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Science de la Boologie : Bilan de son entérination par l’Université d’Abomey-Calavi

L’œuvre d’édification et de continuation de la Boologie est échue au professeur Raymond Coovi Assogba, depuis le décès de son maître Jean-Marie Cossi Apovo, inventeur de ladite science objet d’unité d’enseignement à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac). Il a fait, samedi 20 mars 2021, le bilan de ce parcours lors de la célébration du 5e anniversaire de cette disparition.

 

BILAN DE L’ENTERINATION DE LA BOOLOGIE PAR L’UNIVERSITE D’ABOMEY-CALAVI

L’Université d’Abomey-Calavi est un espace de vie professionnelle dont les règles de fonctionnement académique et pédagogique ont permis et favorisé l’éclosion des activité de fondement de la Boologie, la science de la Boodicée ou les formes de vie à partir du Boo ou ruse de la raison. Le cadre d’épanouissement intellectuel qu’elle constitue a associé enseignants-chercheurs et étudiants dans une relation d’héritiers par laquelle la continuité demeure le maître mot de l’activité agrégative de la réflexion suivie.

Professeur Cossi Jean-Marie APOVO a écrit l’Anthropologie du BO, théorie et pratique du gris gris ; et il y a décrit et fondé le territoire épistémologique du fait social du Boo ou gris gris pour mieux conquérir le projet philosophique de le renommer ruse de la raison. Le sociologue qu’il est a procédé à une enquête dans toutes les régions du Bénin, du nord au sud, et de l’est à l’ouest en passant par le centre ; et même hors du Bénin par les Yorouba jusqu’au Nigéria, le septentrion jusqu’au Niger et Aja jusqu’au Togo. Il en a fondé le champ lexical et sémantique, en procédant à une règlementation des interférences linguistiques et a prospecté les pépites d’or langagières des mots en langue nationale du fongbé (glo, ylᴐ, Flijε, boo dida, bootᴐ, etc.) ; ce fut une œuvre monumentale, gigantesque de pionnier.

Il était un chercheur d’or ; métaphoriquement, l’or du refoulé des savoirs endogènes pour parler comme Paulin Hountondji et Obaré Bagodo ; savoirs endogènes supposément enterrés sous les dénominations missionnaires et religieuses de « diable » et de « satan ». Il a assemblé toutes les pépites d’or des mots en langue fongbé (boomachie ou combat par boo ; noms boophores ; mentalité du boo ;  l’Être-au-boo ; l’équation de la boolonté ; etc.) ou  pour asseoir l’intention d’un avenir d’une science appelée à naître : Boologie. Et toute sa génération de le surnommer « Boologue ».

Je ne vais pas refaire l’histoire : au département de Sociologie-anthropologie, l’université a entériné, lors des sessions des journées pédagogiques, le nouveau champ de la boologie avec l’introduction dans le programme de formation des étudiants, d’abord de l’anthropologie du BO, sous la rubrique de parascience. Ce fut un deuxième pas de l’attention requise par les travaux du philosophe anthropologue et sociologue Cossi Jean-Marie APOVO. Il était le thaumaturge de sa vision, le pape de sa foi en l’avenir de son audace. Finalement, la Boologie a été intégré dans les emplois du temps sous son vrai nom ; et depuis 2020, le nouvel intitulé du cours est Epistémologie de la boologie.

Il y a toujours une préparation

Il faut dire que déjà, en tant que son étudiant en 1983, j’ai subi comme tous les camarades  bacheliers de la troisième promotion en mission patriotique d’enseignement, le rite de faire un rapport de recherche sur la question sempiternelle : qu’est-ce que le BO ? Cela m’avait valu en son temps, la nécessité de prendre la route d’Abomey ; et le long des 180 kilomètres de Cotonou à Abomey, j’ai utilisé la lanterne du philosophe pour quêter le BO. Je me rappelle de ma note : 14/20. Puis, l’obscurité de l’exil politique de 22 ans en Côte d’Ivoire, après la grève de 1985, a servi d’éclipse à nos relations.

Il a fallu mon retour à Cotonou en 2008, et mon recrutement en 2009 comme assistant au département de sociologie-anthropologie pour revoir le Boologue à l’Institut de Développement et des Echanges Endogènes (IDEE) en 2010 ou 2011, lors du règlement de la crise qui a secoué la communauté des sociologues. Ce fut les retrouvailles de deux intentionnalités c’est-à-dire de deux bâtisseurs, et réformateurs. Un peu comme le tandem Auguste Comte- Comte de Saint Simon de son vrai nom Claude-Henri de Rouvroy de Maine : l’inventeur et le précurseur de la sociologie ; le premier était le secrétaire du second, philosophe et militaire. Je devins son assistant, à un moment où il était poussé à prendre définitivement sa retraite, en tant que professeur Hors-classe.

