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Portrait/Josué Mêhouénou, une vocation aiguisée par la passion (« Le Bénin a la presse qu’il mérite »)

Pas de mouvements ou gestes violents chez lui. Il marche comme un prince. Tête régulièrement baissée. Pour esquiver… quoi ? A chercher ! On sait juste qu’il est simple et calme. Il faut être membre des groupes professionnels Whatsapp pour découvrir qu’il est aussi du genre burlesque : de bizarres stickers aidant, il fait mourir de rire avec des commentaires parfois extravagants. Il aime se mettre sur son trente-et-un. Excellent et faiseur d’émules quand il faut s’habiller à l’occidentale ou à l’africaine. Dans ce dernier cas, on l’eut pris pour un mannequin professionnel. Josué Fortuné Mêhouénou, alias JFM, actuellement en service au quotidien du service public « La Nation » !

En remontant la rivière du temps, on découvre en lui le prototype d’homme passionné. Et ce n’est pas parce qu’il a été blessé en couvrant une marche de protestation réprimée par la police à Cotonou, événement qui l’a négativement marqué, qu’il renonce pour autant. Devenir journaliste, Josué en a toujours rêvé en effet. En l’amenant à lire des journaux depuis le cours primaire déjà, son père, enseignant de carrière, contribuait à la naissance de cette passion. Le cas contraire, il devenait magistrat. Point ! «  Je voulais devenir journaliste ou magistrat. Je ne me suis jamais vu dans une autre profession. Les choses ont toujours été claires dans ma tête. » Enfant conscient et bien orienté donc. Ce qui lui a épargné la transhumance observée dans le choix des filières à l’université. Une fois son baccalauréat série A2 décroché au Lycée Béhanzin, direction Faculté de droit et des sciences politiques (Fadesp) de l’Université d’Abomey-Calavi. Aujourd’hui immortalisée par une Maitrise en droit, option Droit des affaires. Mais Josué n’a pas perdu son amour pour les médias. Comment pouvait-il perdre facilement ce qu’il a aiguillonné au cours secondaire notamment au Lycée Béhanzin où dès la classe de seconde, il faisait déjà le « petit journaliste » au club journal ‘’La Béhanzinoise’’ dont il fut même secrétaire de rédaction ? En juillet 2000, la vocation s’affirme. Il inaugurait ce qui deviendra une carrière prolifique par un stage professionnel au quotidien ‘’Fraternité’’. « J’y ai fait mes armes sur deux stages successifs avant d’y travailler de juillet 2003 à février 2004 », se rappelle-t-il.

Josué a d’abord appris le métier « sur le tas ». Au cours de « stages çà et là » et des formations. Ou encore « discrètement auprès de nombreux ainés dans le métier, au Bénin et ailleurs ». Et non content de se contenter d’une maitrise en droit après s’être convaincu de n’avoir pour profession que le journalisme « et pas autre chose », Josué songea alors à une bonne formation spécifique. Revêtu du manteau de l’humilité, il retourna à l’école malgré son diplôme en droit vieille déjà de trois ans en ce moment. L’École nationale d’administration et de magistrature (Enam) l’a accueilli. « Je n’ai pas eu de gêne à retourner en première année de journalisme sur concours pour enchainer les trois ans à l’Enam afin d’en sortir avec une licence professionnelle en journalisme audiovisuel, option télévision », révèle-t-il. Formation qu’il a poursuivie « plus tard en Master, donc titulaire aussi d’un Master en journalisme » obtenu à Esae university Bénin.

Scrutateur …

Josué n’a pas de limite thématique. Il embrasse tout sujet qui l’effleure. Il ne s’est pas borné au journalisme culturel auquel il a été initié dès ses débuts. « Je l’ai pratiqué, pendant longtemps, j’y suis encore », avoue-t-il. Pourtant il connaît aussi l’économie. Il a longtemps exercé en tant que journaliste politique. « Mais ce qui me passionne vraiment, résume-t-il c’est l’investigation. C’est tellement intéressant, passionnant, je dirais même que c’est jouissif de faire de l’investigation journalistique ». Il est celui qui révéla le fameux phénomène de la « tontine sexuelle » qui fit couler beaucoup d’encre et de salive. Il connaît aussi le monde des LGBTQ dont il décrit avec plaisir les joies et les peines (la condamnation sociale à fuir et la discrétion total à revêtir).

