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Protection d’un arbre à grande valeur: La faible intervention de l’État tue les espoirs de la filière Karité

Déjà très peu protégé par une législation à peine pourvue, l’arbre à karité doit, au Bénin, faire face à la faible intervention de l’État central et des collectivités décentralisées. Conséquence, de graves menaces pèsent sur la pérennité de cette espace, pourtant pourvoyeuse d’emplois et jugée comme une filière économique de grande valeur.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Selon les statistiques de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) le karité béninois occupe une modeste place dans la production mondiale : à peine 2%. Au pays, le karité représente aujourd’hui le 3ème produit d’exportation, après le coton et l’anacarde. Sa marge de progression reste très importante, aussi bien en termes de quantité récoltée, qu’en termes de transformation industrielle. Pour le compte de la campagne 2013-2014 par exemple, le Bénin a exporté 47.781,126 tonnes d’amandes de karité et plus de 13.600 tonnes de beurre en dehors de la consommation locale, selon le ministère en charge de l’Industrie. Ces chiffres affichent au grand jour, l’importance de cette filière que les pouvoirs gagneraient à inscrire au rang de filière importante pour le développement agricole du pays. Ceci passe forcément par la prise de dispositions en vue de la protection des parcs arboricoles du karité. Une réalité qui peine à se concrétiser, laissant libre champ aux prédateurs de l’arbre à karité qui déciment en toute tranquillité, ce que la responsable de Lysy Cosmetics, une unité de transformation de karité en produits de beauté appellent « l’arbre du bonheur ».

Ce qui leur facilite la tâche, c’est que le karité ne bénéficie ni de lois ni de textes particuliers pour sa protection et sa conservation. La loi  n°93-009 du 2 juillet 1993 portant régime des forêts au Bénin, principale disposition censée régir le secteur des arbres est à peine connue et n’est quasiment pas appliquée. « L’État ne joue pas son rôle de protecteur de l’arbre à Karité », s’offusque Anäel Tossou, un des acteurs de la filière. Autant le pouvoir manque à ses obligations, autant les collectivités locales lui emboitent le pas. Dans les localités comme Natitingou, N’Dali, Pèrèrè Kouandé, Kérou, Tanguiéta, Péhunco et Savè,  qui ont le privilège de voir l’arbre à karité pousser sur leurs sols, les Conseils communaux ne se soucient guère de la protection de cet arbre. Pourtant, la loi n° 97-029 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes en République du Bénin, dispose en son article 94 que « La commune a la charge de la création, de l’entretien des plantations, des espaces verts et de tout aménagement public visant à l’amélioration du cadre de vie. Elle veille à la protection des ressources naturelles, notamment des forêts, des sols de la faune, des ressources hydrauliques, des nappes phréatiques et contribue à leur meilleure utilisation. Elle est consultée sur tout aménagement relatif aux sites miniers se trouvant sur son territoire ». On note de leur part, des actions sporadiques sans éclat ni impacts pour protéger en général les ressources forestières sans aucune focalisation sur le karité dont la valeur n’est à comparer avec d’autres arbres « La loi sur la décentralisation n’a visiblement pas permis une plus grande protection du parc à karité », mentionne un rapport de l’Association karité Bénin (Akab).

Certes, le pays dispose d’un Plan National Forestier, mais sa mise en œuvre est handicapée par deux faiblesses majeures, relève le rapport publié sous les auspices de l’Akab. Il s’agit entre autres de la méconnaissance de ce plan par le grand public mais surtout des acteurs de la filière, faute de vulgarisation et le défaut de ressources limitées pour sa mise en œuvre. Il est aussi reproché à la Loi  n°93-009 du 2 juillet 1993 portant régime des forêts au Bénin, plusieurs manquements. Elle ne se focalise dans aucun de ses articles, sur une gestion durable des espèces forestières donc y compris le karité dans la perspective de la protection des ressources en général et de leurs contributions socioéconomiques du Bénin.

