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Réorganisation du transport à Cotonou : Des passagers en pleurs‚ des conducteurs fâchés…Les “zémidjan” grands heureux

Annoncée il y a quelques jours, la décision du préfet du Littoral Alain Orounla, réorganisant le transport dans la ville de Cotonou est entrée en vigueur lundi 29 novembre. Les minibus de transport en commun communément appelés Tokpa-tokpa” et les taxis ont rejoint leurs nouveaux emplacements et n’ont plus droit de circuler sur ceratines artères de Cotonou. Rencontrés sur la gare routière de Pk6 à l’Abattoir lundi matin, chauffeurs, clients et conducteurs de taxi moto apprécient. La décision qui fait grincer les dents chez passagers et conducteurs‚ engraisse les conducteurs de taxi-moto “zémidjan”.

Par Raymond FALADE

Une ambiance inhabituelle règne à Pk6 à l’Abattoir dans le premier arrondissement de Cotonou. Nous sommes sur la nouvelle gare routière aménagée au profit des minibus et les taxis en provenance des départements de l’Ouémé et du Plateau. Des véhicules anarchiquement stationnés, des clients qui embarquent pendant que d’autres débarquent. La Police républicaine et municipale fait des patrouillent pedestres aux allentours et oriente les usagers. Dame Lucrèce, vient d’arriver à la gare en direction de Porto-Novo. Elle n’était pas informée de la décision du préfet avant de quitter la maison. Débout, dépassée par la situation, elle coule légèrement de larmes. Que se passe-t-il madame ? Nous lui avions demandé ? Après quelques secondes de silence, elle réagit. «Qu’est-ce que je vais dire maintenant ? Mahou… Comment je vais faire maintenant ? s’interroge-t-elle. J’ai quitté Porto-Novo et je vais à Cotonou. C’est à Missèbo que je décharge mes marchandises. Ils n’ont qu’à pardonner et revoir la décision»‚ a-t-elle plaidé. Sur le véhicule qui l’a déposé à la gare se trouvent des grappes de bananes. Lucrèce ne s’était pas préparée à cette double dépense. Elle se demande comment rejoindre son lieu de commerce avec les marchandises et craint surtout le prix du taxi moto, la seule alternative qu’il lui reste.

Outre les passagers‚ les conducteurs aussi protestent. «C’est une décision qui pèse sur nous. Rien ne marchait correctement avant. Maintenant, on s’est retrouvé brusquement ici»‚ affirme Samson Gandonou, conducteur de taxi, pressé, les yeux rivés vers l’avant à la recherche de clients en direction de Porto-Novo. L’homme fini par alerter : «Nous voulons qu’ils nous aménagent correctement au moins la gare et donner des instructions pour que nous ne soyons pas sur le parc et que d’autres soient en train de faire des chargements hors parc». Son collègue, visiblement révolté, dénonce‚ en effet‚ le fait que la gare ne soit pas encore totalement aménagé avant qu’on ne les y renvoie. «Nous sommes là maintenant. Il n’y a pas de la place pour garer nos voitures. Des travaux se poursuivent encore sur le site»‚ s’est-il plaint, faché. Il se demande comment ceux qui vont à Tokpa vont désormais s’y prendre et au retour comment feront-ils pour venir prendre taxi à l’Abattoir. Il n’est pas pour cette délocalisation. Il aurait souhaité que l’État leur trouve un emplacement à Tokpa et donner des instructions fermes pour lutter contre les chargements hors parc. «Les femmes souffrent trop. Combien de taxi prendra une seule personne de Porto-Novo pour Abattoir et d’Abattoir pour Porto-Novo ?»‚ a-t-il interrogé avant de nous abandonner pour aller à la conquête de nouveaux des clients.

Adossé à sa voiture, bras croisés, un autre conducteur, la soixantaine‚ a l’air serein. Il dit ne pas être surpris par la décision. Selon lui‚ ils n’ont pas de choix‚ car c’est une décision des gouvernants, ils sont obligés de s’y conformer. «C’est aujourd’hui que nous avons commencé. Les clients seront habitués d’ici-lໂ croit-il. À propos des tarifs du transport, ils continueront avec les anciens en attendant de voir avec les autorités et les clients mêmes, comment harmoniser désormais le prix‚ apprend-il.
«Nous ne nous attendions pas à ce que nous avons vu ici aujourd’hui. Nous allons prendre bus à 800f à Porto-Novo et ils vont nous demander de descendre à l’Abattoir. Maintenant, de l’Abattoir à Tokpa, nous allons prendre zemidjan pour 200f. Cela ne nous arrange pas du tout. Le soir maintenant, nous allons débourser encore 1000f pour le retour. Ce n’est pas bien»‚ dénonce une autre cliente, bagage sur la tête, qui se dirige vers les taxis moto pour la suite du trajet. Derrière elle, sa fille, aussi épuisée que déçue. «Ma maman a déjà tout dit. Si moi je dois parler, je vais pleurer seulement»‚ nous a-t-elle objecté. «J’ai envie de pleurer. Je n’aime pas ces genres de souffrance. Je suis fatiguée en même temps»‚ insiste-t-elle en langue yoruba tout en pressant les pas pour aller chercher avec sa mère, le reste des marchandises à covoyer au marché Dantokpa.