Le journaliste atypique qu’est Josué, a été justement salué par nombre de distinctions. En 2011 : Deuxième prix Média du Concours des meilleures productions de la presse sur les faux médicaments. En  2016 : Prix du meilleur Journaliste prometteur du Bénin (African Icon Awards). En 2017 : Premier Prix presse Écrite du Concours des meilleures productions de la presse sur le Pugemu (Banque Mondiale).

Josué n’a pas d’idole en journalisme. Certes des plumes l’ont fasciné et le fascinent encore. Mais « S’imposer des idoles pour moi, c’est s’imposer des limites, se borner à les imiter sans envie de les surpasser ou de se surpasser. En plus, l’univers de chaque journaliste est unique, de mon point de vue. Toute modestie gardée, je ne sais pas me contenter de petites choses. Je rêve beaucoup et grand », se défend-il.

Un métier, des critiques

 Journalistes ‘’alimentaires’’, griots ou godillots, amis des politiciens. Les professionnels des médias au Bénin ont reçu tous les noms infamants. Josué n’en a cure. Il refuse de devenir « un donneur de leçons ». Il trouve juste qu’on fait de la surenchère. Sinon « la presse béninoise n’est pas pire que celle d’autres pays », objecte-il. « Nous avons nos brebis galeuses qui donnent à notre métier une coloration parfois odieuse, mais le Bénin a la presse qu’elle mérite. Si la population en est lasse, elle peut toute seule agir pour changer la donne », a conclu le journaliste. En attendant que la population fasse cette révolution, un conseil de Josué aux aspirants « le travail et après le travail bien fait. Se convaincre qu’on fait toujours bien ce qu’on a à faire ».

Pour être journaliste et le demeurer, trois armes indispensables dont il faut se munir, selon lui. La plus déterminante : être un passionné. « Sans çà, on ne peut pas réussir en journalisme. Il faut ensuite avoir une forte envie de travailler, être travailleur et beaucoup se cultiver. »

Le métier de journaliste nourrit-il son homme au Bénin ? La réplique de Josué est sans ambages. Il ne nourrit que « ceux qui ont envie de travailler et qui travaillent vraiment. Le métier recèle d’opportunités. Beaucoup ne seront peut-être pas d’accord avec moi mais c’est pourtant vrai. Je ne nie pas nos difficultés, mais on peut vivre du journalisme au Bénin. Et pour cela, il y a un travail de fond à faire sur plusieurs leviers ». Ce qu’il déplore chez ses confrères, c’est le manque d’auto-évaluation. « Au bout d’un an, deux ans, cinq ans de pratique, combien parmi nous font le bilan de leur parcours, sondent les avancées et les ratés, scrutent l’horizon pour prendre de nouvelles résolutions ? » interroge-t-il.

Une histoire de bague en vue

Dans 10 ans, Josué compte déjà « passé à autre chose ». Mais avant, il lui tient à cœur, d’ici cinq ans, l’ambition d’avoir déjà ‘’grandi’’ son nom et « de l’inscrire dans les annales de l’histoire du journalisme dans ce pays ».

Josué n’a de défauts que ceux qu’on lui reproche. « Je laisse toujours les autres me les faire savoir. Je les prends modestement et j’en tiens compte pour m’améliorer. » A part cela, il se reconnaît ‘’un peu’’ irascible, « trop taquin par ailleurs ». Aussi, « Je ne sais pas maquiller la vérité. Je la livre toute crue et ça me retombe souvent dessus. Je ne vais pas faire la langue de bois. J’ai entendu parfois dire que je suis égoïste ou orgueilleux, mais j’ai été heureux de voir les mêmes qui ont porté ces jugements revenir se dédire eux-mêmes après », a-t-il poursuivi.

Et si un jour, votre poche vous autorise à l’inviter dans un coin, sachez qu’il préfère « manger local et simple ». Évidemment, pour coller à son profil de lacustre, digne fils des Aguégués, issu d’une famille de pêcheurs, petit-fils d’un célèbre pêcheur. Autant de détails pour ne laisser planer aucune ombre sur ses préférences alimentaires.

Attention ! Josué est un cœur ‘’occupé’’, « un père de famille heureux et comblé ». Ce dont il rend grâce à Dieu. En annonçant un grand événement au cours duquel verres et fourchettes vont certainement frémir : « Je mettrais une bague au doigt de l’élue de mon cœur dans les mois à venir. »

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

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