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Recherche en endogénéité : Des étudiants de l’Uac à l’école du Fongbé

Le Laboratoire de Boologie (Laboo) en association avec le Laboratoire de Sociologie, dynamique des langues et recherche en Yoruba (Lasodyla-Reyo) a organisé, samedi 24 avril dans l’une des salles de l’Ecole doctorale pluridisciplinaire (Edp) de l’Uac, une formation pour « Savoir lire, écrire et compter de zéro à l’infini » en langue Fon, ceci en seulement quatre heures d’horloge.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Etudiants en licence 1, 2 et 3 de Sociologie-Anthropologie venus du campus d’Abomey-Calavi et du centre universitaire d’Adjarra. Ce sont eux, les bénéficiaires de cet apprentissage de la langue Fon. Quatre heures de temps ont été suffisantes pour explorer le Fongbé. Ont été abordés l’alphabet du Fongbé (31 lettres au total) ; les lettres empruntées au français et celles spécifiques (GB, KP, NY, ɖ…) avant de déboucher entre autres sur les notions de digraphes et de diphtongues, la nasalisation, les règles d’élision, de non-cohabitation de deux voyelles et la formation du nom.

Assisté de Ferdinand Aholoukpè, superviseur des centres d’alphabétisation de la commune d’Abomey-Calavi, Marcel François N’Vekounou, concepteur du calendrier culturel lunaire Fèzan a assuré principalement la formation. « Ce dernier a élaboré un document d’apprentissage de la langue Fon en quatre heures, c’est-à-dire qu’en 4h de temps il se donne la latitude d’apprendre à quelqu’un qui ne connait pas le Fongbé, les rudiments, les règles de grammaire pour lire, écrire et compter en langue Fon. La formation a été l’occasion de lui donner l’opportunité de confronter sa pédagogie avec les apprenants en situation réelle de cours », a expliqué docteur Coovi Raymond Assogba, Maître de conférences des universités du Cames et responsable de l’Unité d’enseignement de Boologie à l’Université d’Abomey-Calavi. Selon ses confidences, Marcel N’Vekounou lui a été présenté par le professeur Maxime da Cruz, recteur de l’Uac. « Il m’est revenu la charge de l’aider à concrétiser son choix de venir à l’Uac pour s’essayer à une certaine pédagogie. C’est une innovation que ceux qui professent l’enseignement à un haut niveau universitaire puissent collaborer avec des intelligences, qui peut-être n’ont pas le diplôme universitaire mais qui, dans leurs recherches, ont trouvé des habiletés pour atteindre le même objectif pédagogique et académique que l’enseignant », a-t-il salué.

Satisfaction

Comblés, les participants sont retournés satisfaits. « La séance a été très intéressante !», s’est exclamé Eunice Gbètogo, étudiante en 2e année de Sociologie-Anthropologie. Et de poursuivre : « Dès que je serai sur le terrain pour des recherches en milieu Fon, je n’aurai plus de souci. Je vais facilement écouter et transcrire mes interlocuteurs ». Le même sentiment a animé Zavier Kintossou Goï, étudiant en fin de cycle de licence dans l’option ‘’Sociétés et cultures. « Les formateurs, a-t-il indiqué, ont fait un grand travail. Ils ont démontré qu’en 4h on peut effectivement lire et écrire le Fongbé. Cette langue va nous permettre de bien écrire nos ‘’Jͻwamͻ’’ (héritages) culturels. Par exemple le français ne peut écrire Vodún ou Klwitͻ. Il faut transcrire tout ça en Fongbé ».

Le formateur Marcel François N’Vekounou de son côté s’est dit heureux d’avoir fourni ainsi aux étudiants, les outils pour une recherche facile dans les réalités culturelles endogènes. « Lors des recherches ils sont appelés à se rendre dans des couvents, à rencontrer des intellectuels communautaires pour recueillir des données. Or, ils ne peuvent les écrire efficacement en français. Donc celui qui maîtrise le français, l’anglais …et ignore sa propre langue ou les langues nationales, demeure un analphabète ».

En cela, Raymond Assogba renchéri qu’à travers cet apprentissage du Fongbé, il s’agit « d’initier les étudiants à se préparer méthodologiquement à utiliser le premier outil théorique et méthodologique de la complicité entre la Boologie et la contracculturation, la langue ». Sinon, a-t-il déploré, depuis les indépendances en 1960 les réalités socioculturelles endogènes sont exprimées à partir des dictionnaires français, or la langue de l’ancien colonisateur est assez déficitaire en la matière. Dès lors, « là où le français est limité pour exprimer les réalités béninoises il faut constituer le nom de la réalité dans la langue nationale comme un concept avec toute la méthodologie d’élaboration d’un concept, la coupure épistémologique que Gaston Bachelard nous a enseignée. Ça, c’est une révolution. Pour consommer cette révolution il faut préparer les apprenants à commencer à s’intéresser à l’écriture, à la lecture et au comptage dans les langues nationales », a-t-il justifié.

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