille ans, les disciples de Jésus-Christ croient à la victoire de l’amour. Face à la puissance des nations, les institutions rigides, les courants de pensée favorables à la guerre, ils enfantent douloureusement le règne de la paix. Martyrs chrétiens dans le Colisée, saint Léon devant les Barbares, François d’Assise rencontrant le sultan, Gandhi le non violent libérateur de l’Inde, Dietrich Bonhoeffer face au nazisme, Martin Luther King face au racisme, Mgr Romero face aux dictateurs, millions de sœurs et de frères inconnus, luttant pour la liberté sur tous les continents, tous, ils ont leur nom dans le livre de vie, chacun d’eux est une étoile dans la nuit de Noël ». Mgr Isidore de Souza se dresse alors devant nous comme une icône ! Mgr Isidore de Souza se révèle comme un signe ! Mgr Isidore de Souza apparaît comme un symbole !

Un symbole d’humanité :

plus on appartient à Dieu, plus on appartient à tous, sans renier à sa foi. Ce qui touche l’homme l’interpelait vivement, et il en trouvait les ressources dans sa foi. Il s’est d’ailleurs défini comme le pasteur avec, avec tous, sans exclusion. Notre colloque dans son déroulement en est une petite image : ici sont les différents âges, diverses obédiences religieuses, politiques, sociales. La plate-forme des conférenciers et des panélistes l’illustre éloquemment.

Un symbole de vie chrétienne :

il constitue un urgent appel à une foi authentique qui s’exprime avec cohérence dans les plis et les replis de l’existence ; il nous invite à savoir voir Dieu dans le prochain, surtout les plus faibles et à enraciner notre foi dans l’histoire.

Un symbole de dynamisme pastorale :

cette figure nous invite, comme pasteurs, à sortir de nos sacristies, comme il le disait et le faisait, pour annoncer aujourd’hui sans peur, à temps et à contre temps, la Parole qui libère. Même s’il nous paraît souvent que nos voix crient dans le désert du monde, il faut qu’elles continuent à se faire vivement entendre, qu’elles continuent à prier, à supplier mais aussi à crier. Si elles ne crient plus, personne ne crierait. Et ce sera pour tous la débâcle. Le Cardinal Robert Sarah le soulignait dans son article ‘’L’Afrique, la nouvelle patrie du Christ’’ (p 32) : « Dans leur sagesse, nos anciens nous enseignaient, quand il faut parler fort, il faut chanter le long du chemin, car un sentier fréquenté est fui par les fauves ».

Un symbole de gestion de (dans) la cité :

par les diverses responsabilités qu’il a exercées, Mgr Isidore de Souza rappelle aux autorités politico-administratives les modalités du vrai pouvoir seulement quand il est arrimé à l’éthique : le service, l’amour, la capacité de modulation du cœur et de la raison, le pardon sur fond de vérité et de justice. Il évoque par lui-même et par son ministère l’esprit de la Conférence nationale dont le brillant Rapport général esquissait les grandes lignes. J’en cite quelques florilèges : « l’argent ne peut plus être notre maître : « le pouvoir ne peut plus être confisqué par quelques-uns pour l’écrasement des autres ; tout pouvoir livré à lui-même devient fou (…) un Etat de droit dans lequel le pouvoir est service ; l’autorité (…) en son sens essentiel « auctoritas », prendre les autres en charge pour les faire grandir ; (…) un Etat de droit où le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire soient clairement séparés (…) ; une presse libre et responsable ; que les hommes et les femmes de ce pays aient le droit absolu et inaliénable à mettre l’intelligence au centre de leur vie ; les libertés fondamentales (…) garanties pour tous et que nul ne s’arroge le droit de chosifier l’autre et de le mettre à genoux (…) le pouvoir, l’autorité, le gouvernement, c’est un service (…) l’homme au centre du développement ; l’homme au cœur de la croissance économique et du partage des biens ». Mgr Isidore de Souza était bien le Cicéron qui dénonçait l’enflure et la démesure des Verrès et Catilina ; il était l’œil de la conscience qui rappelait aux Caïn le meurtre des Abel.

Un symbole pour la jeunesse :

par son engagement actif dans la formation, son sens de la liberté modelée par le culte de la vérité et vécue comme responsabilité, son refus de l’injustice, et les différents défis qu’il a affrontés en brisant souvent des stéréotypes bien établis, il exprime la nécessité de l’audace et le sens de la vision. La dernière conférence qu’il donna moins d’une semaine avant sa mort était aux jeunes étudiants à Rabat au Maroc sur « Espérer en Afrique ». C’était comme un chant de cygne, tel un merveilleux arc-en-ciel chargé de promesses pour une jeunesse appelée à s’engager à mettre en marche une Afrique laissée en marge de l’histoire.

Si dans l’antique Rome, le souvenir de l’illustrissime empereur Trajan de la dynastie des Antonins est si fort que le Sénat avait pris l’habitude de saluer tout nouvel empereur par ces termes : « Puisses-tu être meilleur que Trajan », il ne serait pas exagéré de souhaiter à nos prêtres et évêques, à nos responsables politiques et administratifs et à nos jeunes, à tout chrétien et à tout homme et femme de bonne volonté : Puisses-tu être meilleur que Mgr Isidore de Souza au service de l’humanité, dans le déploiement de la vie chrétienne, dans la gestion de la cité, dans le ministère sacerdotal… »

Père Rodrigue Gbédjinou, directeur de l’Eitp, mot de bienvenue, Bénin Marina Hôtel, 1er février 2019.

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