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Restitutions des biens culturels africains : La position rétrograde et paternaliste de Stéphane Martin

De quoi a peur l’ancien président du Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Stéphane Martin ? Il « a regretté mercredi 19 février que le rapport Savoy-Sarr sur les restitutions à l’Afrique soit un « cri de haine contre le concept même de musée », alors que les musées français devraient soutenir les musées africains », rapporte Le Monde Afrique. Une position qui rompe radicalement avec les démarches et avancées obtenues jusque-là.

Par Sêmèvo B. AGBON

Le rapport Savoy-Sarr sur les restitutions à l’Afrique mal vu par Stéphane Martin, ex-patron du Musée du quai Branly qu’il a dirigé pendant 21 ans. Il a soutenu devant la commission de la culture du Sénat français, mercredi 19 février 2020 que ce rapport est un cri de haine contre le concept de musée. Il s’oppose aux restitutions massives et préfère l’universalité desdites biens patrimoniaux. Pour lui, « Il y a quelque chose d’assez pervers à prétendre que l’universalité [des œuvres d’art] n’est pas une bonne chose. L’idée est répandue (…) à droite comme à gauche, que le monde serait meilleur si l’objet retournait à sa place dans l’église » ou dans un autre lieu d’origine où il a été pris ». La « circulation » des œuvres et le « partage », « passant par des prêts, des dépôts et un certain nombre de transferts de propriétés », siéraient mieux aux yeux de Martin.

Par ailleurs, « les musées français devraient soutenir les musées africains », à l’en croire. Pour soutenir ce dernier argument, il a évoqué un prétendu désert de musées en Afrique et la précarité des acteurs. « Aucun musée n’a été construit avec de l’argent français depuis les indépendances », contrairement à la Chine qui a financé le musée de Dakar, a-t-il regretté. « On a investi très peu. Il faut aider à la rénovation d’un certain nombre de musées. Il faut bâtir une politique musées-musées ». Il est aussi « urgent de redonner leur dignité aux conservateurs africains », discriminés par rapport aux universitaires. « Un conservateur a peu de débouchés. Il faut insister diplomatiquement pour que ces personnes soient traitées comme elles doivent l’être », avec des « salaires décents », a résumé Le Monde Afrique.

Ce que Stéphane Martin feint

Stéphane Martin a cité nommément la statue du dieu Gou au Louvre. « Les Béninois envisagent de nous la demander ». Or cette statue avait été réalisée par un sculpteur d’un pays voisin du royaume d’Abomey fait prisonnier, abandonnée sur une plage, ramenée par un navigateur français. Elle a passé « 150 ans au Louvre » et est devenue une « icône », dessinée et décrite par Picasso et Apollinaire, a-t-il objecté.

Le débat ne se fait plus sur les conditions dans lesquelles les biens culturels africains ont été emmenés en Europe notamment en France. Il est admis qu’ils ont été pillés et volés. Sur ce point, au-delà de leur aspect artistique, ils ont une dimension spirituelle qui fait qu’ils n’ont de sens qu’auprès des peuples qui les ont produits, dont ils véhiculent l’histoire et illustrent l’identité. C’est au regard de cette réalité que le gouvernement du Bénin a par exemple fait de leur retour triomphal au bercail, une priorité, avec en amont, une politique de développement d’infrastructures muséales. On comprend certes que Stéphane Martin ait peur que leur restitution, réclamée de plus en plus par d’autres gouvernements africains, vide le plus grand musée de France. Toutefois, sa position a la laideur de remettre en cause la belle dynamique de restitution soutenue par le président Macron. En cette ère de globalisation, en quoi le retour d’une œuvre illégalement emportée empêche-t-il d’autres de la visiter sur place pour s’imprégner de la riche culture et du passé glorieux du peuple-frère ?

Martin rejoint le ministre Jean-Marc Ayrault qui opposait à la demande du Bénin que les biens réclamés « ont été intégrés de longue date, parfois depuis plus d’un siècle, au domaine public mobilier de l’Etat français. Conformément à la législation en vigueur, ils sont soumis aux principes d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité. En conséquence, leur restitution n’est pas possible. » En clair, la position de Stéphane Martin aura donc pour conséquence, de ternir l’image de la France qui ne saurait empêcher les peuples culturellement spoliés de disposer de ce qui leur appartient.

Lire l’intégralité de l’article du Monde Afrique à l’adresse https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/02/20/l-ex-patron-du-quai-branly-denonce-un-rapport-pronant-des-restitutions-massives-d-uvres-a-l-afrique_6030194_3212.html?utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1582193990

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