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Reconnaissance de paternité : Les Béninois entre craintes et satisfaction

Disposition légale adoptée et promulguée depuis 2015, la reconnaissance de paternité sera mise en application dans les prochains jours. Désormais l’auteur d’une grossesse hors mariage devra se faire délivrer à la mairie, l’acte de reconnaissance de paternité avant l’accouchement. Que pensent les béninois de la mise en application de cette disposition ? Ils sont partagés entre satisfaction, incompréhension et appréhensions. Micro trottoir.

Propos recueillis par Laurent KOKOU

 

« Cela va également encourager la polygamie »

Je pense que ça va éradiquer un tant soit peu les enfants sans père et permettre ainsi à tout enfant de jouir de ses deux parents même si sa mère n’est pas mariée à son père. Mais je pense aussi que cela va également encourager la polygamie en ce sens que la reconnaissance de paternité étant un acte administratif, elle unit tacitement l’homme à la mère de son enfant. Et il trouvera là un juste motif pour chercher à engager cette dernière. De l’autre côté, comme il n’y a plus d’hommes, beaucoup de femmes ne voudront pas laisser si facilement un homme qui a accepté reconnaître devant l’autorité d’état civil, être l’auteur de leur grossesse

Joséphine Hogbonouto, employée de bureau.

 

« Je crains que cette disposition n’encourage les avortements »

C’est une disposition qui va corriger beaucoup de choses. On aura à l’avenir moins d’enfants sans actes de naissance. Les hommes sont désormais appelés à plus de responsabilité face à leur paternité. Les femmes aussi sauront à qui écarter les jambes. Seulement je crains que cette disposition n’encourage les avortements et donc la mort de nos sœurs. En effet, désespérée à cause du refus de l’auteur de la grossesse à reconnaître la paternité, les femmes peuvent facilement avoir recours à l’avortement. Toute chose qui peut conduire à la mort.

Marie-Madeleine Tossou, commerçante

 

« Désormais, on ne parlera plus d’enfants sans père »

Je pense sincèrement que les désordres liés à la natalité vont pouvoir cesser. Désormais, on ne parlera plus d’enfants sans père, ni de de progénitures non scolarisées. Mon inquiétude concerne surtout les paysans, les analphabètes qui n’ont aucune notion de cette disposition. Étant donné qu’une fois la grossesse arrivée à terme, la femme doit accoucher, quel sort sera réservé à ces pères qui n’auraient pas reconnu la paternité ? L’Etat doit mener une bonne sensibilisation autour du sujet pour faire comprendre à toute la population, l’importance de l’enjeu.

Bernard Balley, enseignant

 

« De nos jours 90% de pères ne sont pas responsables »

Je pense que c’est une très bonne disposition. De nos jours 90% de pères ne sont pas responsables. Ils enceintent les femmes et refusent d’assumer leur responsabilité. Mais à y voir de près, ils ont aussi raison puisque certaines femmes surtout les jeunes filles ne disent plus la vérité. Elles couchent avec plusieurs hommes à la fois. Dès que la grossesse vient, elles courent dans tous les sens à la recherche du vrai père. Au finish, elles collent la grossesse à celui qui a plus d’argent. C’est pourquoi le mieux c’est que l’homme reconnaisse librement la paternité. Ça évitera les problèmes.

Françoise Medjotin, étudiante en sociolinguistique

 

 

« Elle ne comporte aucun inconvénient »

En fait ce n’est pas une nouvelle disposition et à mon avis, elle ne comporte aucun inconvénient. Ça va à coup sûr, discipliner la libido des partenaires sexuels et surtout, favoriser l’établissement des actes de naissance aux enfants. Ce que certains hommes mariés craignent c’est de voir cette paternité qu’ils souhaitent garder secrète, dévoilée à leur épouse légitime par des agents mal intentionnés au sein des mairies. Mais je dirai à ces hommes d’être responsables. Car si tu refuses de te contenter de ta femme et que c’est une femme de dehors qui te fait courir, apprête-toi à courir aussi pour déclarer la paternité. C’est aussi simple que ça.

Bertino Ahodégnon, opérateur économique

 

« Cette disposition va certainement sécuriser l’état civil des enfants »

Cette disposition va certainement sécuriser l’état civil des enfants qui pourront disposer d’acte de naissance. Ça va aussi discipliner les hommes qui enceintent et refusent la grossesse mais encore faut-il que l’auteur de la grossesse accepte de reconnaître la paternité. Moi je pense plutôt que les don Juan briseurs de cœurs vont profiter de cette disposition pour faire beaucoup de victimes voire de morts par avortements. Ils sont prêts à amadouer, promettre amour et fidélité, jurer qu’ils veulent un enfant. La femme se laisse enceintée. Subitement, la version de l’homme change ; il demande à la femme d’avorter. En désespoir de cause, la femme peut décider d’avorter de peur de faire un enfant sans père. Autrefois, même si l’homme refuse la paternité, beaucoup de femmes décident d’accoucher et de faire porter un autre nom à l’enfant. Mais avec cette disposition, ce sera la panique chez les femmes et je crains que le taux d’avortement ne galope.

Fadilath Adani, restauratrice

 

« Les conséquences sociales de l’application de cette loi feront plus mal »

En fait l’objectif du gouvernement de mettre en œuvre cette disposition de la loi datant de 2015 serait de faire recenser automatiquement toute naissance sur le territoire national et d’avoir une bonne maîtrise de la démographie et surtout de l’évolution de la population générale. Mais cette décision est porteuse de tares que de vertus. En ce sens qu’il serait désormais très facile de se retrouver dans la situation inattendue où désormais les populations qui sont de l’Afrique sont majoritairement analphabètes. En plus les populations des localités dont les mairies difficiles d’accès feront les enfants sans faire préalablement enregistrer la grossesse. Les conséquences sociales de l’application de cette loi feront plus mal que du bien au peuple béninois. Donc il vaut mieux revoir cette disposition de la loi ou l’abroger complètement. Sinon à l’horizon 2030 nous aurons beaucoup d’enfants non déclarés donc sans acte d’état civil.

Germain Okoundé, enseignant

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