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Racisme : Deux images, même crime

D’un côté, un Saint Michel à peau blanche, terrassant le diable peint en noir, son arme blanche brandie. De l’autre, un policier du Minneapolis aux États-Unis, le genou solidement posé sur le cou d’un Afro-américain. Le pauvre qui a hérité la damnation de ses ancêtres, supplie pour vivre : « Je ne peux pas respirer (I can’t breathe). Ne me tuez pas ». Le policier impitoyable ira jusqu’au bout.

Ces deux images d’origines diverses, ont en commun de caricaturer la domination du Noir par le Blanc. L’ange, symbole éloquent de l’impérialisme religieux et le policier, la brutalité militaire et politique. Une seule victime : le Noir, par extension, l’Afrique désarmée, déshabillée, menottée…

La première image n’indispose presque personne ; elle abonde d’ailleurs nos lieux de culte, temples et paroisses, et orne nos murs à la maison. En face d’elle nous avons l’impression de voir et de valider, à travers la position dominante de l’archange, notre victoire sur nos ennemis ; l’ennemi de notre santé, de notre prospérité, de notre fertilité… La seconde image a ému et révolté le monde entier. Nous avons mal digéré qu’un homme ait pris tant de plaisir à assassiner par suffocation un être humain qui encore suppliait pour vivre. Indignation légitime ! mais laissons le policier. Il n’a fait qu’appliquer et illustrer une idéologie séculaire selon laquelle l’Africain n’est qu’un sous homme, le frère amélioré des singes ; que le tuer n’est pas commettre un homicide au même sens que s’il s’agissait d’un Américain, ou Européen. C’est pourquoi ni Jésus ni la Vierge Marie, encore moins Mahomet, Salomon, Josué, Noé… aucun de ses personnages ne sont des Noirs. Dans toutes représentations théâtrales ou textes dits sacrés, les mauvais rôles ne sont-ils pas toujours assumés par les Africains (païens ou sarrasins) ? Si toutes les bonnes ”choses” ont la peau blanche, couleur de pureté, drapeau des nations élues, et que les mauvaises sont systématiquement noires, faut-il en vouloir à nos sœurs qui désirent rejoindre leur camp à coup de produits éclaircissants ? La dépigmentation, avons-nous jamais pensé ? peut traduire la trouvaille (quoique inefficace) d’un peuple complexé et pressé d’échapper à la guillotine de sa peau. Qui voudra finir, en effet, au nom d’une peau non choisie, comme George Floyd, assassiné par asphyxie lundi 25 mai 2020 ; Ahmaud Arbery, joggeur noir-américain de 25 ans, abattu le 23 février 2020 alors qu’il courait dans un quartier résidentiel de Brunswick en Géorgie ; ou enfin George Stinney, adolescent de 14 ans, condamné à mort en 1944 et exécuté sur une chaise électrique à l’issue d’un court procès ? Qui oubliera qu’à un noir on continue de dire ”tu” non pas comme à un ami mais parce que le ”vous” honorifique est réservé aux seuls blancs ? Qui oubliera que sur de simples accusations, sans jouissance de la ”présomption d’innocence” des noirs furent condamnés, d’autres plus chanceux ont fait jusqu’à 30 ans de prison avant que leur innocence soit sue ? Qui oubliera que l’Africain, c’est l’individu, le miséreux qu’on peut abattre par plaisir, sans craindre quoi que ce soit parce qu’on est de la race blanche, la race de Jésus, de Mohammed aux cheveux longs et la peau blanche, imposés à coup de violence et de ruse ?

Depuis plus de 500 ans la mort gratuite a encerclé la race noire. Le fait d’attribuer à Satan, de donner au diable et à toute négativité la couleur noire, contribue au mépris de l’Africain. De sorte que de nombreux occidentaux, en tuant un Africain ou Afrodescendant, ont juste l’impression de débarrasser le monde d’un danger, d’une menace, d’un moi-vide, d’un débris humain. Et non de commettre un crime. Telle est la clé de lecture de la misère du Noir au monde.

Deux images toutes cruelles, discriminatoires et criminelles qui résument le regard des autres sur nous.

Par Sêmèvo B. AGBON

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