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Statut de Dako Donou : Eᴛ Sɪ Dᴇs Iɴᴛᴇʟʟᴇᴄᴛᴜᴇʟs Eᴛ Uɴɪᴠᴇʀsɪᴛᴀɪʀᴇs Sᴇ Fᴏᴜʀᴠᴏʏᴀɪᴇɴᴛ ?

Entrée du palais de Dako Donou à Hwawé-Djotin‚ département du Zou.

Lorsque le Palais royal nous fit l’immense honneur de présider le comité d’organisation du quatre centenaire de l’accession au trône du Roi DAKO DONOU, notre première réaction fut de nous adresser aux collègues universitaires pour nous informer sur la vie et le règne de ce souverain. La réponse fut quasi unanime. Il n’y a pas de spécialiste universitaire attitré du roi DAKO DONOU. Quelques chapitres de thèses de doctorat et d’ouvrages disponibles que nous avons vite lus nous ont convaincus qu’il fallait constituer une base de données fiables sur ce Roi. En revanche on pouvait noter des grands spécialistes du Danxomè. Nous avons dû nous résigner avec toute l’équipe à nous consacrer à l’importante et épuisante tâche de collecte et d’analyse d’information sur ce souverain.

Nous nous réjouissons à plus d’un titre, que les débats sur ce roi qui ont toujours arpenté les couloirs et les dédales des espaces très prisés réservés aux seuls « initiés » ou « fanatiques » deviennent non seulement publics mais aussi et surtout universitaires. Nous ferons enfin parler les faits, leur chronologie, leur charge historique, les preuves (du reste c’est notre tasse de thé nous universitaires), sans nous préoccuper de considérations secrètes, royales, indicibles qui relèvent d’un autre niveau d’appréciation.

Nous voudrions commencer par dire que l’histoire d’un royaume aussi puissant et aussi guerrier que celui de Danxomè est forcément plurielle. Les sources nombreuses et parfois contradictoires. On ne doit donc pas l’aborder ni en prince ou monarque seule détenteur de la vérité dite par son ascendant, ni en militant d’une cause. On doit la traiter avec méthode, froideur, rigueur et impartialité. Que vivement les premiers résultats des comités scientifiques chargés de la réécriture de nos histoires nous parviennent.

Dans ce passionnant débat, des sachants, des universitaires et intellectuels dénient à DAKO DONOU le titre de roi, de premier roi du Danxomè et le cantonnent dans un statut de chef sans citer les sources, leur actualité, sans nous conduire dans le stimulant raisonnement de contextualisation des faits et sans nous dire la différence entre un chef et un Roi. Avec le comité que je préside, nous avons parcouru le Danxomè du nord au sud, nous avons sillonné les localités des hauts faits et actes de DAKO DONOU, nous avons rencontré d’illustres familles qui sont liées au roi DAKO DONOU depuis 2018 et nous poursuivons nos travaux. Nous avons lu avec minutie les ouvrages d’histoire et autres manuels écrits aussi bien par des collègues béninois, africains que des administrateurs ou explorateurs coloniaux. Nous nous sommes particulièrement intéressés aux intrigues et contradictions inhérentes à l’histoire du Danxomè. Dans une autre vie, certains parmi nous ont même approché l’allégorie de la calebasse de HOUEGBADJA et à tout ce que les successeurs au trône de HOUEGBADJA doivent à Houawé et y ont fait.

C’est en croisant toutes les données recueillies et analysées que nous persistons et signons ici et maintenant que le Souverain DAKO DONOU est non seulement le premier roi de Houawé-Djotin. Et en tant que tel, premier roi des fons-Guédévis et donc du Danxomè dans les limites qu’on connait aujourd’hui à ce royaume qui va au-delà du seul intérieur du AGBODO. Les trous de fortification que fit creuser AGADJA lors de son règne. Il ne faut pas confondre l’histoire de Agbomé à celle du Danxomè.

C’est quoi un Roi ? C’est quoi un Chef ?

Un Roi est celui qui dirige ou a dirigé un royaume. La titulature d’un royaume est le titre suprême du souverain d’une entité ayant des caractéristiques précises.

Pour qu’on parle de royaume, il faut au minimum trois conditions essentielles: i) Un territoire aux contours bien définis, ii) une défense organisée avec une armée chargée de la protection, de la défense du territoire contre les attaques ennemies et de la conquête de nouveaux espaces, iii) des institutions chargées de faire marcher le royaume, notamment la royauté avec un pouvoir fort.

Un chef par contre est d’un niveau moins élevé. Généralement il détient son pouvoir d’un roi dont il est en principe le vassal. Les partisans de la thèse de DAKO DONOU comme chef, peuvent-il nous indiquer le Roi dont il est le Vassal à Houawé ? Chez les Guédévis ? Chez les Fons ? Et plus tard dans le Danxomè ? Tous les rois qui ont régné à Danxomè depuis HOUEGBADJA ont fait allégeance à DAKO DONOU et à son trône. Ceux que l’histoire indique comme n’ayant pas voulu le faire ont appris à leur dépend et ont dû s’aviser. Les faits existent et sont éloquents. Ces collègues n’ont-ils pas fait l’option de décontextualiser les acteurs et les faits et de les analyser avec les moules argumentatifs contemporains ? Si les chefs existaient à la fin du 16ème et au début du 17ème siècle dans l’histoire du Danxomè, c’est les chefs guerriers, religieux, économiques, agricoles et de représentation qu’installaient les rois. On en connait beaucoup que des rois ont installés à commencer par DAKO DONOU puis les autres. Nous n’avons pas encore su documenter à ce jour ceux que HOUEGBADJA a installés ainsi que les territoires qu’il a conquis mais nous y travaillons. La notion de chefferie et de canton a émergé dans le Danxomè bien plus tard en 1900 à la fin officielle du royaume avec le démantèlement voulu et acté par l’administration coloniale.

