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Pierre Dossa, activiste environnemental : « Payer des impôts n’autorise pas à jeter des ordures par terre et dans les rues »

Plus que jamais, les villes béninoises sont confrontées à un incivisme têtu, à savoir le jet des ordures un peu partout sans scrupules. Les populations loin de prendre conscience de leur responsabilité dans l’assainissement, la propreté, s’en prennent aux autorités qu’elles accusent de passivité. « Ce n’est pas parce que l’on paie des impôts que l’on peut tout jeter par terre et dans les rues. Il y a un problème de mentalité ». C’est ce que soutient Pierre Dossa, activiste environnemental.

Propos recueillis par S. B. AGBON

En tant que jeune leader, est-ce que le rejet anarchique des eaux usées ménagères a d’impact sur notre économie ?

Les déchets liquides représentent un problème à la fois économique et écologique. Le Bénin table de jour en jour sur une meilleure image de propreté des infrastructures routières et du cadre de vie mais la présence de détritus, des épluchures et des eaux usées dans les rues, sur les espaces publics cas de l’esplanade du stade de Mathieu Kérékou et autres espaces d’intérêt publics est un frein pour cet important développement économique et écologique que construit le président Talon. Les déchets liquides accroissent également les coûts des soins de santé en augmentant la pollution et en favorisant la reproduction des moustiques qui sont à l’origine de maladies comme la dengue ou la malaria.

Les eaux usées, étant un élément de nuisance et de dégradation de l’environnement, que proposez-vous pour mettre fin à ce mal qui persiste depuis des années ?

C’est une question pertinente, d’abord on entend par eau usée, les eaux qui ont été souillées par l’usage qui en a été fait. Celles qui proviennent des habitations, les eaux usées domestiques se composent des eaux vannes (issues des toilettes) et des eaux grises ou ménagères (qui proviennent des lavabos, douche, cuisine, lave-linge, etc.). L’inexistence des ouvrages d’assainissement des déchets liquides dans certains ménages est perceptible dans toutes les villes : les eaux usées stagnent dans les caniveaux d’eau pluviale, dans les rues, sur la chaussée et dans les drains. Face à l’ampleur et la diversité des problèmes liés à l’assainissement, j’invite tous les nouveaux maires en particulier le Maire de Cotonou Luc Setondji ATROKPO, homme noble à exiger des puisards et des fausses septiques remplissant les normes dans les ménages. La mairie de Cotonou a un important rôle à jouer dans la gestion des eaux usées domestiques. Un contrôle est nécessaire lors des exécutions des travaux de construction des habitations, ceci permettra aux autorités compétentes d’exiger la construction des puisards et des fausses septiques dans les maisons, parce que depuis quelques décennies l’assainissement dans les villes comme Cotonou constitue un épineux problème. La production des déchets liquides a augmenté avec une telle envergure que les ménages en question éprouvent de jour en jour de difficultés à gérer et jeter dans les caniveaux d’eaux pluviales et dans les rues est devenue une solution pour les ménages. En tenant compte de la valeur du dernier recensement et du coefficient d’accroissement de la population ainsi que la quantité (60l/j) d’eau usée produit par un équivalent habitant, les 12261610 béninois produisent au moins 735696600l/J d’eaux usées. Une forte concentration humaine en l’absence d’une efficacité volontaire d’évacuation des eaux usées pose le problème de l’insalubrité. Cette dernière a atteint le seuil critique, entrave l’essor de la qualité du travail de la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS-GN SA). Cette dégradation concerne le Bénin en général et la ville de Cotonou en particulier, il en résulte l’absence d’un système d’évacuation efficace des eaux usées domestiques dans les ménages.

Quelles sont les conséquences du rejet des eaux usées sur l’esplanade du stade de Mathieu Kérékou ?

Le rejet des eaux usées sur l’esplanade du stade de Mathieu Kérékou contribue à la dégradation de l’environnement et de l’étouffement des populations en particulier aux usagers. Cet espace public n’échappe guère aux déchets liquides, à ces eaux usées de lavage de vaisselle, de teinture qui inondent la plate-forme avec des odeurs insupportables, véritables vecteurs de toutes sortes de maladies. Ce milieu reste un espace favorable à la reproduction des moustiques, des mouches, des souris, des cafards et autres. Les caniveaux conçus pour le drainage des eaux pluviales sont utilisés comme système d’évacuation des eaux usées domestiques d’origines ménagères, des dépotoirs de déchets solides. Il est nécessaire d’assainir cet endroit, en introduisant un système de gestion de ces eaux usées aux commerçants.

Qu’avez-vous à dire sur la mauvaise gestion des eaux usées sur le plan social, environnemental et économique ?

Sur le plan social, le déficit d’accès à un assainissement correct constitue un facteur de risque important pour la santé publique. Cela touche notamment les groupes les plus fragiles ;
Sur le plan environnemental, il est nécessaire de fournir aux usagers, étrangers et aux touristes un environnement de meilleure qualité, réduire la menace que représente le rejet incontrôlé des effluents, entre autres, sur les ressources en eau souterraine, et de surface, les ressources halieutiques ;
Enfin sur le plan économique, il est capital de savoir que le manque d’assainissement pèse directement sur la capacité de travail des habitants et sur leur dynamisme économique. Il est clair que pollution et tourisme font mauvais ménages. A ce titre, l’assainissement comporte un taux de retour intéressant sur l’investissement. La gestion des eaux usées se doit être une préoccupation pérenne et forte des autorités, des populations et de nos partenaires au développement.

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