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Rév. Christophe Guédjé au sujet de la Pâques : « Imiter Jésus dans la chair, c’est diminuer le poids de la croix »

Cette année, la communauté chrétienne se souvient encore de l’œuvre expiatoire de Jésus-Christ à la croix. C’est l’occasion d’aborder quelques questions voire polémiques qui entourent le mystère de la Pâques. Quel sens lui donne-t-on aujourd’hui ? Devrait-on condamner Judas Iscariote ? L’enfer existe-il vraiment ? Le pasteur Christophe Guédjé, maitre en théologie et administrateur de l’Eglise méthodiste ‘’Cité d’espérance’’ de Godomey apporte des lumières.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

 

Bénin Intelligent : Quel sens les chrétiens donnent-ils aujourd’hui à la célébration pascale ?

Rév. Guedje : La victoire de Jésus sur la mort nous montre la victoire de la vie sur la mort. Jésus a dit qu’il est la résurrection et la vie, que celui qui croit en lui vivra même s’il est mort et celui qui vit et croit en lui ne mourra jamais. Cette parole de Jésus a été concrétisée. Les prophètes, Ésaïe et bien d’autres, avaient déjà annoncé que le temps viendra où Dieu sèchera les larmes de tous les yeux et ses enfants seront assis sur la Montagne de Sion, dans l’allégresse. Cette prophétie d’Ésaïe s’est concrétisée le dimanche de la résurrection. Pour moi, la résurrection de Jésus a trois sens fondamentaux.

Le premier, par la résurrection Jésus a démontré sa puissance, il a montré sa divinité ; la mort a été vaincue par la vie. Cela est très important. Désormais, la mort ne doit plus faire peur aux chrétiens. Nous devons plutôt avoir l’espérance de la résurrection, car Christ a vaincu la mort.

Deuxième sens, la Pâques symbolise le triomphe de la vérité sur le mensonge. Malgré tout ce que les principaux sacrificateurs ont mis en scène pour empêcher l’expansion de la bonne nouvelle de la résurrection du Christ, la vérité a triomphé. Jésus est le fils de Dieu et rien ne peut changer cela. Même si nous, hommes, ne voulons pas reconnaître sa seigneurie, sa grandeur, il a dit quand il entrait en Jérusalem que  les pierres le magnifieront. Cela veut dire que Jésus est seigneur et il n’est plus question de le démontrer. Lui-même l’a déjà démontré à plusieurs reprises. Des fois il prend notre humanité, partageant notre douleur en tant que homme ; après il entre dans sa divinité où nous le voyons comme Dieu. Nous voyons donc là que Jésus a imprimé à l’humanité sa divinité. Sa victoire, sa résurrection en est une preuve.

Pendant son temps des gens avaient été aussi ressuscités, mais des années plus tard ils sont encore morts comme tout homme. Seul Jésus a vaincu définitivement la mort. Quarante jours après sa résurrection il est monté au Ciel d’où il est venu, pour nous montrer sa seigneurie.

Si nous analysons un peu la situation de la résurrection du Christ, on peut donner également comme troisième sens, que c’est la victoire de la lumière sur les ténèbres ; la tombe symbolise les ténèbres. Mais la tombe n’a pas pu garder la puissance du seigneur Jésus Christ. Ce dernier étant la lumière du monde, a triomphé des ténèbres. A partir de cette considération, tout chrétien qui a Jésus dans sa vie triomphera des ténèbres de ce monde. C’est un message très important parce que nous avons souvent peur de ce qui se passe autour de nous : les mesquineries, sournoiseries, les manifestations sataniques. Mais si nous sommes chrétiens et le demeurons, si nous avons Christ en nous, la lumière sera toujours en nous et aucune force de ce monde ne triomphera jamais de nous. Notre Seigneur a triomphé des ténèbres, et nous a donné aussi le pouvoir de triompher.

Voilà quelques trois principaux sens de la Pâques ; il y en a bien d’autres. Donc au lieu de trouver en la Pâques un moment de réjouissances, de fête, les chrétiens méthodistes lui ont donné une dimension plus grande, un sens d’évangélisation.

Ces sens se traduisent-ils aujourd’hui dans les commémorations ?

Aujourd’hui nous semblons moderniser la foi. La foi n’est plus authentique comme ce que nos grands-parents ont vécu. La foi est en train d’être dénaturée,  nous faisons trop de mise en scène. La Pâques, il y a 30 ans, 50 ans, était un moment de réunification, de retrouvailles entre des frères/sœurs, de partage, une période où l’amour est célébré. Aujourd’hui, l’individualisme à outrance prend le pas sur cette solidarité chrétienne que nos parents ont vécue au point que tout semble se faire dans la chair. Chacun pense à lui ou sa seule famille. Dans la Bible il est dit que si une maison est très peu nombreuse pour manger l’agneau, que la viande soit partagée avec la maison la plus voisine. Mais aujourd’hui il y a trop de méfiances ; l’amour est en train de disparaître. Nous devons tout faire pour que l’amour caractérise les chrétiens. Un chrétien qui n’aime pas son prochain n’est pas de Dieu.

