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Serge Akpoti, conseiller communal : « La jeunesse doit impérativement suivre les pas des aînés »

Il est de la responsabilité des jeunes de prendre conscience de leur importance. En politique, on n’y va pas parce qu’on « a un ami ou un proche » qui milite dans un parti. Le conseiller communal Serge Akpoti, entretient les jeunes sur l’engagement politique.

Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN (Coll.)

 

Bénin Intelligent : La politique est un instrument par lequel on organise et planifie une action pour un but précis donné. D’après vos expériences en politique, pensez-vous que gouvernance politique rime avec politique tout court ?

Serge Akpoti : Il faut retenir que la politique ou la gouvernance politique, toutes deux, concourent à la gestion et l’organisation de la société sur tous les plans. La politique est une science par laquelle l’on gouverne une cité. C’est aussi, l’action de diriger. Quant à la gouvernance politique, elle est relative à l’organisation de la société dans toutes ses sphères.

Nombreux sont les jeunes qui s’impliquent dans l’activisme et la politique sans en avoir une idée concrète. Quelle serait la différence entre politique et activisme ?

Tout d’abord, on ne peut aborder ces thèmes sans expliciter pourquoi les jeunes s’impliquent de jours en jours dans le débat politique. Si on en est à ce stade, c’est que certains d’entre eux estiment qu’ils n’ont que la prise de position sur les réseaux sociaux ou autres pour faire porter leur voix. Pour eux, tout moyen pouvant les aider à dénoncer certains faits sont bons. Sauf qu’il y a une nuance à faire. Ceux qui dénoncent en tenant compte de leur propre intérêt sont des activistes. Tandis que ceux qui œuvrent pour l’amélioration des conditions de vie des peuples avec satisfaction désintéressée sont dans l’action politique. Celui qui est dans l’action politique œuvre sans rien attendre en retour au péril de sa vie.

Malgré le nombre accru des jeunes ayant pour conviction de servir l’intérêt général, peu d’entre eux sont au cœur des grandes instances de prise de décisions. Pourquoi cet état de chose ?

Cela va de soi. Certains peuvent considérer que la représentativité des jeunes est faible. Toutefois, j’exhorte les jeunes à la patience. Ensuite, on n’a pas à susciter un conflit de génération. Vous savez, il y a un adage africain qui dit : « Chacun à son tour chez le coiffeur ». Du coup, il faudrait considérer que nos aînés resteront nos aînés. Ils sont en quelque sorte aux affaires avant nous. Alors, si nous jeunes avons quelque chose à faire, c’est de grandir pour atteindre leur niveau. Puisqu’ils ont aussi eu notre âge. Pour ma part, j’ai eu la chance de participer aux législatives de 2019. Et j’ai été quatrième titulaire. En cela, j’ai gagné en expérience et je sais que pour les fois à venir je dois redoubler d’ardeur. Aujourd’hui, on peut quand même dire que l’actuel ministre de l’Économie et des finances du Bénin, Romuald Wadagni, et son homologue des Sports, Oswald Homeky, font la fierté de la jeunesse dans le gouvernement actuel. Ils ont fait leur preuve, et continuent de le faire.

Quand on sait que les ministres cités ci-dessus réussissent leur gestion malgré le peu d’expérience, ne pensez-vous pas que l’heure est enfin venue pour qu’on laisse le pouvoir aux jeunes ?

Le pouvoir ne doit pas être donné aux jeunes de façon brusque. Surtout, ce n’est pas une révolution. Puisqu’ils doivent apprendre des échecs et victoires de leurs aînés pour mieux penser ce qui relève du commun. La jeunesse doit impérativement suivre les pas de leurs aînés. D’abord, il n’y a rien qu’on puisse faire aujourd’hui sans l’avis de nos sages, sans se faire entourer de ceux-ci qui ont déjà une expérience. Je puis dire à ce jour que j’ai plus d’expérience que celui qui n’a jamais participé à une élection. « Un vieillard assit voit plus loin qu’un jeune debout » dit-on. Quoiqu’on puisse dire, les jeunes doivent apprendre de leurs aînés. Il ne faut pas dire qu’il est l’heure de changer les choses. Non ! Ce n’est pas une révolution. Je suis contre cela. On doit accéder aux postes de responsabilité de façon progressive.

