Vous êtes ici
Accueil > Culture > Portrait / Luc Vodouhè : Médecin de profession, publicitaire par vocation

Portrait / Luc Vodouhè : Médecin de profession, publicitaire par vocation

Si quelque chose peut faire aimer la communication, c’est bien le bouillonnement innovant et impactant qu’elle opère : ou comment Luc VODOUHE est devenu à 42 ans, l’un des hiérarques de la publicité au Bénin avec des tentacules étendues en Afrique. Bien paradoxal pour celui dont le parcours est d’une absurdité sublime mais pleine d’atmosphère d’où émane du fantastique. Avant-hier médecin de formation et de profession, hier présentateur télé à LC2 et graphiste dans certains journaux, aujourd’hui publicitaire, c’est un bel homme, à l’allure distinguée et à la singularité sensible et qui a le don de provoquer l’estime de soi. En somme, tout le paradoxe et en même temps toute la coquetterie de Luc VODOUHE. D’ailleurs, lui-même le confirme avec une aise plutôt décoiffante : “Je suis un produit antisystème parce que j’ai un parcours atypique”, lâche-t-il. Et pour tel, d’aucuns lui dénient un certain bon droit dans l’espace riche en effractions du malaxage publicitaire, du type, c’est un autodidacte. Il refuse de prétendre à justifier le contraire mais se positionne en passionné qu’en expert. “Je suis un publicitaire autodidacte. Et ce métier est le seul qui renferme toutes les causes et toutes les sciences. C’est un métier au carrefour des arts”. Aucun doute : c’est aussi un homme de l’image autant que du verbe. Dans son bureau avec une légère vue sur les villas de la belle cité CEN-SAD, Luc VODOUHE déboule, bonne mine, en jean, la chemise noire impeccable. En attendant, la fin de journée proche, il signe quelques documents administratifs, valide en personne certaines tâches confiées à des collaborateurs et planifie ses prochains voyages. A la tête du groupe de communication panafricain Jawuntaa qu’il dirige depuis quatorze ans, ce self-made man conseille, conçoit et exécute des campagnes publicitaires ou des stratégies de communication.

Du rêve, de la passion et du cœur.

Derrière lui, quinze années d’expérience dans la publicité et la communication globale. Et pourtant rien ne prédestinait ce fils d’une institutrice et d’un médecin, ancien doyen de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université d’Abomey Calavi à une riche carrière. Son état civil remonte à un 13 décembre 1977 à Porto-Novo. Ensuite une enfance en Côte d’Ivoire. Onze années durant. Enfant fragile, il fuit les jeux brutaux. Très fermé et isolé, il ne traîne pas avec ses camarades au quartier. Avec lui, pas de prouesses physiques. Se réfugiant dans la lecture et s’évadant par le dessin, Luc fut un élève excellent, toujours tête de classe. Ses cahiers de leçons servaient plus à dessiner qu’autre chose. “J’ai grandi dans un système de valeurs formaté par ma mère”. Il décroche le Baccalauréat à 19 ans, puis fait comme son père, la médecine. Il en rit. Ce ne fut pas une exigence des parents qui étaient plutôt en forte demande de plan B en particulier l’agronomie. “J’aime bien les sciences. Et pour moi, l’être humain est un champ d’investigation que j’ai toujours voulu comprendre. Ce n’était donc pas par contrainte”, se justifie-t-il. Suite à un concours d’entrée, il intègre la faculté des sciences de la santé. Acharné au travail et assidu dans l’excellence, il ouvre en quatrième année, la clinique, “L’espérance de Tanto”, qui connut un fort succès. En fin de formation, deux années plus tard, il reçoit l’offre d’une agence de publicité. AG Partners. Là, il y campe sa passion avec une évidence presque brutale et médusante en assurant la direction artistique et copywriting sur diverses campagnes de communication. Des mois passent sinon deux bonnes années et Luc VODOUHE se dépasse et se surpasse. Alors, il s’invente un nouveau rêve et un nouveau chemin. “J’aime être orienté par mes rêves, mes passions et mon cœur. J’ai alors compris que c’est ce que je voulais faire. Je suis happé par la publicité”. C’est décidé, il sera publicitaire.

De la médecine à la publicité : atypique !