Pour commémorer la Pâques, est-ce vraiment opportun d’attacher des gens à des croix pour imiter presque exactement le Christ ?

En réalité un être humain ne peut jamais vivre ce que Christ a vécu. Moi je trouve parfois cette pratique un peu folklorique dans la mesure où pour imiter christ ce n’est pas par les mises en scène. Même le plus grand cinéaste ne peut pas vivre la passion du Christ qui est un événement inédit et universel. On n’a pas besoin aujourd’hui d’attacher un homme sur la croix pour imiter le Christ. C’est un peu dévaluer le contenu de la croix. Je suis d’accord  pour le chemin de croix pour vivre spirituellement la Passion du  Christ, d’accord que la semaine sainte soit respectée à travers les célébrations, d’accord que spirituellement et à travers les jeûnes, les gens partagent la souffrance du Christ pour écurer un peu leurs corps. Mais les autres scénarii relèvent d’une question doctrinale. Je suis pasteur protestant méthodiste et je ne trouve pas cela vraisemblable à ce que Christ a vécu ; ce qu’il a vécu aucun être humain ne peut subir. Lui-même, parfois devant cette passion, demande à Dieu s’il peut lui éloigner cette coupe, parce que spirituellement il la vivait déjà. Spirituellement il vivait son rejet par les Hommes, spirituellement il vivait la persécution collective des Hommes contre un seul homme, spirituellement il saignait déjà avant la pose des épines sur sa tête. Il vivait tout ça spirituellement. C’est pourquoi à Gesthémané, il a dit à ses disciples qui dormaient pendant qu’il priait : Ne pouvez-vous pas prier un tant soit peu avec moi ? Parce que ce qu’il vivait, il le sait. Et même au moment où il disait : Père, si c’est ta volonté, que je boive cette coupe, c’est pour montrer la profondeur, la grandeur de cette coupe. Jésus a fait cela une fois. Tout ce qu’il nous demande c’est d’avoir foi en lui, de croire en lui et non de l’imiter de cette façon, de faire le théâtre, de ridiculiser l’œuvre rédemptrice qu’il a accomplie sur la croix.

Aucun homme ne peut souffrir comme Christ a souffert. Et ne pas vivre cette souffrance dans la foi et chercher à l’imiter dans la chair, c’est diminuer le poids de la croix de Jésus, c’est fragiliser la valeur de l’œuvre que Christ a accomplie sur la croix. Je suis d’accord que tout chrétien doit emprunter le chemin de la croix. Christ même a dit : « Si quelqu’un m’aime, qu’il me suit ». Cela veut dire qu’il faut accepter souffrir dans la vérité, la justice, accepter annoncer sa mort quel que soit le prix. Le chemin de la croix ici, c’est le chemin de la souffrance, le chemin sur lequel nous allons connaître beaucoup d’ignominies, d’opprobres, de honte, de persécutions ; mais le Seigneur nous donne l’assurance : « Celui qui perd sa vie à cause de moi la retrouvera, mais celui qui cherche à sauver sa vie la perdra ». Donc si nous sommes conscients de ces paroles de Jésus nous pouvons le suivre sur le chemin tracé ; nous n’avons guère besoin de mise en scène.

La personne de Judas Iscariote suscite des polémiques. Est-il un saint pour n’avoir contribué qu’à la concrétisation de la prophétie de la mort de Jésus ou un traître pour avoir trahi ce dernier ?

Je vais parler en tant que théologien. L’Église n’a pas une position sur le jugement à porter sur Judas. Mais en tant que théologien je peux dire qu’avant de juger Judas, il faut savoir à quel groupe sociopolitique il appartient. Judas appartient au groupe des Zélotes. Or les Zélotes, ce sont des Israélites qui attendent leur délivrance du Messie qui sera envoyé par Dieu. Selon eux, le Messie sera un homme très fort, un homme puissant qui pourra les délivrer de leurs oppresseurs, les Romains. Judas faisant partie de ce groupe sociopolitique, cherchait dans la personne de Jésus, vu tout ce qu’il voyait se réaliser par lui, une confirmation. Cette confirmation, Jésus même leur en a donné l’opportunité lorsqu’il demanda à ses disciples: « Que disent les gens à mon sujet ? ». Certains disent tu es prophète, d’autres Élie, etc. ont-ils répondu. Enfin il leur demanda : « Et vous, que dites-vous que je suis ? » La révélation de Pierre a confirmé ce que Judas Iscariote mijotait, à savoir : « Tu es le fils du Dieu vivant, tu es le Christ ». Quand Judas a entendu cela il était sûr d’être avec le Christ, le messie. Il ne pouvait donc pas comprendre que Jésus allait se laisser bastonner, trainer comme un vulgaire individu ; il allait plutôt riposter. Donc Judas croyait en la puissance du Christ, leur sauveur. Dans sa tête, il s’agissait de prendre l’argent, de le bouffer et Christ allait se défendre, rien ne lui arrivera. Mais il a été surpris ; il ignorait que l’heure était véritablement arrivée où le fils de l’Homme sera abandonné dans la main des méchants. C’est là où il a eu le grand regret. Mais il pouvait encore se repentir comme Pierre qui, en reniant Jésus trois fois, avait même péché plus que Judas. La différence c’est que Pierre s’est repenti, s’est fondu en larmes, se voyant désormais indigne d’être le Fils de Dieu.

