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Restitution de 26 œuvres : Épisode 1 d’un acte historique

Ce mercredi 10 novembre, 26 œuvres patrimoniales reviennent au pays après la signature à Paris, la veille, de l’acte de restitution par Patrice Talon et son homologue français Emmanuel Macron. Un « premier épisode » dans l’espoir d’autres restitutions, souligne l’homme de la Rupture, pendant que l’Hexagone y voit une « nouvelle page » dans le partenariat entre les deux pays.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

« Vous avez eu le courage de demander ce qui vous était dû ». Cette déclaration mémorable d’Emmanuel Macron, consacre la fin de 129 ans de « résidence » en France pour vingt-six trésors issus du pillage du palais d’Abomey en 1892 qui retrouvent ainsi la terre natale. Désormais, il envisage « Un partenariat d’État à État, de professionnels à professionnels, de société civile à société civile, de jeunesse à jeunesse ; un partenariat entre égaux ».

Une cérémonie solennelle d’accueil est programmée cet après-midi au Palais de La Marina pour marquer ce rapatriement triomphal. Il s’agit entre autres de trônes, ‘’Assin’’, récades et de statues anthropomorphes de certains rois. Mais, vingt-six œuvres rétrocédées sur près trois mille détenues par l’ancien pays colonisateur ? Une maigre moisson, qui marque toutefois un tournant historique dans la restitution du patrimoine africain dont 95% se trouvent hors du continent selon les experts. Cela explique d’ailleurs le sentiment mitigé chez Patrice Talon. « Il est regrettable, dit-il, que cet acte de restitution, si pourtant appréciable, ne soit pas de portée à nous donner entièrement satisfaction », avoue-t-il à son homologue français. « En effet, comment voulez-vous, qu’à mon départ d’ici avec les 26 œuvres, mon enthousiasme soit total pendant que le Dieu Gou, œuvre emblématique représentant le dieu des métaux et de la forge, la tablette du Fâ, œuvre mythique de divination du célèbre devin Guèdègbé, et beaucoup d’autres, continuent d’être retenus ici en France, au grand dam de leurs ayants droits ? », a-t-il interrogé.

Ce n’est « qu’une étape »

La demande du Bénin, pour mémoire, n’a pas porté spécifiquement sur 26 œuvres. Celles-ci, retenues arbitrairement par la France, correspondent au don du Général Dodds qui a obtenu la reddition du roi Gbêhanzin. « Nous avons formulé une demande de portée générale », précise, à cet effet, Jean-Michel Abimbola, ministre du Tourisme, de la culture et des arts au micro des chaînes de télévision Tv5 Monde, Africa 24 et la Radio France internationale (Rfi) lors de la « Semaine culturelle » d’exposition du 26 au 31 octobre au musée du Quai Branly à Paris en prélude au rapatriement des œuvres. D’où, cette restitution ne sera pas la fin de l’histoire. Ce n’est « qu’une étape dans le processus ambitieux d’équité et de restitution des patrimoines mémoriels, extorqués jadis aux royaumes du territoire du Bénin, par la France », a insisté Patrice Talon, le ton très certain. Mais avant, il reconnait le courage du président Macron pour ce premier pas face à un sujet resté tabou. « Pourquoi n’allons-nous pas nous congratuler franchement pour ce tout premier épisode, en attendant de nous retrouver à nouveau bientôt, sur ce même écran, pour la suite ? Je n’ai pas de doute. » S’agissait de la valeur desdites œuvres, le chef de l’État béninois ne les voit pas seulement comme des « biens culturels ». Car, « c’est beaucoup plus que ça, c’est notre âme », a-t-il rectifié. Ces trésors, a-t-il avoué, très ému, relèvent de « notre patrimoine génétique profond ». Alors, « leur permettre de retourner chez eux, parmi les leurs » c’est « pour notre bien, pour notre tranquillité, pour notre sérénité désormais ». « J’ai l’assurance que très bientôt, puisque vous avez instruit les travaux législatifs pour définir un cadre plus général de restitution, j’ai donc l’assurance que par ce fait là, le reste [des œuvres patrimoniales, ndlr] connaîtra le même sort que les 26 œuvres que j’emporte avec moi », espère-t-il.

Revers et détermination

C’est en 2016 que Patrice Talon, alors fraichement élu président de la république, « a formalisé immédiatement une demande de restitution à l’endroit de la France parce que ça fait partie du Programme d’actions de son Gouvernement », se souvient Jean-Michel Abimbola. Sous la présidence de François Hollande, « Le Bénin a …essuyé un refus puis une fin de non-recevoir ». La demande a été ensuite renouvelée à l’arrivée de Macron au pouvoir. Ce dernier, obsédé à redéfinir de nouvelles bases dans les relations France-Afrique, s’est montré ouvert sur la question. Deux intellectuels, l’universitaire-écrivain Felwine Sarr et l’historienne Bénédicte Savoy qu’il a commis, lui rendront le 23 novembre 2018, le rapport intitulé « Restituer le patrimoine africain : vers une nouvelle éthique relationnelle ». Le document fait un éventail du patrimoine africain : 90 000 objets d’art d’Afrique subsaharienne sont dans les collections publiques françaises dont 70 000 au musée du Quai Branly Jacques Chirac. Le 28 novembre 2017, Macron au Burkina-Faso a annoncé son engagement pour un « processus de restitution temporaire ou définitive du patrimoine africain d’ici cinq ans ». Le 17 décembre 2020, l’Assemblée nationale française a définitivement adopté la loi de restitution des biens promis par le président Macron au Bénin et au Sénégal à l’unanimité des suffrages exprimés. Il s’agit « d’accompagner une jeunesse en quête légitime de son identité patrimoniale », a justifié Yannick Kerlogot, rapporteur du texte et député de la majorité présidentielle. Cette loi, renchérit la ministre française de la Culture, Roselyne Bachelot, illustre la volonté de « renouvellement et d’approfondissement du partenariat entre la France et le continent africain » affichée par le gouvernement français, rapporte Jeune Afrique.

Rétablir l’honneur des ancêtres spoliés. Cette mission des nouvelles générations, le Bénin l’accomplit avec succès sous le président Patrice Talon. Ce fut un acte courageux, la demande de restitution des œuvres patrimoniales du Danxomè pillées et emportées en France. Des années après, le pays tout entier savoure la victoire et la fierté de retrouver son âme à travers ces trésors.

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