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Pollution physicochimique de la lagune de Cotonou : La thèse de Elias A. Adanlokonon qui a séduit

Le Chumel est situé aux abords de la lagune de Cotonou dans laquelle il déverse ses effluents. Qu’elles peuvent être les conséquences de cette pollution sur la reproduction, la diversité des espèces aquatiques qui y vivent et, plus tard sur l’Homme ? Le sujet a intéressé l’éco-citoyen Elias Alexandre Adanlokonon qui y a consacré sa Thèse de doctorat soutenue, mercredi 18 novembre dernier à l’Université d’Abomey-Calavi. Le jury international lui a décerné la Mention Très honorable avec ses Félicitations.

Dans son travail, le candidat a démontré que la pollution physicochimique de la lagune de Cotonou est une véritable menace non seulement pour les espèces aquatiques mais aussi pour l’homme. « Ces rejets impactent la reproduction des zooplanctons. Certaines espèces ne supportant pas cette pollution disparaissent carrément, et donc leur diversité est compromise. Par contre il y a d’autres espèces capables de bio-accumuler des métaux lourds et polluants. Alors, quand elles les accumulent ainsi, les organismes supérieurs qui les consomment bio-accumulent à leur tour. Ainsi de suite, au fil de la chaine l’homme est touché. Cela peut créer des stress oxydant au niveau de notre organisme, ou bloquer des sites de fixation des enzymes, des protéines et le processus métabolique qui devrait se dérouler ne pourra plus à terme. Tout cela crée alors des dommages : nous pouvons avoir des cancers. J’ai lu dans la littérature qu’on a retrouvé des métaux lourds dans le sperme des hommes à Cotonou. Imaginer ce que des métaux lourds dans les spermes peuvent générer. Autrement dit la fertilité de l’homme est menacée », a-t-il résumé. Son directeur a salué une Thèse  très intéressante. « L’étudiant a voulu, par plusieurs méthodologies très pertinentes rechercher les problèmes physicochimique, microbiologique et puis les problèmes relatifs à la pollution des zooplanctons par les métaux lourds. Les résultats sont très pertinents et sont en adéquation avec les objectifs des hypothèses posées », a félicité le professeur Edorh.

Le jury est composé de cinq membres, trois béninois et deux internationaux à savoir : président Emile Fiogbé, hydrobiologiste ; directeur de Thèse : Edorh Patrick, biochimiste et toxicologue de l’environnement ; Sossoukpè Edmond, hydrobiologiste ; Jacques Simporé, de l’Université Joseph Ki-Zerbo de Burkina-Faso ; Kéto Guillaume, entomologiste et écotoxicologiste, de l’Université de Lomé.

 

Entretien avec le docteur Elias A. Adanlokonon

A l’issue de la soutenance, Elias A. Adanlokonon s’est confié à nous à propos de la méthodologie adoptée et l’importance de son étude.

 

Bénin Int. : Que retenir des zooplanctons dont parle votre Thèse ?

Elias A. Adanlokonon : J’ai travaillé sur les impacts des rejets des effluents du Chumel dans la lagune de Cotonou, leurs impacts sur la diversité et la dynamique du zooplancton.

Le zooplancton, ce sont des organismes bio-indicateurs des milieux aquatiques et qui constituent également le second maillon de la chaine alimentaire aquatique. Les alevins de poisson et d’autres organismes halieutiques consomment ces zooplanctons pour croître. Si le zooplancton est affecté alors toute la chaine sera affectée jusqu’à l’homme. D’où l’importance de notre étude.

La lagune est aux abords de l’hôpital qui rejette ses effluents. Nous nous sommes demandé si ces effluents ne constituent pas des menaces pour les organismes qui y vivent. Nous avons effectué des analyses qui nous ont effectivement amené à constater que le fait de rejeter des effluents dans la lagune de Cotonou participe à sa pollution. Le test d’écotoxicité que nous avons réalisé a montré que ses effluents affectent la reproduction de ces espèces zoo-planctoniques et leur diversité. Le rejet des effluents constitue une menace pour la chaine alimentaire de la lagune.

Qu’est-ce qui vous a inspiré ce thème ?

