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Portrait : Koladé J. Azandégbey, un jeune atypique

L’alarme a été tirée. Il se lève spontanément, jeune monsieur qui n’en est pas à sa première alerte. Les Universités privées peuvent bien gronder, les journaux titrer, les universitaires s’enflammer, il démontre le bien fondé de telle réforme, regarde derrière lui et assure publiquement que tout ne va pas si mal dans le monde de l’Enseignement supérieur privé au Bénin. Koladé Josué Azandégbey, Directeur adjoint de cabinet auprès de la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique dit : “J’apprends chaque fois et à ma manière à transcender mes échecs et à m’adapter aussi bien à mes obligations personnelles, familiales que professionnelles “. Sa petite et modeste présence ne s’est pas allumée ces derniers mois encore moins ces trois dernières années. Au gré de ses 38 années comptabilisées, il a construit un parcours associatif, intellectuel et spirituel. Mais pas que… D’autres ? Certainement. Sinon pourquoi son nom s’accommode intensément et avec insistance aux connotations politiques en cours dans le pays ? Lui, le parangon du charmant mondain, l’amateur des belles références de la bourgeoise locale, d’élégants dîners en villes, mais surtout le pourfendeur de l’injustice sociale ! “Je ne me suis jamais posé la question de savoir qui je suis actuellement où comment pourrais-je me définir”, murmure-t-il dans son modeste mais sobre et large bureau situé dans le même bâtiment qui occupe le cabinet de la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Koladé Josué Azandégbey est un personnage curieux. Plutôt intéressant et que d’ailleurs toutes les langues s’emploient à découvrir parce que convaincues de sa particularité. Sans pour autant pouvoir justifier les raisons de cet intéressement accidentel et inexpliqué.

Son curriculum vitae comme celui de tout autre

Rien pourtant ne prédestinait cet homme qui s’est taillé une réputation d’ “atypique” auprès de la presse, certains proches le qualifient de “sympathique” voire d’”épicurien” selon d’autres qui l’observent de loin. Son curriculum vitae commence comme celui de tout autre. A l’entendre et à décrypter son parcours, c’est une série d’abandons, de hasards, de rebondissements et surtout de doutes. Une succession d’imprévisibilités assumées et de craintes affrontées. Et bien que son enfance fût une des plus heureuses malgré qu’il naquît dans une famille polygame de onze enfants et une fratrie de cinq enfants du côté de sa mère. Il est né un 14 août 1980 à Cotonou d’une Inspectrice des Postes et Télécommunications, Marthe Capo-Chichi et de Jerôme Azandégbey, son vénéré et bien aimé père également Administrateur des Postes et Télécommunications. C’était à Scoa-Gbéto, un des quartiers populeux de Cotonou, coincé entre Joncquet l’épicentre de la prostitution et Missèbo, l’informel prêt-à-porter à ciel ouvert. Très tôt, il découvre le football, les bagarres et les insouciances de l’enfance avec les copains du quartier. Mais en raison de l’environnement, sa mère, deuxième épouse de son père, insiste et incite le jeune garçon têtu et plein d’énergie à s’investir dans les études. “Je peux avouer que toute l’attention familiale surtout du côté de ma mère a été concentrée sur moi. Tout le mérite revient à ma mère”, confie-t-il. Son père étant en poste à l’UAPT en République du Congo-Brazzaville pendant six années durant. L’Ecole Primaire Publique Groupe A du quartier retiendra pourtant de (année du début du CI au CM2) lui un brillant parcours. Toujours premier de sa classe. Ce qui lui valait des bonbons et des cadeaux de ses parents mais surtout d’une jeune femme qui partageait la même cour que sa mère à cette époque. Il s’agit de Marie Odile ATTANASSO. C’était en 1982 et à l’époque, il avait deux ans. Ses insistances à l’encouragement et l’obligent à passer le Certificat d’Etudes Primaires (CEP) en classe du Cours Moyen 1. Il réussit.

