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Renvoi d’une fille enceinte du toit de ses parents : L’avis du sociologue Émile Comlan Badevou

Très souvent, les parents renvoient chez l’homme leurs filles qui tombent enceinte sous leur toit sans avoir fini les études ou l’apprentissage. Est-ce la bonne option ? Émile Comlan Badevou est économiste et docteur en sociologie. Il a soutenu une thèse sur la sexualité, précisément la prostitution. Il donne son avis sur la question.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : Faut-il renvoyer une fille qui tombe enceinte sous le toit de ses parents ?

Dr Émile Comlan Badevou : Pour répondre à cette question je dirai que la sexualité n’est pas un jeu d’enfant. Celui ou celle qui s’adonne à l’activité sexuelle se considère déjà comme une grande personne. Étant une grande personne il faut assumer ses responsabilités. Vous allez constater que ce n’est pas les parents de l’homme qui le renvoient de chez eux, ce sont plutôt les parents de la fille. Si ma fille ne finit pas son apprentissage ou sa scolarité avant de tomber enceinte, c’est qu’elle m’a désobéi. Aucun parent ne va demander à son enfant encore en apprentissage ou en cours de scolarisation d’aller chopper une grossesse, de s’adonner à l’activité sexuelle. Donc en cas de grossesse non désirée, c’est que les conseils des parents n’ont pas été suivis. Un parent qui voit sa fille enceinte et qui voit qu’elle lui a désobéi, est sur les nerfs. Il doit être fâché, son état de nervosité l’amène à demander à cette fille de quitter la maison et de rejoindre son « mari ».

 

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Chose que je trouve normale. Parce que, qu’est-ce qui se passe ? Lorsque les parents vont garder leur fille et le bébé qui naîtra, cela devient alors une charge de plus. L’homme inconscient va fuir ses responsabilités. Même si ce dernier acceptait la paternité, là encore est la question. S’il reconnaît la paternité c’est que l’enfant va désormais porter son nom. Moi personnellement je me vois mal en train d’entretenir ma fille en plus de l’enfant d’un autre qui je suppose, a mis en péril l’avenir de ma fille.

Y a-t-il un mal à ce que les parents gardent leur fille enceinte avec eux et veillent sur elle ?

Lorsque j’accepte de garder ma fille en plus de l’enfant d’un autre, le géniteur, lui il est libre. Non seulement il continue ses études mais il va encore draguer d’autres femmes qu’il pourrait encore mettre enceinte, puisqu’il ne va pas sentir la charge de supporter une femme avec un bébé. L’inconscience pourrait le conduire là. Conséquence, il se retrouvera avec plusieurs autres filles enceintes de lui seul. Mais si je lui renvoie sa « femme »-je suppose qu’il y a consentement entre les deux- désormais il va faire face aux charges, ce qui va l’amener à se conscientiser pour dire « ah ce n’est pas facile ! ». Ainsi, il peut être amené à ne plus courir après d’autres filles. Il va attendre un moment, même s’il pourrait reprendre cette vie après. Donc, renvoyer la femme vers le garçon, je pense que cela va induire une conscientisation chez les jeunes qui vont se dire « désormais je suis marié, je vis en concubinage avec une femme que je dois prendre en charge ».

Cette prise en charge de l’enfant et de la femme va l’amener à réduire ses sorties, étant un garçon il va toujours chercher à draguer mais ça va réduire la drague et si possible, l’amener à vivre une vie de famille. Lorsque le parent va garder sa fille enceinte chez lui, le garçon qui l’a mise en enceinte va toujours se considérer comme célibataire. Il continuera ses aventures. Pire, le parent pourrait être surpris de voir que sa fille a choppé une autre grossesse quelques années après le premier geste, toujours sans que la régularisation ne soit faite. Qui supporte ces charges ? Toujours le parent, alors que s’il lui renvoyait sa femme cela suppose qu’il est désormais un papa, il assume le rôle de père, cela va limiter selon moi les dégâts.