Quand on sait que “la nature a horreur du vide” et que certains aînés ne sont même pas dans la droiture, peut-on toujours les suivre ?

Il n’y a pas d’éternel aîné. L’ordre normal des choses voudrait même qu’à un moment donné que les aînés observent un recul. Même si les aînés opinent sur des sujets donnés, cela ne voudra pas dire qu’ils ont la science infuse. Toutefois, soyons heureux que certains d’entre eux continuent d’avoir toujours une raison équilibrée, soient épris de justice, d’égalité et de paix.

Parler de politique, c’est parler d’un cercle où tous les coups sont permis. Les jeunes doivent-ils toujours adhérer à des partis politiques ?

On va en politique avec des convictions. On adhère à des mouvements ou partis politiques pour corriger ce qu’on estime mauvais et pas très catholique. Pour la jeune génération, il faut qu’elle sache qu’on va en politique parce qu’on a une culture donnée, un background pour mieux faire ce qui se faisait auparavant. Donc il faut savoir qu’on n’adhère pas à un parti politique parce qu’un ami ou un proche fait la politique. Aussi, faudrait-il rappeler que pour le changement de notre société il faut nécessairement des sacrifices. Alors, les jeunes doivent comprendre que faire de la politique c’est sacrifier une partie de sa personne à une cause collective. En dépit de tout, les jeunes n’ont pas à avoir peur de quelque chose en politique. Ce serait du laxisme. D’ailleurs, il n’y a rien à craindre puisque là il s’agit “d’une chaise présidentielle et non d’un banc présidentiel”. Mais les jeunes doivent garder à l’esprit qu’on ne va pas en politique les yeux fermés.

Pourquoi les jeunes devraient s’impliquer davantage dans les mouvements politiques ?

L’homme ne s’est pas construit en un jour. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, n’ont pas commencé par s’investir dans leur rêve hier. Ils ont tous fait un chemin. Ils ont un parcours. À titre d’exemple, le président actuel du Chili, Gabriel Boric, n’est pas devenu président de son pays du jour au lendemain. Il faut que les jeunes qui aspirent à de grands changements, à l’amélioration des conditions de vie de tous intègrent dès aujourd’hui le paysage politique de leur pays. Si vous estimez que la manière dont votre pays est gouverné est sur la mauvaise sellette, il vous faut absolument intégrer un mouvement politique répondant à vos convictions. D’abord, on souhaite tous qu’il y ait développement, qu’il y ait amélioration de nos conditions de vie. Alors là, il est impératif pour nous tous de commencer par poser des actions, par oser faire porter nos voix. Tout çà ne peut être possible que si on se décide très tôt. Et c’est là qu’intervient le pan politique. Quand vous voyez que ce qui est fait est mauvais, vous devez chercher à rentrer sur la scène de danse pour changer les choses.

Qu’est ce qui expliquerait le fait qu’il y ait une désaffection pour la politique qui s’observe du côté de plusieurs jeunes au Bénin ?

Il faut reconnaître que la politique au Bénin est un terrain très rude. Aussi, chaque pays a sa manière d’organiser son paysage politique. La désaffection qui est observée est peut-être due à certains facteurs que je me réserve de citer.

Suffit-il d’adhérer à un mouvement politique pour porter sa voix ?

Non ! Pas du tout. La jeunesse, pour ma part n’est pas organisée. Il est vrai qu’il y a des organisations de jeunes qui existent mais elles ont du pain sur la planche. Tout n’est pas mauvais non plus. Mais il va falloir qu’on s’organise davantage et qu’il y ait plus de solidarité entre les jeunes. Dans une organisation par exemple, tout le monde ne peut être chef. Malheureusement, dans les organisations de jeunes aujourd’hui, tout le monde souhaite conduire la troupe. Voilà le problème premier qu’il faudrait résoudre. C’est bien dommage. Il faut dire que la jeunesse d’aujourd’hui manque de culture.

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