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Radicalisation et extrémisme violent (IV) : L’accès au foncier, facteur de grande insécurité au nord-Bénin

Quatrième partie du dossier consacré aux facteurs pouvant conduire à la radicalisation et l’extrémisme violent au Bénin. Une restitution de l’« Etude  sur les risques et les facteurs potentiels de radicalisation et d’extrémisme violent en république du Bénin » menée dans le cadre du « Programme de prévention de l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest et dans le bassin du lac Tchad –(Pprev-Ue II) ». Nous abordons aujourd’hui le foncier, un domaine de grande insécurité dans le nord-Bénin selon le Rapport.

Présenté par Sêmèvo Bonaventure AGBON

La question du foncier, même si elle est sensible partout, est d’autant plus préoccupante dans les huit communes des départements du septentrion concernés par l’étude. « L’accès à la terre est une question préoccupante qui oppose les communautés les unes aux autres dans les communes parcourues. Dans ces communes principalement agricoles, la terre reste la principale source de revenu dont l’accès est menacé par la pression démographique, l’empiètement des parcs et autres réserves fauniques, la paupérisation du fait de la surexploitation et de l’utilisation des engrais chimiques et autres pesticides toxiques. Ceci se traduit par des dynamiques d’exclusion de personnes installées ou exploitant des superficies depuis des décennies », écrivent les rédacteurs. Le foncier est donc souvent source de conflits. Par exemple « Il y a un village [Deeman] où les présumés propriétaires sont allés déterrer tout un domaine de trois (03) ha de champ d’anacarde, produit par un ressortissant de l’Atacora sous prétexte que le champ ne lui appartient, alors que ce dernier y a totalisé plusieurs décennies d’occupation », témoigne un membre de la Cellule de participation citoyenne (Cpc) de Nikki.

Ce qui exacerbe les conflits, c’est le manque de régulation, et surtout la dichotomie entre le code domanial et foncier, et les pratiques et les traditions de transactions foncières dans les localités. De plus, « la question de la régulation foncière, dans les contextes actuels marqués par la réforme de la décentralisation, apparaît comme une problématique à enjeux multiples. De nouveaux acteurs y émergent avec de nouvelles dynamiques et pratiques gestionnaires. Ceci complexifie le mode de régulation foncière avec une forte tendance à la bureaucratisation et à la marchandisation des transactions. L’accès à la terre est désormais contrôlé au moyen de l’introduction de nouvelles règles remettant en cause les normes anciennes : au résultat, plusieurs transactions foncières effectuées depuis des générations sont remises en cause. Des terres cédées symboliquement ou données à des tiers sont retirées et parfois revendues à plusieurs acquéreurs à la fois ». L’Etude souligne que même l’autorité communale est défiée par la question.

Quand communautés s’opposent aux institutions étatiques ou non étatiques

Dans certaines localités, les communautés s’opposent aux institutions étatiques ou non étatiques. Les premières n’approuvent pas la cession des terres par l’Etat au profit de la création des parcs. « (…) dans des localités comme Tanguiéta, Matéri, Kandi la cession de l’essentiel des terres (2/3 du territoire de la commune de Tanguiéta à l’Unesco) par l’Etat dans le cadre de la création des parcs suscite des contestations et est considérée par les communautés comme une expropriation », lit-on. Un élu local de Tanougou confirme :

« Le fait que nos aïeux aient vendu la terre [le parc Pendjari] à l’Unesco pose de sérieux problème dans la mesure où nous ne disposons plus de terre. Parce que lorsque tu veux parler on te dit c’est l’Unesco. Mais qui est l’Unesco ? On ne le connait même pas. Normalement aujourd’hui nous devons demander à l’Unesco de nous dédommager parce qu’on a la terre mais nous n’y avons pas accès. Là ou moi ça me fait mal, lorsqu’ils sont venus classer ce parc nos parents étaient dedans mais ils n’ont pas tenu compte de leur développement. Ils sont allés couper en laissant nos parents dedans. Une manière de leur dire quitter. C’est ce qui s’est passé (…). Moi je me demande ce que l’Etat est en train de faire pour la population de Tanguiéta. La fois passée nous nous sommes retrouvés à Parakou dans le cadre d’un atelier de 3 jours sur le foncier. Au cours des deux premiers jours de l’atelier les participants ont suggéré que tous les occupants des parcs soient déguerpis. Le troisième jour, j’ai pris la parole et je me suis présenté comme élu local de Tanougou et je leurs ai dit qu’il faut reconnaitre qu’il y a les parcs artificiels que les gens ont créés et qui sont détruits par les communautés. Mais chez nous à Tanougou, c’est un parc naturel et nous, nous sommes nés dedans et l’Unesco est venue nous trouver. Mais s’il faut déguerpir les communautés, nous nous sommes d’accord. Mais il faut que l’Etat nous trouve une autre superficie au niveau du Bénin que nous allons habiter et le problème sera réglé. Autrement, nous on préfère mourir sur le site du parc et personne ne pourra venir nous déguerpir. Quelle que soit la puissance de la munition qui sera utilisée nous on ne bouge pas on va vous affronter c’est moi qui vous le dis. L’Unesco n’a pas tenu compte de la volonté de la communauté avant de faire ce qui l’arrange et aujourd’hui on vient nous dire de quitter pourquoi ? ».

Se tourner vers l’immigration

Par ailleurs, la gestion rationnelle des restes de terres encore accessible aux communautés et surtout le souci d’éviter des conflits fonciers « ayant des conséquences destructrices sur les rapports et la cohésion sociaux », un verrou est mis à la question du foncier dans certaines communes. Le Rapport cite Parakou et Kandi notamment où « les chefs coutumiers luttent pour empêcher leurs « sujets » de vendre les terres, en invoquant leur autorité coutumière sur le foncier ». « A Parakou par exemple, le roi fit annuler plusieurs transactions foncières entre ses sujets et des ressortissants du Sud. Les enjeux du foncier s’ajoutent désormais à ceux du pouvoir politique et deviennent des sources potentielles de radicalisation et de violence xénophobe ».

Cet embargo sur la terre, ajouté à « l’absence d’opportunités de formation socioprofessionnelle pour les déscolarisés ou non scolarisés, du manque d’opportunités d’insertion socioprofessionnelle dans ces milieux », amène les victimes, les jeunes et les femmes en tête, à se tourner vers l’immigration « vers les pays du Golfe et de l’Afrique du Nord (le Koweït, le Liban, l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Algérie, la Lybie) ou de l’Afrique de l’ouest (le Ghana, le Nigeria) », ont remarqué les enquêteurs. Et c’est sans oublier « la multiplication d’actes délictueux »

 

 

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