Cela a été une épreuve pour tuer l’égo et acquérir la force et l’armure de l’humilité ; transformant cette relation de collaboration en capacités de rhéteur face à un mastodonte intellectuel, penseur redouté. Des amphithéâtres d’Abomey-Calavi à ceux de l’Ecole normale supérieure à Porto-Novo où était logée la Flash, en passant par les amphithéâtres de l’Université Protestante de l’Afrique de l’Ouest (UPAO), en servant comme assistant, mon frêle corps a servi parfois de canne au Maître, recueillant de son souffle, l’encouragement à continuer l’œuvre d’édification de la Boologie.

Ici, j’appelle mes collègues à venir prendre leur part de l’héritage universitaire ; s’investir intellectuellement et investir leurs rêves de jeunesse à préparer l’aventure de la relève par laquelle la pluridisciplinarité de tous les aînés sociolinguistes comme Professeur Maxime Da CRUZ, historiens comme Félix IROKO, linguistes comme Chichi, etc. servira de caution à la rentabilisation du système LMD.

Les travaux post-mortem

Cossi Jean-Marie APOVO a inventé la Boologie ; il a annoncé son utilité pour la société béninoise. Il restait au moins deux tâches à réaliser que j’ai assumées : d’abord la rédaction de l’Epistémologie de la Boologie (dont il a lu le manuscrit) et l’implémentation de l’Institut de Boologie dont nous avions conçu le programme dans un projet qui figure dans l’Epistémologie de la Boologie. L’Epistémologie de la Boologie a été publiée en 2016, première Edition NAGUEZE, et deuxième Edition AGBAGBO, respectivement en 2016 et 2017 et présentée à la communauté scientifique lors d’une cérémonie placée sous la présidence du professeur Maxime Da CRUZ, en même temps que le livre sur ma propre théorie de la contracculturation intitulé PARADIGME DE LA CONTRACCULTURATION. Nouveau courant sociologique et anthropologique en sciences sociales et humaines, Edition LASODYLA-REYO, Abomey-CALAVI.

Cependant, le travail ne faisait que commencer ; car, la tâche était de l’ordre des douze travaux d’hercule. Il n’y avait pas une feuille de route ; encore moins, une assistance en conseils avérés. J’ai tâtonné dans le silence d’une existence académique sonore, pourtant remplie d’amitiés professionnelles interdisciplinaires. D’un colloque  à l’autre, de Lomé au Togo à Korhogo en Côte d’Ivoire, en passant par Kara toujours au Togo, j’ai tenté d’affirmer le paradigme de la Boologie. Il y a eu des initiatives timides mais non systématiques de créer un creuset de collégialité, mais qui n’ont pas abouti pour des raisons que j’ignore ; tout était diffus.

En fait, il reste aujourd’hui, à systématiser les ombres d’une audace en suspension ; il n’y avait pas les moyens financiers ni le cadre avéré d’un endroit d’échange (un laboratoire) entre membres d’une équipe constituée et soudée par une programmation des objectifs et des échéances précises de restitution des résultats ; restitution à intégrer dans la réalisation du projet académique consensuel de construire l’œuvre de l’Institut de Boologie. Mieux, le grade compte dans la réalisation de ces tâches fantasmées, mais non balisées par un coaching professionnel.

Avancer à l’instinct de l’intuition

Nous n’étions pas dans une jungle ; mais nous ne nous sentions pas moins un félin, devant avancer en suivant la meute, assumant les fonctions rémunérées, tout en traçant un sillon dans les empreintes de la communauté scientifique. Il fallait fixer le schéma de la sémantique de la Boologie pour rendre explicite la finalité des efforts de réflexion et des prouesses pédagogiques d’associer les étudiants à l’œuvre.

En fait, la Boodicée qui est l’objet de la Boologie codifie un parallèle : la rencontre avec l’Occident et les Missionnaires a généré l’imposition de la théodicée aux Africains, dont les Béninois. La Théodicée a interrompu le modèle d’existence des Ancêtres qui a été versé dans le déni  et le refus de l’histoire d’adaptation et d’élaboration de règles juridiques, d’institutions politique, économique, éducative, culturelle et de prospection des avenirs possibles de ces derniers. APOVO ferme cette parenthèse de refus pour rétablir le modèle intact, qui revient comme un refoulé et qu’il a dénommé Boodicée. C’est le système social dans lequel le ressort de toute initiative et conception est fondé sur le boo.