Aubaine pour les taxi-motos

Le malheur des uns, le bonheur des autres dit un adage. La réorganisation du transport dans la ville de Cotonou, est une aubaine pour les conducteurs de taxi-moto communément appelés zémidjan. Depuis l’entrée en vigueur de la décision ce lundi matin, les hommes en maillot jaune se font de l’argent‚ a témoigné Fréjus Hongbedé, conducteur de taxi-moto. Assis sur sa moto de marque Bajaj, il revenait du marché Dantokpa où il est allé déposer une cliente. «Cette décision nous arrange. Avant, on manquait de clients parce que les bus étaient trop. Là où toi tu prenais un client à 200f, les bus peuvent prendre 100f, et parfois même moins. Ce qui fait que beaucoup préfèrent les bus que les zem»‚ s’est-il réjoui. Sourire aux lèvres, il indique que cette décision diminuerait également les embouteillages dans la ville et dans les marchés. «Les clients que j’ai déjà servis aujourd’hui dépassent le nombre que je rencontrais habituellement. Je remercie ceux qui ont pris cette décision. Si cela peut être comme ça pour toujours, ce serait bien»‚ salue fièrement Fréjus Hongbedé. Il sera soutenu par son collègue Roger Zannou, qui s’apprête à rejoindre le marché à nouveau, avec son nouveau client. Toutefois, l’homme reste prudent et appelle ses collègues à l’être également. Selon lui, si les autorités ont interdit la circulation des taxis dans la ville de Cotonou, c’est à cause du comportement des conducteurs sur la voie. Il a invité les conducteurs de taxi-moto à «ne pas faire du désordre sur la voie». Car, «si nous le faisons, ils vont nous interdire aussi de circuler sur certaines artères de la ville»‚ prévient-il.

Clarifications du préfet

Le préfet du Littoral Alain Orounla lors d’une séance de travail avec les conducteurs de minibus vendredi 26 novembre, a indiqué que cette décision s’inscrit dans le cadre de la réorganisation du transport dans la capitale économique, Cotonou. Ainsi, « tout ce qui est taxi et qui arrive de Porto-Novo s’arrête à l’Abattoir et ne rentre plus dans la ville de Cotonou. Ils déchargent à l’Abattoir et prennent des clients à l’Abattoir pour la direction de Porto-Novo. Au niveau de Vodjè, tout ce qui est taxi qui arrive de Calavi, Bohicon, Lomé, etc. déchargent sur le site de Vodjè et se retournent là avec d’éventuels clients »‚ a-t-il tracé. Alain Orounla a fait savoir également que cette réorganisation permettra d’assainir le secteur du transport en commun et surtout de faciliter la mobilité urbaine et de désengorger la ville de Cotonou. « Nous avons décidé de réorganiser la filière non seulement pour répondre aux exigences de la loi qui a mis en place un cadre équitable mais également pour mettre de l’ordre dans la circulation »‚ avait-il soutenu.

Abattoir circulation Cotonou

Sur le site de Pk6, les travaux de réaménagement sont toujours en cours. Des engins lourds déployés sur le terrain remblaient et déblaient le site pour le rendre plat et viable. Les acteurs du secteur de transport rencontrés sur les lieux, ont appelé les autorités à accélérer, pour que les travaux finissent à temps. Ils ont également souhaité que la gare soit organisée afin que les clients se retrouvent vite. Car, pour l’heure, que ce soit les taxis en direction de Sèmè Kraké, que ce soit ceux en direction de Porto-Novo, de Sakété ou encore de Pobè, tous sont ensemble et anarchiquement installés. Le client pourrait se perdre‚ ont-ils prévenu.

Depuis l’entrée en vigueur de cette décision, l’embouteillage a dimunié dans la ville de Cotonou. La circulation est fluide ont salué quelques usagers rencontrés.

One thought on “Réorganisation du transport à Cotonou : Des passagers en pleurs‚ des conducteurs fâchés…Les “zémidjan” grands heureux

  1. On ne peut pas faire des omelette sans casser les œufs. Cela apprendra aux Oueménou à comprendre que c’est la chambre que l’on
    balaie avant l’arrière cour. Il y avait un grand marché à Porto-Novo longtemps avant la création de Gbogbanou qui se fait élargir et devient Dantokpa. Il y a t’il pas de” Dan” dans l’Ouémé-Plateau ?

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