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Professeur Raymond Assogba : « Là où le français ne peut dire une réalité béninoise, il faut constituer le mot béninois en un concept »

Trouver des mots français pour exprimer des réalités culturelles endogènes. La langue française n’offre pas toujours aux Béninois et Africains en général, les mots justes pour y arriver. Mais, au lieu de s’abstenir, ces derniers emploient des termes qui, s’ils ne dénaturent ou ne trahissent pas carrément la réalité traduite, ils n’en donnent qu’un sens approximatif. Ce ‘’fléau’’ linguistique, le professeur-Boologue Raymond Assogba l’a abordé, dimanche 6 décembre au titre des limites lors de sa présentation de l’ouvrage « Comprendre le Fâ » de Dah Kpéyi (Edmond Agbassè). En face des réalités comme « vodùn, Fâ, Lɛgba » qui n’existent pas dans la culture des Français et que leur langue ne peut donc pas ‘’dire’’, le socio-anthropologue enseigne que « là où le français ne peut dire une réalité béninoise, il faut constituer le mot béninois en un concept, quitte à le traduire après en français ». Voici l’extrait y relatif.

 

Professeur Raymond Assogba : Toute œuvre humaine possède ses limites. Et Daa Kpéyi en tant que Soleil de Fâ, en tant que « Fâraon » ou Soleil de Fâ, « celui qui montre la voie » ou Way-shower en anglais, le Mɛsi ou Sage qui distribue l’harmonie de la connaissance peut-il avoir des limites ? Certes, NON. Mais, il faut attirer l’attention sur l’utilisation de certains termes qui créent la confusion et prêtent à la polémique ; un exemple est le mot « prêtre de Fâ » pour désigner le sujet de connaissance, l’homme qui a passé vingt-et-un ans à se former au Fâ ; est-il un « prêtre » du Fâ ?

Je pense qu’il faut qu’unanimement, nous cessions de désigner le bokᴐnᴐ comme un « prêtre » du Fâ. Et pour vous y aider, la théorie de la Contracculturation qui est le champ vibratoire intellectuel implémenté à l’Université d’Abomey-Calavi pour aider le chercheur à devenir plus fort dans son processus de transformation, processus menacé par la langue française, j’ai inventé d’abord une langue dite Langue francophone de Recherche (LFR) ;  et selon une règle de cette LFR, « le français ne peut désigner toutes les réalités africaines ; le français ne peut pas dire vodùn, Fâ, Lɛgba, etc. » ; en conséquence, une autre règle établit que « là où le français ne peut dire une réalité béninoise, il faut constituer le mot béninois en un concept, quitte à le traduire après en français ».

En vertu de cette dernière règle lexicale en Boologie, Bokᴐnᴐ est un « animateur de Fâ » ; le mot animateur qui est français signifie que Bokᴐnᴐ donne vie aux mots qui servent à utiliser o Fâ, les mots qui permettent de saisir le mouvement des Dugan ; il utilise Agumagan, explique, interprète et conduit tous les travaux appris au cours de sa formation ; c’est la prise de conscience que c’est un homme de mission qui s’est originé ; et non que c’est quelqu’un qui lit et tire sa connaissance d’un paquet de feuilles appelé livre, Bible ou Coran, ou Baghavad Gita, ou quelque autre parchemin ou grimoire acheté dans une librairie, parce fabriqué par une imprimerie ; c’est la déformation qui a établi la fonction et l’exercice de la fonction.

Comprenons que le « prêtre » est une fonction religieuse qui établit le curé dans la profession du lien vertical avec un « Dieu » ; ce qui nécessite d’avoir un certificat de baptême, d’être affilié à une église, de payer son dénier du culte pour bénéficier de la reconnaissance d’un Dieu petit d ou grand d, très jaloux, vengeur et colérique qui est utilisé par le prêtre pour dire du Fâ que c’est une œuvre « satanique ». En utilisant le mot « prêtre », certains disent que c’est pour établir un parallèle d’explication aux étrangers ; cet argument, très plausible n’en est pas moins compromettant ; c’est pourquoi, je suggère, dans le combat que nous menons, d’éviter de prêter flanc aux confusions.

Il y a également le mot « divinité » que certains utilisent pour désigner les « vodùn » ; et certains n’hésitent pas à désigner o Fâ comme une divinité. Pouvons-nous comprendre que la religion et la divinité sont des mots inventés, il y a à peine 1700 ans ? Alors que Fâ-Vodùn et Boo existent depuis plus de 150.000 ans ? Qui doit être utilisé pour traduire l’autre ? Qu’y mettons-nous ? O Fâ ou « le Fâ » : Fâ, masculin ou féminin ? Il faudra un séminaire pour régler la question des terminologies, qui fait partie de la mise en ordre de la bataille pour la pureté et l’honnêteté de nos Jᴐwamᴐ ».

Propos recueillis par Sêmèvo B. AGBON

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