L’échec l’a décomplexé et l’excellence l’a rassuré

Pour son cours secondaire, il entre au Collège Catholique Père Aupiais de Cotonou où il échoue une première fois au Baccalauréat série C en 1999. Cet échec le ragaillardit. Et en tassant son mètre 69 dans son fauteuil en ce début d’après-midi, Koladé Josué Azandégbey se souvient de chacune de ces périodes qui ont nourrit ses étapes et qui ont forgé sa personne et son parcours. En lui, un mélange simple d’une incroyable fierté et d’une immense envie de réussite à contrarier la prédilection universitaire de ses parents. Ces derniers lui préféraient la médecine mais le jeune est motivé par des excentricités et des intransigeances. Il choisit de corseter par une volonté d’influence. Il passe donc simultanément, trois concours d’entrée. La Faculté des Sciences de la Santé, l’ex-Institut National d’Economie et le test d’entrée au Séminaire pour une formation religieuse (voulant devenir prêtre). Il s’investit plus sur le second pour lequel, il réussit. Il choisit les statistiques et la planification. “Très tôt à l’ex INE, je suis rattrapé par mes premières passions : les mouvements associatifs. Et la première conséquence fut que mes études en ont été affectées”, s’est il rappelé. A cette époque, flottait dans son regard sombre le désir de rendre fier ses parents. Après son premier master et quelques mois de stage à l’Institut National de Statistiques et d’Analyse Economique (Insae), il décrocha en 2006 son premier emploi en tant que Chargé d’études économiques au Conseil des Investisseurs Privés au Bénin. Deux ans plus tard, il devint papa d’une fille, il fêta “Pâques” avant “Rameaux” dit-il. C’est tout étant là qu’il découvre ses limites, ses faiblesses et ses handicaps. Au même moment, le Centre d’Etudes et de Recherches sur le Développement International (CERDI), un grand laboratoire de recherche en Economie affilié à l’Université de Clermont Ferrand (Auvergne en France) lance un concours d’entrée. Il y postule et fera partir des trois béninois retenus à l’occasion.

Un parcours entre imprévisibilités et hasards

Il s’envole. Entre les Universités Clermont Ferrand et Paris Descartes, il récolte deux masters. Au bout de quatre années passées dans l’Hexagone, “C’est au détour d’une de mes vacances que ma femme avait acheté un numéro du journal “La Nation” dans lequel un avis de recrutement était émis. Elle insista que je postule”, raconte Koladé Josué Azandégbey. Au terme de la composition avec 166 autres postulants au Bénin Marina Hôtel, il est retenu parmi les 3 premiers. Ce succès l’a décomplexé et permit d’affronter la série d’entretiens d’embauche. Au troisième round, un membre particulier du jury retint son attention : Sébastien Germain Ajavon. Les résultats sortis, il fut recruté Directeur du département économique du Conseil National du Patronat du Bénin. Poste qu’il occupa jusqu’en 2016 où il devient le porte-parole du candidat. Sur les plateaux de télés, il déboule, bonne mine. Dans les meetings politiques, il encaisse et explique les mérites de son candidat. Entre deux tours, il est convaincu autant que Sébastien Ajavon de la nécessité de soutenir un certain Patrice Talon.

Colérique, émotif et ambitieux

On le dit trop sûr de lui même, il préfère combattif. Se décrit tempérament de feu, très émotif et colérique. On le dit chanceux, il rectifie par ambitieux. Mais c’est bien cette chance qui lui a sourit ce 06 avril 2016, le jour de l’investiture de Patrice Talon à Porto-Novo. Jour où il croisa à nouveau le chemin de Marie Odile ATTANASSO, son ancienne Directrice à l’Ex-INE, ils suivent ensemble la prestation de serment du nouveau Président de la République. Entre discussions gracieuses et souvenirs partagés, ils entrevirent même les potentiels ministres du premier Gouvernement de Patrice Talon. Sans savoir que deux heures après la fin de la cérémonie, cette Economiste-Démographe chevronnée sera nommée Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. “Avec elle, j’ai travaillé tout de suite sur son premier discours de passation au Ministère. Je lorgnais le poste de Directeur de la Prospective et de la Programmation. Mais elle me voulait plus proche. Je suis alors devenu son Directeur Adjoint de Cabinet. Un poste de confiance dit on”, raconte Koladé Josué Azandégbey. Et depuis, il coordonne aux côtés de sa patronne les réformes audacieuses inscrites dans le PAG. Pour lui le diagnostic établi à leur arrivée, démontrait un malaise. Il fallait tout de suite apporter des solutions urgentes. Dire halte au désordre. Avec une forte méthode d’implémentation des réformes. Mais ceci est une expérience heureuse : “Dans ce ministère, j’ai appris que des réformes ou des idées peuvent être techniquement bien pensées mais la variable politique reste déterminante pour la faire passer”, explique celui qui se définit comme un homme loyal. Et aujourd’hui plus d’envie de prendre la tangente, de rompre les chiens mais plutôt de se consacrer à la politique où rebuffades et intrigues prennent pas sur toute volonté de discipline rien que pour un goût de changer positivement les choses :”Je suis un volcan en ébullition. Je nourris de nobles ambitions. J’ai vu faire ailleurs et je suis d’une génération compétitive et ambitieuse. C’est maintenant où jamais”. Et en attendant, Koladé Josué Azandégbey aime conduire de belles voitures, s’asseoir aux bonnes tables et se frayer les meilleures pistes de danse ; et donc investir les nuits folles. Mais sans jamais se départir de cette affection et cette dévotion toute particulière de son père décédé, il y a peine 5 mois. “Sans le vouloir, je l’imitais en toute chose : son style vestimentaire, son éloquence, sa prestance… Mais et surtout sa piété et son attachement à la prière que je définis aujourd’hui comme étant, en plus de l’éducation reçue, le véritable héritage qu’il m’a légué”, a-t-il conclu.

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