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Résidences universitaires : A l’Uac, l’enfer d’un déménagement forcé

La directrice du Centre des œuvres universitaires et sociales (D/Cous) Ghislaine Claude Fagbohoun, à travers une note de service en date du mercredi 25 mars, a demandé à « toutes les personnes qui squattent » les résidences universitaires du campus d’Abomey-Calvi de déguerpir les lieux au plus tard le vendredi 27 mars. Une décision qui est tombée comme un coup de massue pour les étudiants qui ne savent pas à quel saint se vouer surtout pour ceux qui sont venus de très loin.

Par Raymond FALADE 

Jeudi 26 mars. Nous sommes en face du bâtiment B/Bid de l’université d’Abomey-Calavi. 24 heures après la décision de la directrice du Centre des œuvres universitaires et sociales (D/Cous) Ghislaine Claude Fagbohoun, qui invite les squatteurs des résidences universitaires à vider les cabines au plus le vendredi 27 mars.  Devant nous, un ‘’Zémidjan’’ assis sur une moto Bajaj. Juste à côté un grand coli dont nous ignorons le contenu. Denise Issan, étudiante en deuxième année d’Espagnol s’apprête à quitter sa cabine. « Cela nous est difficile. Mais nous sommes obligés de sortir parce que c’est obligatoire et nous n’avons pas le choix », déclare-t-elle. Ne sachant plus quoi faire, elle a préféré déménager pour rejoindre « quelqu’un ». « Je suis partie négocier auprès d’une dame pour pouvoir rester avec elle en attendant », confie Denise visiblement dépassée par la situation. A l’intérieur du bâtiment, une autre étudiante assise sur les escaliers. D’un air triste, elle a accepté tout de même répondre à nos questions. La jeune étudiante, est originaire d’Agonlin dans le département du Zou. Elle nous confie que lorsqu’elle quitte son village pendant la rentrée, elle n’y retourne qu’à la fin de l’année. « Je ne sais même pas où aller rester », s’est-elle plainte, le visage pâle. Et de déplorer le délai « trop court » donné par la D/Cous, soit de 48 heures. Selon ses confidences, juste après les affrontements qui ont opposé, mardi 24 mars dernier, étudiants et policiers sur le campus, la jeune étudiante a décidé d’aller se réfugier chez parent à Porto-Novo, le temps que la situation ne revienne à la normale. Hélas ! à peine descendait-elle que le message du Cous lui est parvenu. Pour elle, ce délai est trop insuffisant pour les étudiants surtout ceux qui ont quitté très loin. « J’ai une copine par exemple. Elle a quitté la Côte-d’Ivoire. Quand elle vient ici, c’est à la fin de l’année qu’elle rentre aussi. Elle n’a personne ici. Où est-ce qu’elle ira maintenant ? », interroge-t-elle. Même si elle autre ne sait pas encore où trouver hospitalité, elle rassure tout de même de quitter sa cabine ce vendredi 28 mars.

Pas conforme au contrat

Micaëlla Gbèdo, étudiante à la Faseg, vit, elle aussi difficilement cette décision. Mais elle n’a pas le choix devant cette croix, se lamente-t-elle. « J’ai quitté Abomey. Quand je vais retourner là-bas, je n’aurai pas de job. Je n’aurai rien à faire ». Pour elle, on aurait pu leur donner au moins une semaine pour qu’ils puissent bien se préparer. « Si cela ne tenait qu’à moi, je ne vais pas sortir hein. Je ne vais pas sortir parce ce que ce n’est pas ce qui est dans le contrat ça. Ce n’est pas dans le contrat qu’on va sortir avant le 31 août », a insisté Micaëlla Gbedo. Toutefois, elle a décidé de se plier à la décision de la D/Cous. Ce vendredi, elle entend vite quitter sa cabine pour éviter toute pression. « Je vais partir tôt parce que moi je n’aime pas qu’on crie sur moi. Au plus à 13 heures, je dois quitter les lieux. Je n’ai pas de l’argent. Si c’était que j’avais de l’argent, j’allais louer provisoirement. Rester à côté d’une amie, c’est un peu compliqué parce que vous n’avez pas la même éducation. Pour éviter tous ces problèmes, je vais retourner à Abomey. J’ai déjà demandé aux parents de m’envoyer de l’argent. Je vais faire le retrait et partir », a-t-elle fait savoir.

Bardé de trois sacs, un au dos, un Dangoté dans la main gauche et un autre dans la main droite, Enock rentre chez lui à Porto-Novo. Il est « profondément déçu de cette décision ».  « Cela n’a pas été facile pour moi de trouver de l’argent. Nous traversons un temps difficile avec le Covid-19 où tout le monde est contraint de rester à la maison. Je devrais rentrer depuis le mercredi mais faute d’argent, c’est ce jeudi soir que j’ai eu finalement les moyens pour pouvoir me rendre chez moi » a-t-il expliqué.

Sur les lieux, nous avons rencontré également les responsables de l’Union nationale des scolaires et étudiants du Bénin (Unseb) en tournée dans les résidences universitaires. Ils condamnent aussi la décision de la D/ Cous, qui soutiennent-ils, ne respecte pas le contrat qui existe entre les étudiants et le Cous. Toutefois, ils ont rassuré leurs camarades étudiants de se battre pour leur réintégration après la reprise des cours.

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