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Sécurité transfrontalière du Bénin : Et le front djihadiste s’ouvre !

En deux jours, le Bénin passe le stade des alertes pour franchir celui de la douloureuse réalité : les djihadistes n’approchent plus‚ ils sont maintenant là. Déjà‚ deux victimes des deux côtés. Le Bénin se doit de renverser ce match nul.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Tout a commencé la matinée du mardi 30 novembre. Les populations apprennent qu’une patrouille de leur armée a essuyé une attaque près le lit du fleuve Mékrou au Pont Kérémou dans le département de l’Alibori. Bilan : un mort côté ennemi. Le film n’allait pas s’arrêter là. Environ 24h après‚ la rumeur d’une autre attaque‚ cette fois-ci plus acharnée‚ court avant de devenir, elle aussi, une évidence. Une « autre position de l’Armée de Terre venait d’être attaquée dans la nuit du 1er au 2 décembre dans la région de Porga dans le département de l’Atacora par des djihadistes », relate le Col. Fructueux Gbaguidi, chef d’état-major de l’armée de terre à ses frères d’arme. Deux militaires tués‚ un ennemi abattu abandonné sur le terrain par les assaillants. Entre cinq et sept militaires blessés évacués à l’hôpital, avance de son côté le média français Rfi. Le chef d’état-major conclu « Cette nouvelle épreuve de feu nous rappelle dans le sang et dans la douleur que le danger est réel sur le terrain ».
Une surprise ? Pas tellement. Il y a, en effet, bien longtemps que les signes se faisaient sentir. En 2019‚ deux touristes français avaient été enlevés en plein cœur du parc de la Pendjari‚ leur guide béninois Fiacre Gbédji sauvagement assassiné. Depuis ce temps‚ les alertes ont fusé de toute part. Des renseignements français aux observateurs‚ tous s’accordent que les terroristes ont désormais dans leur viseur d’autres États jusque-là relativement épargnés. Ce sont notamment le Bénin‚ le Togo et la Côte d’Ivoire. Le parc de la ‘’Pendjeri’’ fait partie du complexe formé par les parcs Arly et W à cheval sur le Burkina-Faso et le Niger‚ où les terroristes sévissent. Les incursions djihadistes dans cette réserve remontent à 2010.
Le nord-Bénin‚ pourquoi ?
Le Bénin n’a pas connu jusque-là les affres d’un extrémisme violent endogène. En matière de terrorisme‚ il ne pouvait pourrir principalement que par son côté septentrional. Et ce qu’on redoute dans les milieux militaires, c’est que les groupes qui opèrent dans les pays limitrophes recrutent des adeptes locaux. Les risques qu’ils y arrivent facilement ne manquent pas. Ont-ils déjà réussi ce coup ? Dans l’« Étude sur les risques et les facteurs potentiels de radicalisation et d’extrémisme violent en république du Bénin » menée dans le cadre du « Programme de prévention de l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest et dans le bassin du lac Tchad –(Pprev-Ue II) », les rédacteurs mettent l’accent sur les prédispositions géographiques à l’extrémisme violent. Le Bénin partage, en effet, 1989 km de frontières terrestres avec quatre pays voisins Burkina-Faso, Niger, Nigéria et le Togo. Dans certains -comme le pays de Buhari et de Roch Marc Kaboré- des groupes djihadistes pillent et endeuillent des familles depuis longtemps. Sur les 77 communes que compte le Bénin, 36 ont ainsi une ouverture sur ces pays. La plupart des ressources naturelles du pays (réserves minérales et pétrole) s’y concentrent. Pire, ces frontières sont très poreuses avec « de nombreuses portes d’entrées et de sorties non contrôlées ou à des surveillances limitées ». Conséquence, les communes qu’elles desservent sont le centre d’attraction d’activités illicites (trafics de produits prohibés, à savoir les drogues, des produits vétérinaires, des produits de santé humaine, de plantes, des trafics d’enfants et d’organes humains).
La radicalisation, appréhende l’Étude, n’est pas une génération spontanée ; elle émane souvent de l’absence de justice et d’équité sociales. Or les populations des zones frontalières (Ségbana, Matéri, Malanville…) très enclavées vivent dans l’indigence comparativement à leurs compatriotes de Cotonou, épingle ledit document. Et pour cause, un faible voire très peu d’accès aux services socio-collectifs de base. De plus, « elles ont facilement accès aux marchés des pays limitrophes qu’aux grands centres de consommation au Bénin pour l’écoulement de leurs productions ». Dès lors, frustrées, elles tendent « à remettre en cause la légitimité de l’État et à dénier leur citoyenneté béninoise », lit-on dans le rapport. Sur ce, l’on redoute que les citoyens de ces zones transfrontalières ne résistent pas à l’offre djihadiste. Le Bénin travaille à la viabilisation de ces espaces souvent déconnectés à travers l’Agence béninoise de gestion intégrée des frontières (ABeGiEF).
La réalité étant là‚ il ne reste qu’à organiser la riposte. Le Bénin pourrait-il ? Son armée a-t-elle cette réputation ? Un peuple déterminé et solidaire a toujours vaincu les fatalités. Mais la riposte doit surtout être régionale‚ sous-régionale. Laisser chaque pays se battre dans les quatre murs de ses frontières artificielles et arbitraires héritées de la colonisation‚ sera contreproductif.

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