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Sociologue Calixte Houèdey à propos des obscénités en milieux scolaires : « On n’envoie pas les enfants à l’école pour attendre tout de l’école »

La vidéo a fait le tour de la toile en début de la semaine écoulée. Des élèves de certains établissements privés de Cotonou en plein ébat sexuel même dans les salles de cours. La fuite de plusieurs de ces scènes sur les réseaux sociaux a suscité indignation et colère au sein de la population. Si certains se sont contentés de jeter la pierre aux apprenants, d’autres élargissent la responsabilité à tous les acteurs de l’éducation : l’Etat, la famille et l’école elle-même. Calixte Houedey, sociologue avec pour spécialité la sexualité humaine propose l’installation dans les établissements, d’un « service social composé d’un psychologue, quelqu’un de la santé et puis un sociologue ».

Propos recueillis par Raymond FALADE

 

Bénin Int : Quels sont vos sentiments après avoir vu ces vidéos ?

Calixte Houedey : A la première vue de cette vidéo, il y a deux interrogations.

La première : les acteurs qui ont posé cet acte sont encore pour moi des mineurs du point de vue démographique pour certains, et mineurs de point de vue de responsabilité sociale et économique qu’engendre une activité sexuelle.

Le deuxième point, c’est l’espace où cela se déroule. Cela se déroule dans un espace de formation de l’être de demain, de citoyen de demain. Je veux nommer l’école. L’école étant un acteur dans la socialisation de l’être fragile pour être demain un homme responsable, c’est-à-dire le citoyen de demain. Que l’école en arrive là, cela veut dire que l’école est tellement permissive au point où la forte médiatisation de la vie sociale qui est aujourd’hui dans un espace planétaire via les nouvelles technologies de l’information et de la communication, devient un instrument aux mains des jeunes qui ne savent pas quel usage qu’il faille en faire puisque la forte médiatisation les a amenés à poser des actes dont ils ignorent les conséquences. La publicisation est un acte sanctionné par le code pénal en son article 544 : « Toute personne qui a commis un outrage public à la pudeur est punie d’un emprisonnement de trois mois à deux ans et d’une amende de 50 000Fcfa à 250 000Fcfa ».

Comment situer les responsabilités dans cette affaire ?

C’est une responsabilité collégiale puisqu’on n’envoie pas les enfants à l’école pour attendre tout de l’école. Dans le processus de la socialisation, il y a plusieurs acteurs : la religion, l’Etat à travers sa politique, l’école, et la famille. Voilà les grands acteurs, les grands agents de la socialisation, un processus qui permet de faire inculquer, de faire approprier les normes requises d’une société à la nouvelle génération. Laquelle nouvelle génération a l’obligation de se conformer aux normes qui favorisent le bon vivre ensemble. Vu ce qui se passe, les jeunes sont dans une déviance notoire. Déviance notoire en mesure où la question de sexualité c’est une question beaucoup plus structurée. Structurée à travers la religion également, structurée à travers le droit c’est-à-dire, la politique de l’Etat et structurée à partir de nos pratiques traditionnelles en la matière, je veux nommer la coutume. Ceux-là ne sont pas encore habileté du point de vue démographique à jouer cette fonction qui est attendue de la sexualité. La sexualité est une chose très importante pour se retrouver dans les mains des enfants puisque vous devez grandir et on va vous dire comment le sexe est codifié, comment le sexe se vit et quels sont les espaces. Mais aujourd’hui, ces espaces qui sont les espaces légitimes du vécu sexuel ne sont plus ou ne sont pas observés. C’est cette crise morale, économique et familiale qui permet tout cela aujourd’hui. Si dans une famille il n’y a pas les deux acteurs, vous voulez éduquer qui ? On me parlera de la migration pendulaire, l’économie d’accord. Mais l’économie ne doit pas être trop au-dessus de l’être humain. Je l’ai toujours dit partout en Afrique.  L’enfant est la cane de la vieillesse. Mais si vous n’avez pas à produire des enfants capables d’assumer cette responsabilité, le monde va à la dérive et c’est la prédominance aujourd’hui de la délinquance juvénile puisque la puberté devient de plus en plus précoce.

