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Rejet du 3e mandat par Talon : «C’est tout à fait à son honneur»‚ Joël Atayi Guèdègbé 

Le président Patrice Talon ne briguera pas un troisième mandat. C’est un engagement qu’il a pris‚ samedi 10 juillet à l’occasion du sommet citoyen sur la bonne gouvernance, l’alternance et la démocratie organisé par la société civile ouest-africaine du 8 au 10 juillet à Cotonou. Même si la Constitution béninoise ne le lui permet pas‚ le politologue Atayi-Guèdègbé insiste que tenir cette promesse engage son propre honneur. L’acteur de la société civile et président de l’Ong Nouvelle éthique, ajoute que les acteurs à divers niveaux doivent ‹‹ encourager le président Talon à tenir parole et à décourager toutes les velléités qui essaieront de pervertir sa volonté ››

Propos recueillis par Raymond FALADE

Joël Atayi Guèdègbé : Au regard du contexte ouest-africain marqué par la remise en cause de la limitation des mandats dans nombre de pays, il n’y a pas une tendance très claire de ce côté-là. Vu le contexte local même, où le président entre 2016 et 2017 a dit avec une certaine équivoque qu’il ne tenait qu’à un mandat‚ il est devenu suspect de pouvoir revenir sur sa parole. Alors que le second mandat qu’il est en train d’accomplir reste légal et prévu par la Constitution en vigueur. Il va sans dire que tout propos qu’il tient sur la question ne peut manquer d’appeler davantage l’attention. Beaucoup de ses contempteurs vont scruter à la loupe, vont continuer d’être les Saint Thomas jusqu’au bout, malgré la lettre de la Constitution révisée en son article 42 qui stipule que nul ne peut faire plus de deux mandats de sa vie. Malgré cette précision à la limite superfétatoire apportée par le texte de la loi qui s’ajoute à l’esprit de notre Constitution depuis ses origines en 90, la limitation des mandats est une question qui a beaucoup de sens. Moi j’apprécie les arguments que le chef de l’Etat a essayé d’exprimer, de formuler au soutien de son engagement de ne pas solliciter plus qu’il n’a de droit de mandat.

Cela doit interpeller et appeler à un soutien pour que de l’Afrique naisse également une contribution relativement significative à l’universalité de la démocratie.

Ces préoccupations s’inscrivent parfaitement dans la perspective historique des luttes pour un constitutionnalisme africain où la question de l’alternance tient une place prépondérante. Une place prépondérante dans la mesure où les trois premières décennies des années post indépendance ont montré que la non alternance au pouvoir a pu être un facteur de mal gouvernance et de perpétuation du sous-développement. Le président de la république fait en plus référence à la trace laissée par ses prédécesseurs et s’engage au vœu de participer à l’institution d’une tradition où l’alternance a un sens et devient une valeur fondamentale. Cela doit interpeller et appeler à un soutien pour que de l’Afrique naisse également une contribution relativement significative à l’universalité de la démocratie. Dans l’absolu, rien ne devrait empêcher quelqu’un de poursuive une infinité de mandat tant qu’il obtient des suffrages. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Dans la situation qui est la nôtre, c’est bien d’empêcher la sclérose au pouvoir qui rend inefficace l’action publique, qui rend inefficaces les actions menées au sommet de l’Etat, désespère le citoyen et qui fait que les tensions sont exacerbées inutilement. Donc, nous devons pouvoir chercher les voies et moyens de codifier l’alternance, de l’inscrire dans le marbre de nos Constitutions pour donner un sens aux progrès politiques qui passent par le renouvellement au sommet de l’Etat.
C’est l’histoire qui dira si oui ou non le président Talon pourra résister aux assauts de tous les flatteurs, de tous les flagorneurs qui ne demandent qu’à vivre à l’ombre d’un pouvoir fort, d’un pouvoir qui se perpétue parce que, il assure aussi le prolongement de ceux-là au sommet de l’Etat ou du détenteur du pouvoir. C’est tout à fait à son honneur et il lui reste à rester fidèle à son éthique et à faire en sorte que entre sa conscience et son éthique, il n’y ait pas de variation mais au contraire, qu’il y ait une grande constance qui l’honore et qui assure son entrée dans l’histoire au même titre que ceux qui ont essayé de donner sens et contenu à l’alternance au pouvoir dans nos pays. C’est possible modestement à l’échelle de nos pays quand on pense à un petit pays comme le Cap-Vert, quand on pense récemment au président Mahamadou Issoufou du Niger, quand on pense aux efforts de la fondation de Mo Ibrahim pour soutenir les dirigeants africains qui arrivent à se retirer du pouvoir au terme de leur mandat constitutionnel. Il y a lieu de s’engager dans cette voie-là, encourager le président Patrice Talon à tenir parole et à décourager toutes les velléités qui essaieront de le pervertir dans sa volonté.»

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