Cette obsession pour la beauté a révélé le talent brut sommeillant en lui. Il décide de le polir ou de l’affermir. Dans la foulée, il s’inscrit pour des cours de Marketing et Communication à l’Institut International de Management du Bénin. Et prend même le risque de fermer sa clinique. Sur ces cendres, naît en 2005, une maison de production audiovisuelle dénommée “Griffures”. Il enchaîne les performances et rassure. Au point d’être sollicité en tant que concepteur rédacteur dans la campagne présidentielle de Boni Yayi en 2006. Son grand coup à l’occasion fut le triptyque à l’américaine ayant marqué les esprits et scellé sa légitimité dans le monde de la publicité : “Ça peut changer, ça doit changer, ça va changer.” Toujours est-il que par son sens élevé de professionnalisme déjà à l’époque, Luc VODOUHE réussit à inspirer l’action d’éclat ou à friser la stupéfaction, quand une possible indécision sur lui devrait faire trépider. Ses victoires, il les récite avec modestie et gourmandise. Surtout quand il décide de passer d’une simple boîte de production à une agence de communication. “Griffures”, devient “B.Com” en 2007 avec pour activité principale, le conseil média. Très tôt, l’homme aimant l’aventure et souhaitant aller toujours plus loin se sent limité. “Néré 2A” prend corps. Et compte parmi ses clients Ecobank, Moov-Bénin, l’Africaine des Assurances, le Millenium Challeng Account jusqu’en 2011 où il décroche la campagne de communication d’Adrien HOUNGBEDJI aux élections présidentielles. “A mon sens, ceux qui gagnent sont ceux qui pensent à tout. Je pense qu’il y a eu des failles. Tous les paramètres n’étaient pas saisis à l’époque”, commente-t-il. Mais malgré l’échec de ce dernier, il pousse encore une fois le bouchon. En juin 2011, le nom ” Kini Kini” (lion en langue fon) est enfilé avec l’ambition de rester six ans durant “une agence de premier plan”. Et ce fut effectif avec de nombreux contrats publicitaires et surtout d’innombrables campagnes de communication. A chaque changement de nom, une prétention de plus. Comme depuis 2017, où la mutation fait désormais de l’agence un groupe panafricain avec une présence au Togo, au Burkina Faso, au Niger et en Guinée. “Jawuntaa signifie tout aussi lion comme Kini Kini. A la seule différence, qu’ici c’est le mal dominant de la tribu des lions. Un peu comme pour dire que nous sommes au sommet de la pyramide”, explique-t-il. Une évolution voulue au rythme fulgurant de son appétit publicitaire.

Chercher la vie sous la beauté : noble dessein.

Chercher la vie sous la beauté : noble dessein. Pour lui, “la publicité ou la communication est un art. C’est un métier d’influence pour amener l’autre à adopter un comportement ou un réflexe voulu. Elle est au cœur de tout et peut tout. Elle est transversale”. Pour Luc VODOUHE, elle demande de ressentir les frissons de la société et de répondre à sa possible soif. C’est ainsi qu’à force des observations faites, il décide d’étoffer autrement son métier à l’aune du divertissement. La téléréalité “Dis moi qui est la plus belle” est ainsi née depuis 2017. C’est un concours de beauté dont les critères sortent du schéma classique. “Cette émission essaie de ressembler à la femme africaine et de proposer un autre regard sur cette femme”. A sa manière, il souhaite imprimer une forte ingéniosité à la pratique et une méthode de management adaptée au contexte local avec la rigueur d’un médecin. Et pour la mener à bien, ce passionné du jeu d’échecs ou de l’évasion par l’intellect n’y va pas de main morte. Avec une pincée de talent et une bonne dose de passion, ce père de 04 enfants, compte agiter des idées et des concepts, quitte à devenir trop exigeant pour des sujets totalement mineurs mais qui ne refusent pas le rêve. Et c’est ce qui l’irrite dans la politique où selon lui, aucune place n’est faite à l’inventivité, à l’innovation et la liberté. “J’appelle à un renouvellement de la classe politique en terme d’idéologie et de personnes”, insiste-t-il en jetant un œil à sa montre de luxe au poignet. Il ne refuse d’ailleurs pas de s’y risquer. D’entrer en politique. A condition que…

Laisser un commentaire

Top