 

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Dans d’autres cas, les familles des deux côtés s’asseyent, discutent autour de la situation. Au final, les parents gardent leur fille enceinte chez eux et l’homme pourvoit à ses besoins. On a des exemples où la fille soutenue par ses parents a accouché puis a continué ses études ou son apprentissage. Ces parents ont-ils mal agi ?

Là c’est souvent les cas où la fille est enfant unique et les parents ne désirent pas qu’elle s’éloigne d’eux. Mais les familles où il y a déjà plusieurs enfants à entretenir, on préfère se débarrasser de celle qui est tombée enceinte précocement. Je suppose que l’éducation, l’alimentation…constituent déjà des charges. On profite alors de la situation pour se désengager de la charge de cette fille. Or, si c’est une fille unique, si elle part dans ces conditions, qui va rester avec ses parents ? Donc les parents ont plus à gagner en cherchant un règlement à l’amiable. Les deux parents s’accordent alors sur un principe. Mais très souvent, dans ces conditions, le garçon qui a mis enceinte se sent toujours libre de tout engagement, court après d’autres filles et on constate qu’il va enceinter trois à cinq femmes.

Le sexe, ce n’est pas un jeu d’enfant, mais est-ce rassurant de renvoyer sa fille chez un jeune ‘’inconscient’’ qui n’a pas les moyens de l’entretenir et qui ne s’attendait même pas à une grossesse dans leur aventure ?

Relativisons également un peu. Là, est-ce que les parents de la fille ont aussi suffisamment de ressources pour supporter leur fille et le bébé qu’elle accouchera ? Toute la problématique est là. Si j’avais déjà des difficultés pour entretenir mon propre enfant, et que je me vois subitement dans l’obligation d’entretenir et ma fille et l’enfant de quelqu’un d’autre issu des entrailles de ma fille, ça devient compliqué. C’est dans cette ambiance que les parents se désengagent. Lorsque les parents ont les ressources suffisantes pour y faire face, le problème ne se pose pas. Ils s’accordent sur certains principes, pourvu que leur enfant continue ses études ou l’apprentissage. Mais le gros souci, c’est quand les parents de la fille ont eux-mêmes déjà des difficultés pour pourvoir aux besoins de leur fille. Ils se disent que supporter l’enfant d’un autre devient un autre souci. Ils trouvent alors les voies et moyens pour s’en débarrasser le plus tôt possible.

 

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Face à cela, qu’avez-vous à dire aux parents et surtout aux jeunes ?

Exhorter les jeunes à prendre conscience, parce que la sexualité n’est pas un jeu d’enfant. La sexualité quand elle est mal entamée, mal planifiée conduit à la ruine. Il faut que les jeunes prennent conscience de ce que, le sexe peut les aider à sortir des situations difficiles comme il peut les plonger. Un jeune garçon ou une jeune fille patient.e, qui sait où il/elle va ne s’adonne pas vite à la sexualité. Lorsqu’il y a cette prise de conscience, à un certain âge on est mâture et on peut soi-même prendre des responsabilités. Le sexe a les deux faces. Il peut vous aider à vous en sortir dans la vie comme il peut vous noyer complètement. Je demande aux jeunes de s’assagir. Dans le sexe il y a la vie mais également la mort.

Merci.

 

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One thought on “Renvoi d’une fille enceinte du toit de ses parents : L’avis du sociologue Émile Comlan Badevou

  1. Bonjour chers tous,
    J’avoue que Dr Badevou a su porter sa double casquette d’économiste et de sociologue. Je le félicite pour son argumentaire qui curieusement à 100 pour 100 ma réflexion. C’est curieux que deux hommes épousent entièrement les mêmes idées sur un sujet aussi sensible dont les positions devraient être subjectives. J’ai vraiment apprécié ce développement qu’il a fait du sujet.
    Dr Jérémie Dovonou, Spécialiste en Éducation et Formateur.

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