La fierté de disposer des amandes de karité pour la transformation pourrait s’envoler si l’État ne fait rien pour protéger cet arbre

Inverser la tendance

Que faire aujourd’hui pour aider la filière karité à se prémunir du danger perpétuel qui court derrière elle ? C’est l’une des grandes questions que se posent les acteurs de la filière, confesse Jérôme Kouagou, entrepreneur dans la filière. Jérémie Mongbo, agroéconomiste de formation a plusieurs fois travaillé avec les acteurs de la filière. Fort de ses expériences, il propose à l’État d’investir dans le karité et invite les collectivités locales à prendre à leur compte, le rôle de la protection de l’arbre à beurre comme on l’appelle. Cet expert pense aussi qu’il faut organiser annuellement des campagnes de sensibilisation de la population sur les textes et lois nationales existantes et encourager leur mise en application efficiente par exemple la loi No 93-002 du 02 juillet 1993 portant régime des forêts en république du Bénin et ses décrets d’application. Il faut aussi d’après quelques acteurs rencontrer, créer des parcs à karité protégés par commune et assurer leur entretien et suivi, prendre des arrêtés au niveau départemental et communal pour la protection des zones tampons de parcs à karité. On peut aussi suggérer le reboisement de l’arbre à karité dans vos communes pour démystifier le fait…

« Pour devenir véritablement une filière, le secteur karité doit être assuré de l’engagement des autorités de l’Etat, à tous les niveaux, de protéger et sauvegarder cette essence forestière », plaide Roland Riboux, Président Directeur Général de Fludor Bénin S.A., l’une des plus grosses sociétés opérant dans la filière. « Sur le domaine foncier privé ou dans les forêts classés, le parc arboricole vieillit d’une part et sa régénération est mise à mal par l’abattage non contrôlé des arbres, d’autre part », poursuit-il. Pour contrer cette situation, il faut « la prise de mesures de protection effectives, à travers l’organisation régulière de journées de sensibilisation sur cet arbre », laisse-t-il entendre. Sébastien Dohou, coordonnateur des programmes Icco au Bénin insiste pour sa part sur le fait que l’Etat, mais aussi les autorités locales (préfet, maires, conseillers communaux, chefs coutumiers) doivent s’impliquer fortement pour sauvegarder le patrimoine arboricole karité. « La traditionnelle journée nationale de l’arbre » ne peut pas suffire pour régler un problème aussi crucial, indique ce dernier qui propose de planter des arbres à karité, comme c’est le cas pour le teck, même si c’est au profit de la génération suivante.

Icco Coopération, une Organisation néerlandaise, est actuellement l’un des soutiens de la filière Karité au Bénin à travers le projet “Lobbying et plaidoyer pour le développement inclusif de la filière karité du Bénin dans leur lutte pour la reconnaissance par l’État central du karité, comme filière prioritaire’’. Cette reconnaissance permettrait un meilleur accompagnement de l’État qui pourra consentir désormais des investissements financiers, humains et en innovations importants pour accroitre la contribution de la filière à l’économie du pays et aux acteurs économiques directs.

Le karité transformé en produits de beauté

 Une filière de grande importance

Le karité joue un rôle essentiel dans les économies locales et nationale. La valeur économique des produits du Karité constitue l’occasion de réduire la pauvreté et d’améliorer le revenu national en général, et en particulier l’autonomie financière des femmes, qui sont les principales actrices dans cette filière. Selon une étude récente, la filière emploie environ 600 000 femmes ramasseuses-transformatrices, 1000 collecteurs/collectrices 500 acheteurs professionnels et une dizaine d’exportateurs. Ce potentiel fait d’elle l’une des filières les plus féminisées. La filière karité contribue beaucoup à la sécurité alimentaire des ménages ruraux du fait de la consommation du beurre comme huile de cuisson. Par ailleurs, une partie importante des revenus tirés par les femmes du ramassage et de la transformation de la noix, est utilisée pour l’alimentation de la famille. L’importance de la filière karité dans le revenu des ménages n’est plus à démontrer.

La vente des produits du karité contribue entre 40 et 50% au revenu de la population (producteurs et commerçants) des zones de production, et le beurre fournit des acides gras importants et du glycérol à plus de 80% dans l’alimentation de cette population. La valeur économique des produits du Karité constitue l’occasion de réduire la pauvreté et d’améliorer le revenu national en général, et en particulier l’autonomie financière des femmes, qui sont les principales actrices dans cette filière. Le karité est un produit dont la valeur est particulièrement élevée au niveau international, où 95% des amandes ou du beurre exportés est utilisé dans les industries de chocolaterie et de confiserie ; les 5% restant sont utilisés à des fins cosmétiques ou pharmaceutiques

 

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