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Production journalistique sur le Vodùn : Le champ lexical et sémantique approprié

Écrire sur le Vodun, une spiritualité authentiquement béninoise n’est pas chose aisée. La langue étrangère française n’offre pas toujours les mots adéquats‚ ce qui dénature parfois ce qu’est les réalités exprimées. Pour corriger cette insuffisance, le professeur Coovi Raymond Assogba‚ directeur du Laboratoire de boologie et de l’intégral du développement (LabooID) a organisé mardi 18 janvier à l’Université d’Abomey-Calavi, un séminaire de formation des journalistes sur «les mots et leur histoire pour écrire le Vodun et en parler».

Par Raymond FALADE

Cette formation a été organisée en prélude au Colloque scientifique international “10 janvier : et après ?” qui se tient du mercredi 19 au vendredi 21 janvier sur le campus d’Abomey-Calavi. À ce séminaire, les journalistes ont répondu nombreux à l’appel du professeur Coovi Raymond Assogba, Maître de conférences/Cames et responsable de l’Unité d’enseignement de “Boologie” de l’Uac. Les participants ont été entretenus sur le champ lexical et sémantique des mots ou groupes de mots qu’ils utilisent pour exprimer le Vodùn dans leurs productions.
Quelle est la source des images (des mots) que les journalistes utilisent pour parler du Vodun ? Selon le professeur Coovi Raymond Assogba, les professionnels des médias puisent leurs idées des “mots à histoire” c’est-à-dire, les mots qu’utilisent ceux qui ne maîtrisent pas la réalité du Vodùn notamment les occidentaux. Malheureusement, ces champs lexicaux et sémantiques n’arrivent pas à exprimer véritablement et objectivement le Vodùn. Ce qui donne dans la plupart des cas, une mauvaise image du Vodùn en le présentant comme diabolique ou encore le refuge du mal. «Le prêtre du Fâ, le charlatan, le fétiche, le couvent, le monde des esprits, le temple du Vodun‚ etc.»‚ sont autant de mots ou expressions empruntés au français pour exprimer le Vodùn, mais qui ne veulent pas exactement dire ce que pensent les auteurs. La langue utilisée n’est donc pas adaptée à cette réalité‚ a fait constater l’organisateur. Ainsi‚ a-t-il proposé le formateur, au lieu de dire «charlatan, prêtre du Fâ, féticheur‚ etc.›› il est préférable de dire “Bokonon”. La règle qu’il a énoncée‚ est de constituer les mots de la langue Fon en concept face aux réalités typiquement endogènes que le français est limité pour ” dire”.
A l’ère de la mondialisation où l’information évolue à grande vitesse, beaucoup estiment qu’il faut utiliser les mots et thèmes connus de la majorité pour exprimer le Vodùn même s’ils ne sont pas véritablement adaptés. Mais il n’en est pas question‚ a refusé le professeur Assogba. L’universitaire précise que le public immédiat des journalistes béninois sont les Béninois. Cela dit, le fait d’utiliser le mot Bokonon dans une phrase n’empêcherait aucun Béninois de comprendre ce que dit le journaliste. Ainsi, au lieu de dire «je mange la pâte rouge», il vaut mieux dire «je mange du “amiwô”. Car, a expliqué Coovi Raymond Assogba, “pâte rouge” ne signifie rien en français. Par contre, “amiwô” est un plat bien connu et préféré des Béninois.
Comme astuce pour mieux exprimer le Vodùn, le conférencier a invité les journalistes à prendre en compte un certain nombre de paramètres. «Avant d’utiliser un mot pour expliquer les réalités du Vodun, il faut chercher la définition du mot, son histoire, le sens à véhiculer»‚ a-t-il conseillé. À cela s’ajoutent les motivations du journaliste lui-même. «On peut utiliser le français pour parler du Vodùn mais on ne peut pas utiliser le français pour exprimer le Vodun»‚ a martelé Coovi Raymond Assogba. Pour lui, le journaliste est là pour restituer le Vodùn. Raison pour laquelle, il doit exclure les mots qui n’appartiennent pas au champ Vodùn.
Désormais outillés, les participants ont pris l’engagement de changer leur style rédactionnel pour exprimer mieux le Vodùn dans ce qu’il est afin de changer la mauvaise réputation et image que lui ont attribuée certains mots français. L’idée‚ a indiqué professeur Assogba, est d’amener les journalistes à promouvoir les valeurs béninoises‚ «à promouvoir la joie ou la tristesse, la peur ou l’angoisse». À l’en croire, «le Vodùn est un concept que nos ancêtres ont utilisé pour organiser la vie ici». C’est pourquoi‚ a-t-il insisté, «les journalistes doivent se pénétrer» car, en utilisant les mots, ils redessinent les images de la sociabilité dans la tête des lecteurs. Ils doivent prendre conscience de leur rôle de bâtisseurs de l’intellectualité du changement, du développement, de la nouvelle société.

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