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Statut à polémique de Dako Donou : L’opinion du prof Augustin Ainamon

Dans une tribune publiée dans notre parution n°678 du 28/02/2022, l’historien Jérôme Alladayè tranche que « Hwégbaja est le fondateur du royaume de Danxomè et avant lui on ne saurait parler de royaume de quelque manière ». Autrement, Dako Donou ne peut être considéré comme le 1er roi du Danxomè. Le professeur Augustin Ainamon démontre carrément le contraire dans cette réaction. Selon lui, « Dako Donou est bien le 1er souverain à s’établir sur ce qui deviendra le royaume du Danxomè ». Il illustre son opinion avec le cas de la royauté anglaise ou britannique. Lisez :

 

Voici une tribune qui est revenue sur la polémique Dako Donou chef précurseur ou 1er roi du Danxomè. L’opinion de l’historien, loin de clarifier les vaines querelles intestines de clochers et de chapelles est plus clivante que jamais.

Pourtant, si nous voulons une attitude sereine il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Dako Donou est bien le premier souverain à s’établir sur ce qui deviendra le Plateau d’Abomey ou le Royaume du Danxomè. Il est bien le fondateur de la dynastie des Agassouvi Alladahonou ayant régné sur le trône après avoir tactiquement évincé son grand frère Ganyehessou avec la complicité d’Aho, le fils de ce dernier et le futur Hwegbadja qu’il a aidé ensuite à se mettre en selle. Bien entendu, on ne saurait évoquer le vocable Danxomè à propos de Dako Donou. On ne peut pas l’évoquer non plus à propos de Hwegbadja même si le meurtre politique qui a consacré le vocable a été perpétré de son vivant et avec son consentement et sa bénédiction par son fils Akaba qui n’était que le vidaho, c’est-à-dire l’héritier présomptif.
Si l’on dit chef pionnier au lieu de roi, est-ce pour établir une hiérarchisation en créant un rapport de sujétion de vassal à suzerain? Dans ce cas, Dako Donou serait le vassal de qui, certainement pas de son neveu qui n’arrivera au trône après lui (même s’il ne faut oublier l’importance des groupes socioculturels qui s’étaient établis avant les Alladahonou et qui les ont aidés à prendre place à leurs côtés). En fongbè on peut traduire roi par “Axôssou”, exerçant sa pleine souveraineté sur un territoire ou une portion de territoire et un peuple qui voue une allégeance à leur souverain. Un chef par contre, qu’on peut traduire par “Gan” est nécessairement sectoriel: chef religieux, chef de guerre, chef de quartier ou de classe d’âge, etc.
Si la capitale s’est déplacée de Hwawé près de Cana (toutes localités incorporées aujourd’hui à l’agglomération de Bohicon) vers la nouvelle capitale créée, Agbomè, il n’y a pas eu création d’un nouveau royaume ou sécession d’avec l’ancien. Ces détails ne suffisent donc pas pour établir une hiérarchie entre le premier souverain qualifié de chef précurseur par rapport à son successeur et créer des tensions et des frustrations inutiles entre les descendants d’une même collectivité royale et territoriale.

Pour être un peu plus complet sur cette analyse, j’aimerais évoquer, pour finir, le cas de la royauté anglaise ou britannique (il s’agit pour l’observateur extérieur de la même collectivité royale). On parle aujourd’hui de Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord et de l’actuelle titulaire du trône de Reine Elisabeth II, par respect à la 1ère Elisabeth qui a exercé la fonction. Mais l’histoire a été loin d’être linéaire et comme un long fleuve tranquille dans ces îles britanniques. Jusqu’à 1603, fin du règne d’Elisabeth 1ère, cette souveraine n’a été que Reine d’Angleterre, même si le Pays de Galles qui n’a jamais eu de trône séparé a toujours été incorporé au Royaume d’Angleterre. À partir de 1603 justement, Jacques Stuart, fils de Marie Stuart d’Écosse qui avait succédé à sa mère depuis 1567, succéda à Elisabeth, la cousine de sa mère. Il régna sur les deux trônes de Grande Bretagne qui ont gardé leurs individualités distinctes ainsi que sur le trône d’Irlande. Ce n’est qu’en 1707 que la Reine Stuart qui était déjà sur le trône d’Angleterre bénéficie au cours de son bref règne (1702-1714) de l’acte d’union entre les deux royaumes de la Grande-Bretagne et devient reine de Grande Bretagne. Il en a été ainsi jusqu’en 1801 lorsqu’un autre acte d’union ajouta le trône de l’île d’Irlande et le souverain devient roi (ou reine) du Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande. Un dernier acte d’union est intervenu après la guerre et l’indépendance de la République d’Irlande, laissant la seule Irlande du Nord dans le Royaume-Uni qui devient dans sa forme actuelle Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord.

Au cours de ce long processus, il n’y a pourtant jamais eu d’hiérarchisation entre les souverains britanniques et la Reine Elisabeth qu’on nomme souvent de notre côté reine d’Angleterre (la plus grande partie de l’Île de Grande Bretagne) n’en est pas moins la souveraine du Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord. Elle est aussi appelée Elisabeth II même si les coupeurs de cheveux en quatre peuvent dire que la 1ère Elisabeth ne régnait que sur l’Angleterre et non sur un quelconque Trône unifié.
Pourquoi donc doit-il y avoir cette vaine distinction entre Hwawé la première capitale qui reste le lieu sacré du Danxomè et la deuxième capitale Agbomè ? C’est dommage que nous aimons davantage mettre l’accent sur ce qui nous divise que sur ce qui est susceptible de nous mettre ensemble pour progresser.

L’histoire, qui est un faisceau de faits et gestes et événements pluriels ne saurait être considérée comme parole d’évangile et l’historien doit avoir l’humilité d’indiquer au lecteur l’angle sous lequel il fonde son interprétation et tenir compte de l’état des connaissances au moment de sa lecture. En histoire il n’y a que des probabilités conditionnelles et pas d’inéluctabilités. Les faits historiques sont têtus mais la perception que nous en avons peut s’affiner et s’améliorer avec les progrès scientifiques et techniques. Aussi n’est-il pas honnête de continuer de soutenir que le Roi Gbêhanzin a mis le feu à son palais en se rendant aux troupes conquérantes. Comment peut-on alors expliquer l’état de parfaite conservation des trésors royaux emportés par l’envahisseur comme trophée de guerre ?

Prenons garde à ne pas prendre appui sur une perception erronée et fossilisée des faits passés pour justifier des actions présentes ou futures douteuses et critiquables.

Professeur Augustin AINAMON

 

2 thoughts on “Statut à polémique de Dako Donou : L’opinion du prof Augustin Ainamon

  1. L’analyse pointilleuse de cet érudit de rare espèce ne souffre d’aucune objection. L’histoire unifiante doit s’efforcer de gommer les faits qui mettent à mal les arguments fédérateurs.

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