Il faut beaucoup plus engager des dialogues avec les enfants. Tu es en train de connaitre la puberté.  La puberté n’est pas une remise en cause. Le sexe ne se vit pas seul. Le sexe se vit dans un contexte social. Mais ces enfants ont agi sur le coup de beaucoup de paramètres dans un milieu de défaillance totale. L’école ne peut pas permettre une telle permissivité au point où les portables, les smartphones se baladent dans les milieux. Non ! c’est l’Etat qui conduit la politique publique. L’Etat doit revoir aujourd’hui, quel est le dispositif qu’il met en place pour contenir la fougue de la jeunesse. Une jeunesse très précoce en termes de puberté. Une jeunesse très précoce en termes d’accessibilité d’un certains nombres d’atouts. Ce qui n’est pas le cas des générations il y a 20 ans ou 30. Mais aujourd’hui, par rapport à leur âge, les enfants n’ont pas conscience des responsabilités sociétales de ce niveau de continuer de poser des actes ignobles. Ces actes ignobles, ils les ont vus où ? A travers la forte médiatisation des activités qui se produisent dans d’autres localités. Je veux parler de la forte médiatisation au niveau des réseaux sociaux, au niveau des télévisions où il n’y a plus de barrière culturelle, de barrière linguistique. Les images ne doivent pas rentrer dans n’importe quelle société. Mais l’Etat n’arrive plus à contrôler ces images. Certes, mais il faut pouvoir donner des moyens adéquats pour contenir le jeune adolescent, le jeune pubère qui doit avoir accès à ces images à commencer par l’unité familiale, parce que c’est elle qui est habileté à mieux éduquer l’enfant. Ce que j’ai l’habitude de dire à mes enfants, la socialisation primaire doit être forte pour contenir les vérités négatives de la rue et des médias. C’est à cela nous assistons aujourd’hui avec la consommation des stupéfiants.

J’interpelle le système éducatif béninois. Le Bénin aujourd’hui ne peut pas vivre en autarcie. Face à ces enjeux, il faut que les compétences universitaires soient associées à penser l’être humain de demain. Il faut un cours comme celui de la sexualité humaine. Un cours comme celui de la sociologie des réseaux sociaux. L’élément classique de l’enseignement doit changer et cela s’impose aujourd’hui.

J’ai initié face à la forte progression démographique au niveau des écoles qu’on puisse disposer dans nos établissements, un service social composé d’un psychologue, quelqu’un de la santé et puis un sociologue. J’ai dit ce qu’il faut faire. Combien de directeurs se préoccupent de l’absence de tel apprenant ? Combien de surveillants généraux peuvent-ils contrôler les assauts des jeunes aujourd’hui ? Il y a même la pression de certains parents d’élèves qui viennent dire pourquoi tu as saisi le portable de mon enfant ? Alors, ce sont des irresponsables, ces parents d’élèves. La question de sexualité humaine dans nos établissements doit être repensée. Il ne s’agit pas de dire “allez porter les préservatifs”. Ce n’est pas aller dire “droit sexuel” non ! Nous sommes en Afrique et je le dis en tant que Africain, on ne peut pas affranchir les questions de sexualité des contraintes sociales. On ne peut pas tout accepter. On ne peut pas tout permettre parce qu’il y a que cela génère des conséquences sociales et ce sont eux qui alimentent le lit de ce que j’appelle la délinquance juvénile. Et cette délinquance juvénile, je viens de finir l’étude en milieu carcéral de mon pays, j’ai vu des choses.  Par rapport à cela, il revient à tous les acteurs du système éducatif de mon pays de prendre leurs responsabilités ; cela devient trop récurrent ce qui se passe dans nos établissements scolaires.

Le sexe et la drogue ont pris le pas sur l’éducation où l’enfant est appelé à se conformer aux normes sociétales. Si nous avons pris le dessus sur le système éducatif, le marché de l’emploi sera beaucoup plus l’affaire de ceux qui ont pu tirer leur épingle du jeu. Les autres vont être dans l’exclusion puisqu’ils n’ont pas les compétences. Et quand ils n’ont pas les compétences, le mode de vie de ceux-là va être un mode de vie de pauvreté dans tous ses aspects. Donc, il faut que chacun prenne du recul pour dire qu’est-ce qu’il faut faire pour éviter le désastre dans 10 ans, 15 ans ou 20 ans si on ne veut pas laisser un pays où la population dans ses diverses composantes puisse avoir ce que j’appelle le fossé des inégalités sociales générées et entretenues.

Quelles sanctions peut-on infligées à ces élèves ?

Je me réjouis que le procureur puisse s’en auto-saisir. S’il ne l’avait pas fait, j’allais l’appeler. Le procureur à une fonction sociale. Moi je dis une chose. C’est un appel que je lance aux promoteurs des établissements privés de ne pas voir le gain du point de vue numéraire mais de voir le gain du point vue humain. Quelle qualité d’homme sort de mon établissement. Et d’avoir de la persévérance d’une part et d’une certaine rigueur d’autre part. Je ne sais pas combien parmi eux ont leurs enfants au Bénin. Et ce n’est pas que les autres vont être un bétail électoral et que d’autres vont venir gérer facilement. C’est l’orgueil ! C’est une question de responsabilité. C’est une question d’équité sociale.

One thought on “Sociologue Calixte Houèdey à propos des obscénités en milieux scolaires : « On n’envoie pas les enfants à l’école pour attendre tout de l’école »

  1. Bjr, FOFO j’ai visualisé aussi la vidéo vraiment et j’ai trouvé ça aberrant. Que les parents et l’état prennent vraiment leur responsabilité car l’heure est grave dans les milieux scolaires où le sexe et la drogue battent leur plein.

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