Nous sommes protecteurs de l’environnement. Déjà quand je vois des gens jeter des déchets par terre, j’en suis triste. Toutes les fois que j’ai l’occasion je dis aux compatriotes de ramasser leurs déchets. Chaque fois que je circule sur les ponts et je constate cette diversité de pollution de la lagune. Dans la littérature j’ai constaté que les différents effluents issus des hôpitaux constituent une grande menace pour la vie aquatique, et voilà que l’ex Hôpital de la mère et de l’enfant (Homel) est situé aux abords de la lagune de Cotonou. Cette proximité m’a amené à m’intéresser au rejet des effluents.

Et qu’avez-vous eu comme principaux résultats ?

Ces rejets impactent la reproduction des zooplanctons. J’ai vu cet aspect mais il y a d’autres organismes également qui posent problème. Certaines espèces ne supportant pas cette pollution disparaissent carrément, et donc leur diversité est compromise. Par contre il y a d’autres espèces capables de bio-accumuler des métaux lourds et polluants. Alors, quand elles les accumulent ainsi, les organismes supérieurs qui les consomment bio-accumulent à leur tour. Ainsi de suite, au fil de la chaine l’homme est touché. Cela peut créer des stress oxydant au niveau de notre organisme, ou bloquer des sites de fixation des enzymes, des protéines et le processus métabolique qui devrait se dérouler ne pourra plus à terme. Tout cela crée alors des dommages : nous pouvons avoir des cancers. J’ai lu dans la littérature qu’on a retrouvé des métaux lourds dans le sperme des hommes à Cotonou. Imaginer ce que des métaux lourds dans les spermes peuvent générer. Autrement dit la fertilité de l’homme est menacée.

Comment l’Homel peut-il désormais bien gérer ses effluents ?

Les déchets qui se produisent seront toujours rejetés dans l’environnement. Mais qu’est-ce qu’il faut faire d’abord en amont avant de les rejeter ? Il faut un système de traitement adéquat. Il faut que pour les hôpitaux, non seulement l’Homel, les autorités étatiques installent des systèmes d’assainissement appropriés, des stations d’épuration pour permettre une épuration approfondie de ces effluents ou d’autres sortes de polluants avant de les rejeter dans les milieux naturels. Cela va profiter à notre environnement et à la santé humaine.

Quelles vont vos principales recommandations à l’endroit des décideurs ?

La gestion de ces déchets médicamenteux est plus ou plus délicate. Donc il faudrait que les autorités à divers niveaux installent un système de gestion adéquate -qui ne doit pas exister seulement de nom- pour limiter le rejet directe des effluents. Pour le moment, il y a des systèmes mais qui ne sont pas vraiment opérationnels.

Quand je dis système, je fais allusion aux hommes responsabilisés. Après, il faut aussi des stations d’épuration proprement dite pour épurer, traiter les déchets avant tout rejet dans les milieux naturels. Il faudrait égaler mener des actions d’éducation de la population, non seulement sur cette forme de pollution mais aussi sur d’autres : le rejet des eaux de lessives dans la nature constitue aussi une forme de pollution.

 

Impression de Patrick Edorh, directeur de Thèse

« Une thèse très intéressante qui pose la problématique de la pollution dans nos écosystèmes. Il s’agit surtout de la pollution des effluents de certaines compositions médicamenteuses et autres au niveau du Chumel déversés dans la lagune de Cotonou. L’étudiant a voulu, par plusieurs méthodologies très pertinentes rechercher les problèmes physicochimique, microbiologique et puis les problèmes relatifs à la pollution des zooplanctons par les métaux lourds. Les résultats sont très pertinents et sont en adéquation avec les objectifs des hypothèses posées. Au terme de cette soutenance tous à l’unanimité nous avons décerné au candidat la mention Très honorable. C’est un travail qui nous a beaucoup plus et nous le félicitons.

Les résultats de ce travail ne resteront pas dans les placards. Vous voyez comment les abords de la lagune ont été dégagés à Tokpa. C’est un très bon travail effectué par le gouvernement. Petit à petit nous allons rendre nos berges propices à la promenade ».

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

 

 

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