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Sommet Afrique-France : Faire bouger les lignes sans avancer d’un iota

Désormais les dirigeants africains font tache. Trop évident, usé, les inviter au Sommet Afrique-France de Montpellier reviendrait à tendre le bâton pour se faire battre. Vendredi, le service des Relations publiques de l’Elysée veut lancer une formule « nouvelle génération », en ne conviant que la jeunesse africaine et la diaspora. Une tentative désespérée de faire peau neuve dans un contexte de déclin ?

C’est le propre de la politique africaine d’Emmanuel Macron. Donner l’impression de faire bouger les lignes sans avancer d’un iota. « Bla-bla-bla », lançait la jeune Greta Thunberg aux dirigeants de la planète réunis au « Sommet des jeunes sur le changement climatique » organisé par les Nations unies à Milan. « Bla-bla-bla », sommes-nous tentés de dire à Emmanuel Macron face à l’opération de communication que représente le sommet Afrique-France.
Prévu s’ouvrir vendredi 8 octobre à Montpelier, ce sommet veut faire peau neuve en n’invitant aucun chef d’État africain, mais en initiant un dialogue, et par conséquent de nouveaux réseaux avec la jeunesse africaine du continent et afro-descendante de la diaspora. Ce n’est pas la première fois que le Sommet essaie de se réinventer. Tenu entre 1973 et 2009 sous le label « Sommet France-Afrique », il devient le « Sommet Afrique-France » en 2010. Sa version 2.0 était déjà une tentative superficielle de secouer la référence, aujourd’hui honnie, à la FrançAfrique. Après 10 ans de services intervient sa mise à jour 3.0. Mais plus la FrançAfrique se réinvente, plus elle est vicieuse. Mais elle recycle la vieille recette qui consiste à s’appuyer sur les intellectuels africains francophiles comme Achille Mbembe et Kako Nubukpo.
Exit les chefs d’Etat trop encombrants
S’ils sont les gardiens des accords de coopération sécuritaire permettant à l’armée française d’occuper légalement le territoire africain; du système de pillage sanctionné par des accords d’exploitation et par toute sorte de passations de marchés opaques ou encore de l’ « Eco Macron », alias franc CFA bis ; de toutes façons les dirigeants africains ne représentent plus grand chose quand il s’agit de parler au cœur de la jeunesse africaine et afro-descendante. Car, c’est bien ce dont il s’agit. En perte de vitesse sur le continent, la côte de popularité de la France dégringole à une vitesse vertigineuse parmi sa jeunesse, plus consciente des tentacules et ressorts de l’hydre de la FrançAfrique que les anciens et de plus en plus nombreuse à snober la France pour les États-Unis, le Canada ou la Chine.
À Montpellier, Paris fait le pari du futur et délaisse des chefs d’État. Mais aussi, la France fait le choix de la société civile à la réputation relativement épargnée, contre celui de la classe politique d’autant plus encombrante que sa légitimité est souvent contestée. En somme, il est question de se refaire une santé en Afrique sur la légitimité de la société civile et dans un contexte de concurrence internationale accrue.

« Bla-bla-bla »

Ce Sommet Afrique-France est l’occasion de faire le bilan de la politique d’Emmanuel Macron en Afrique, 4 ans après le discours de Ouagadougou qui se voulait programmatique et quelques mois avant que les cartes ne soient rebattues par la présidentielle française d’avril 2022.
Le constat est pour le moins sévère. Loin de se concrétiser, les promesses de rupture faites aux étudiants Burkinabè ont engendré du désenchantement. Présence militaire au Sahel en forme « je pars, je reste », réforme cosmétique du franc CFA, adoubement du coup d’État de Déby fils, hausse drastique des frais universitaires ciblant les étudiants africains, brouille diplomatique avec l’Algérie et le Mali sous fond de registre lexical néo-colonialiste, le président français ne peut se targuer d’un bilan reluisant. Pis, il sera celui qui aura convaincu de la fatalité du déclin français sur le continent et au-delà.
En outre, en marge du Sommet Afrique-France, un collectif d’associations, de syndicats et de partis politiques organise depuis le 6 octobre un contre-Sommet Afrique-France. Objectif : dénoncer les dérives de l’aide française au développement (entre business et corruption) et la continuité de la Françafrique, relookée pour adhérer au discours de rupture.

Par Teria News

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