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Gouvernance politique au Bénin : Le défi de l’implication des jeunes

Pour diverses raisons, des jeunes se proclament apolitiques aujourd’hui. Or nombre de leurs problèmes demandent des solutions politiques. À l’orée des législatives de 2023, il est utile de s’attarder sur l’implication des jeunes dans l’animation et la gestion de la cité, non seulement pour assurer convenablement la relève mais surtout pour influencer les décisions politiques qui engagent leur survie.

Par Arnauld KASSOUIN (Coll.)

 

Plus de la moitié de la population béninoise est jeune. La jeunesse représente environ 65% de la population totale du pays. Il est alors indispensable, « qu’elle [la jeunesse, ndlr] prenne sa place, qu’elle propose, qu’elle s’implique et se fasse entendre dans la gestion du bien commun », exhorte Ange Mario Aouga, membre du Parlement des Jeunes du Bénin. En effet, la politique « s’intéresse à tout », observait le philosophe politique, Nicolas Machiavel.

S’impliquer dans la gouvernance politique devient alors une nécessité. Nul ne peut se réclamer être alors un éternel apolitique qu’à ses risques et périls.

Ousmane Sonko, acteur politique du Sénégal l’a compris et l’exprime si bien ainsi : « Si vous refusez de faire de la Politique, les médiocres vont le faire, décider à votre place de façon médiocre, vous diriger de façon médiocre, et vous n’y pourrez absolument rien ».

Cela d’autant plus que « la pauvreté, le chômage et autres ont des solutions politiques », rappelle l’acteur politique malien Cheick Dora Diarra.

 

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La politique sans les jeunes revient à légitimer un mode de gestion de la cité qui exclue une couche importante de la société.

D’ailleurs, le trait caractéristique qui traduit l’indispensabilité de l’implication des jeunes en matière de gouvernance politique est le fait qu’ils doivent se préparer pour assurer la relève, afin qu’il n’y ait pas rupture suicidaire dans la dynamique du développement.

Ce qui rend plus importante l’implication des jeunes en politique, assure justement Richard Boni Ouorou, « vient du fait qu’elle constitue la relève et que de ce fait, le défaut d’implication réduit leur connaissance des enjeux dont ils seront directement responsables demain », prévient l’acteur politique Béninois.

Il ajoute que les jeunes ont intérêt à « peser » dans les décisions politiques. « La jeunesse pour sa survie a intérêt à être au cœur des décisions, dans les organes de régulation et à l’Assemblée nationale. Afin d’être au cœur des décisions qui vont impacter demain sa survie.

Puisque les jeunes devront assumer les décisions d’aujourd’hui et rembourser les dettes laissées par leurs aînés avec les contraintes financières qu’elles peuvent induire ».

Tel est aussi l’avis de Serge Akpoti, conseiller communal de la douzième circonscription électorale du Béninun jeune de la trentaine. Face à l’idéal recherché qu’est le développement, et l’amélioration de nos conditions de vie « il est impératif pour nous tous de commencer par poser des actions, par hausser nos voix. Tout ça ne peut être possible que si on se décide très tôt. Et c’est là qu’intervient le pan politique», fait-il constater d’un ton rassurant.

Toutefois, attention au « conflit générationnel » dans le but d’écarter qui que ce soit de l’animation de la vie politique, insiste-t-il.

Apolitique ?

Il n’est pas rare de rencontrer des jeunes qui se proclament fièrement apolitiques. Un choix, qui s’explique par divers facteurs. Le dégoût de certains résulterait de la précarité, du manque d’emploi, de conviction et de l’instabilité financière dans lequel ils sombrent.

« Aujourd’hui, ils sont nombreux à finir leurs études. Mais ils sont sans emploi. Certains d’entre eux manquent parfois le minimum qu’un jeune de leur tranche d’âge devrait avoir ; par exemple pourvoir aux cinq besoins fondamentaux de l’homme. À cette allure, même un jeune débordé de conviction ne saurait comment faire porter sa voix. Parce qu’il n’a pas ce qu’il faut pour se sentir homme parmi les siens », décrypte Coovi Raymond Assogba, sociologue du développement.

Comme quoi, il ne doit exister aucune barrière qui puisse empêcher les jeunes de s’intéresser ou de s’impliquer dans la gestion de la chose politique. Car « qu’ils le veuillent ou non, la politique conditionne leur mode de vie dans la société. Quoiqu’on fasse, personne ne viendra bâtir notre avenir à notre place », alerte Fayçal Memako Mama, Secrétaire général de l’association « Jeunes médiateurs du Bénin ».

L’éducation tient également une place importante dans l’engagement politique des jeunes. Parce que sans information, la jeunesse demeura dans une certaine ignorance. Il est impérieux qu’ils se forment. Puisqu’en le faisant, ils comprendront « qu’il y a un lien subséquent entre leurs activités et la chose politique », relève l’acteur politique malien Cheick Dora Diarra.

Impératif démocratique

La démocratie par définition est un mode d’organisation de l’État dans lequel le peuple est prépondérant. Les citoyens ont donc l’obligation d’influencer les décisions politiques de leur pays en y participant ou en influençant les cercles de prise de décision au sommet de l’État ; la démocratie étant par essence participative.

En conséquence, « les jeunes doivent prendre leur place dans le jeu politique en militant dans des organisations de jeunes (à l’image du Parlement des jeunes du Bénin, du Gouvernement des jeunes, de l’Association de la Mairie des jeunes ou encore des Jeunes médiateurs du Bénin‚ etc.), dans des partis politiques aussi par exemple », recommande Ange Mario Aouga.

Le principe de finalité suppose que toute chose a une fin. Ainsi chaque pays construit pour demain. L’avenir d’un peuple dépend alors de la capacité de sa jeunesse d’appréhender, d’anticiper, d’innover, et d’impacter positivement ses actions.

 

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Les jeunes doivent comprendre que pour pallier à la culture de la chaise vide dans nos institutions « il leur faudra quand-même s’impliquer dès aujourd’hui en politique. Parce qu’il leur faut apprendre de l’expérience de leurs aînés pour ne pas commettre les mêmes erreurs que ceux-ci » conseille Zoul Moussa Fofana, membre fondateur du parti Bloc républicain.

L’engagement des jeunes dans l’action politique s’avère aujourd’hui plus qu’un défi. « Tout simplement parce que tout jeune doit savoir qu’il est faiseur de roi », soutient Aziz Adjakpè, président du Mouvement des jeunes pour l’égalité des chances (Mojec).

Lui considère l’engagement des jeunes en politique « comme étant plus qu’un défi dans la mesure où il y a assez d’incohérences à corriger dans l’arène politique, comme le fait que les jeunes ne voient que l’argent qu’ils peuvent gagner après les meetings et manifestations des partis politiques ».

Un fort positionnement des jeunes est attendu des partis politiques‚ notamment lors des législatives du 8 janvier 2023.

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