Dans ce système social, Boo est un outil utilisé comme concept pour formaliser la ruse de la raison par le Béninois pour associer les trois règnes animal, végétal et animal dont l’efficacité est utilisée par lui pour résoudre une situation dans les différents secteurs d’organisation sociale : politique, économique, éducatif, culturel, etc. Ce qui offre comme hypothèse heuristique pour avancer, que les vodùn sont des concepts utilisés par les Béninois pour investiguer les possibilités de l’esprit pour rationaliser, classer, arranger et répartir les opportunités intellectuelles d’intervention objective : vodùn Hɛbioso couvre les ordres de faits entrant dans le registre dit du feu ; vodùn Dan dans le registre de l’air ; vodùn Gû, dans le domaine de la Terre et vodùn Tôhosu, dans le registre de l’eau.

Dans cet ordre d’idée, nous avons envisagé l’hypothèse d’une sociologie du Tolɛgba comme une politique publique d’aménagement du territoire. En fait, le concept de « Lεgba porte l’idée philosophique de la dialectique des grecs. Etymologiquement déconstruit en deux syllabes : « lɛ» et « gba », nous accédons aux sens suivants ; « lɛ» en langue fongbé veut dire « recommence », « répète », en fait, l’idée de répétition, non pas dans le sens du « même », mais dans celui du « même et de la différence » : ici, la répétition suppose une amélioration et un perfectionnement de la chose dupliquée ou reconduite. Appliqué à l’activité, cela suppose un perfectionnement ; et « gba » est une syllabe dont l’idée est bi-réfléchie : « é ma gba a (ton bas), é non gba a (ton haut) » ; traduit en français, « il faut détruire l’ancien pour construire le nouveau » ; et nous y lisons le même réflexe civilisationnel : dans le sens de l’amélioration, du perfectionnement.

C’est dire que « Lεgba » est la matrice intellectuelle de tout « boo », quand on sait que pour exprimer l’effort de l’action, on la ramène à cette idée de l’association et de l’efficacité. Et « Tolɛgba » est la politique publique dans le sens où l’ « association et l’efficacité » servent de principe à la transformation de la nature ou les trois règnes. Surtout,  on retrouve dans la mobilisation du concept de vodùn, la constante vibratoire et quantique du feu ou hɛbioso, de l’air ou Dan, de l’eau ou Tohosu et de la terre ou Gu.

Finalement, le concept de Boodicée est d’un abord épistémologique, c’est-à-dire une mise en branle du lexique et de la sémantique en usage dans le mode de production de l’igname qui est celui du Bénin.

Le réformateur

Cossi Jean-Marie APOVO peut être considéré comme un réformateur. Le concept de réformateur est lié au protestantisme ; et quand j’ai recherché « réforme », c’est lié au christianisme ; l’un dans l’autre, c’est le « changement que les protestants du seizième siècle ont introduit dans la doctrine et dans la discipline de l’Eglise ; le corps de doctrine adopté par les protestants et aussi de l’ensemble des églises protestantes » (fr.m.wiktionary.org/wiki, consulté le 19 mars 2021 à 10h 35).

A l’évidence, on a méconnu les méandres de la pensée du maître, qui était plutôt un maître penseur ; il était habité d’une vision qui s’est élargie à toute la dynamique sociale béninoise ; et dans cette dynamique, en tant que réformateur, il a trouvé que la Boodicée est un concept philosophique qui prend en charge aussi bien l’histoire de toute la société que les valeurs sociologiques et anthropologiques du fait social de l’anthropologie du BO ; mais, il reste à saisir que ce concept assure en même temps, le statut d’objet de la Boologie. Et ce travail je m’y attelle.

Réformateur d’un ordre social cancéreux de par la littérature de la sociologie et de l’anthropologie, APOVO, a perçu l’avenir incertain de la jeunesse estudiantine qui n’était pas préparé à son rôle révolutionnaire de bâtisseur ; il a découvert cette identité que confère le BO, théorique et pratique à tous les « boïsants » ou pratiquants, utilisateurs, citoyens et visiteurs du pays du BO. Et, on peut penser que la réforme du système Licence, Master et Doctorat (LMD) fut une première d’étape à son intuition ; et ensuite, la sortie du recteur Professeur Maxime Da CRUZ sur la nécessité pour « nous universitaires comme je l’ai dit, devons mieux communiquer, saisir beaucoup d’opportunité pour partager avec les acteurs  des différents pans de la société, ces résultats. » (L’événement Précis, p.7).

Nous ne faisons que ça, inh. Communiquer pour mettre les résultats à la disposition des différents acteurs ; et, SyNaMITraB a décidé que soit ouvert le premier Campus de Boologie ; une académie verra le jour, et ensemble avec Jɔwamɔ Nu Dodo, les cours commenceront ensemble. Nous irons vers l’Université pour inventer et négocier l’assouplissement des mesures administratives pour finaliser les actions de la Boologie.

Voici où nous en sommes.

Je vous remercie.

 

Dr. Raymond Assogba

Maitre de Conférences/Cames

Responsable de l’Unité d’enseignement de Boologie

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