Le dimanche, lorsque les femmes sont allées vérifier la tombe, l’ange du Seigneur leur a dit : « Il me charge de vous dire d’aller dire à ses disciples et à Pierre… ». La précision « …et à Pierre », montre que ce dernier, après avoir renié Jésus, il s’était déjà retiré des disciples. Il trouvait lui-même qu’il n’est plus digne d’être son disciple. Donc la précision « …et à Pierre » montre que le seigneur l’a racheté, l’a pardonné, accepté son regret, sa confession. C’est comme si Jésus disait « Tu es toujours mon fils, celui à qui je vais encore confier une mission ». Judas aussi pouvait bénéficier de la même grâce.

Ce qui est clair, l’heure de Jésus avait sonné. Mais pourquoi c’est Judas et pas une autre personne ? C’est parce qu’il avait le profil requis. Judas aimait l’argent ; il était l’intendant du groupe. A plusieurs reprises Jésus l’a dénoncé. Quand cette femme de mauvaise vie pleurait sur les jambes de Jésus et lui essuyait les pieds avec ses cheveux et embaumait son corps avec le parfum de grande valeur, Judas avait trouvé en cela du gaspillage. « Qu’on vende ce parfum et qu’on apporte l’argent pour la cause des pauvres », avait-il souhaité. Mais Jésus a répliqué que Judas ne disait pas cela parce qu’il aimait les pauvres. Donc Jésus le connaissait parfaitement ; Judas remplissait bien le profil pour jouer ce rôle car il est dit « Et le diable gagnait le cœur de Judas ». Lorsque le diable gagne votre cœur, vous êtes assujettis à tout vice. C’est ce qui s’est passé.

Moi je préfère en tant que théologien qu’on parle de « livrer » Jésus (son maître) pour de l’argent plutôt que « trahir » Jésus, parce qu’il n’y avait aucun accord entre Judas et Jésus. Ce dernier savait de quelle mort il allait être soumis.

On peut même être tenté de dire que Judas est la main de Dieu qui a livré son propre fils et que Dieu a utilisé la bouche de Pilate pour condamner son propre fils. Cela paraît bien bizarre. Mais tout cela était dans le plan de Dieu et il fallait des gens pour les réaliser.

Donc demander s’il faut condamner Judas, je réponds oui parce qu’il ne s’est pas repenti ; il n’est pas revenu à Jésus. Regardez tout ce que Saül, devenu Paul a causé à l’Église. Mais il s’est repenti. Donc la repentance est capitale.

La Passion du Christ pour sauver les Hommes de la mort, rappelle aussi le débat sur l’existence de l’enfer. Si ce dernier existe vraiment, cela ne contraste-t-il pas avec la nature de Dieu qui est amour (Deus amor es) ?

Si le paradis est le lieu par excellence où tous les chrétiens du monde aspirent, la thèse de l’enfer ne doit pas être rejetée. Si Dieu prépare un paradis pour ceux qui auront mené une bonne vie, pratiqué les enseignements de son fils, je pense également qu’il doit avoir une place pour les méchants. On ne parlerait pas d’enfer s’il n’y a pas de méchants. Si nous sommes heureux de parler de royaume de Dieu, de vie éternelle il faut que nous parlions aussi de l’enfer. Même si physiquement cela n’existe pas et que de façon subjective on peut concevoir un enfer, au moins cela pourrait faire peur aux malfaiteurs, à ceux qui pratiquent une mauvaise vie.

Je crois que c’est plutôt à travers les Saintes écritures qu’il faut convaincre les Hommes. Pour nous chrétiens, l’enfer existe. Ceux qui font bien iront au paradis, l’enfer pour les autres. Jésus l’a promis au voleur qui s’est bien comporté envers lui sur la croix. L’histoire du riche et du pauvre Lazare l’illustre aussi. Le riche s’est retrouvé dans la chaleur au point où il demandait à Abraham d’ordonner au pauvre de tremper son doigt dans de l’eau et de le mettre sur sa langue.

Donc l’enfer existe. La question est plutôt de savoir si déjà des gens sont en enfer. Nous devons attendre le dernier jugement.

Donc je peux confirmer que le paradis existera et existera et que l’enfer aussi, existe pour tous ceux qui se complaisent dans l’injustice, l’immoralité. Cette idée de l’enfer devrait amener les gens à renoncer au mal. Et c’est ce que Jésus souhaite pour nous, la repentance.

 

Cette interview a été réalisée en avril 2018

 

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