Mais un royaume peut s’affaiblir et être rétrogradé à un rang inférieur. Il peut aussi s’agrandir et déplacer son centre de décisions ; disons en langage moderne, sa capitale. Tout semble indiquer que nous sommes en présence d’une telle situation entre Houawé-Djotin et Agbomé Avec la colonisation tout a été nivelé par le bas. Tous les détenteurs d’une autorité quelconque sont appelés chefs avec une sphère d’influence politique sur une “chefferie”. On se souviendra du fameux arrêté colonial qui a établi les cantons au Dahomey en février 1900. Nous rappelons que c’est le même arrêté qui a déporté le Roi AGOLI AGBO au Gabon.

Pourquoi DAKO DONOU est incontestablement un Roi et le premier Roi  des Fons-Guédévis ?

Parcourons très rapidement les conditions essentielles.

Le territoire de DAKO DONOU

À la suite de la longue pérégrination qui débuta à ADJA-TADO, il y a eu les escales significatives de ALLADA, HOUEGBO-AGON, ALLADAHO et HOUAWE. Nous reviendrons plus tard sur les faits majeurs qui ont marqué ces escales. C’est les GUEDEVIS (du vodun GUEDE), donc les fils de GUEDE que DAKO qui n’était pas encore DONOU, domina, qu’il soumit, tua leur chef AYINON KPAHE pour y installer son pouvoir et donna le nom de HOUAWE à la localité. Il est très important de préciser que les FONS GUEDEVI peuplaient tout un territoire qui englobe l’actuel Abomey. Avec son armée DAKO DONOU conquit par la suite, de nombreux territoires parmi lesquels on peut citer : KPATALOCOLI, ZOUNGO, SOGLOGON, ATTOGOUIN, KLOKLOFINTA, SODOHOMEY, SOKPADELI, AVOGBANAN, AGBAGNINZOUN, ZOUNZONMIN, ADANHONDJIGON, TINDJI, FOLLY, HOUEGBO, GLO-DENOU, ZË, MISSESSINTO, AKASSATO et bien d’autres.

On peut déjà s’imaginer le territoire du royaume de DAKO DONOU. Dans chacune de ses localités, il plaça un de ses fils ou un représentant. A titre illustratif, DAKO DONOU installa AHO devenu HOUEGBADJA sur les GUEDEVI vers ce qui prendra par la suite le nom d’Agbomè et par transformation Abomey, ADO, ADOSSOE et DOSSOUTCHIZOE à KOKLOFINTA, AGBOSSAGA à ATTOGOUIN, SOGLO à SOGLOGON, (vers l’actuel DJIME), GODOTAHOU à ZOUNZONMIN à ABOMEY, KINGNANDODE à GLO-DENOU, KPOTON à KPATALOCOLI, ADJAHOU à SOKPADELI, ABODE à ADANHONDJIGON, ADIHO à AGBANGNINZOUN, AKOUNAN et GNANSOUNOU à TINDJI, MINKONNONTO à MISSESSINTO. Pour ne citer que ceux là. Le lecteur reconnaitra des lieux de l’actuel Abomey, centre de AGBOME et de DANXOME qui faisaient partie intégrante du territoire de DAKO.

HOUEGBADJA a bénéficié de cette grâce de son père d’être envoyé s’installer sur les autres Guédévis, qui en vérité constituent une partie de son territoire, suite à son acte de bravoure qui a effacé une éconduite notoire. Il y est resté jusqu’à sa mort. Les recherches se poursuivent pour documenter ses autres faits majeurs. Il ne nous a pas été encore possible d’établir des actes de guerre ou de ruse authentiques qui ont fait de HOUEGBADJA un roi au sens « conquête de territoire ou agrandissement de territoire hérité ». L’acte de bravoure posé l’a été dans une localité différente de là où il est allé en représentation. Posons-nous la question de savoir quelles sont les guerres menées par HOUEGBADJA pour accéder au trône et devenir fondateur de royaume. Décryptons les relations entre son père DAKO DONOU, avant, pendant et après son installation sur les GUEDEVIS. Le Roi AKABA, né de NAYE ADONON, épouse du Roi DAKO DONOU, succéda à HOUEGBADJA. C’est lui qui, à la suite d’intrigues tua DAN et fit construire dans son ventre son abri. La suite de l’histoire nous en connaissons des pans. Pourquoi des localités aussi très proches de son lieu d’installation n’ont été conquises que bien plus tard par le Roi KPENGLA ?

 

2- DAKO DONOU et son armée

C’est à la suite d’expéditions guerrières que les localités ci-dessus évoquées passèrent sous le pouvoir et l’autorité de DAKO DONOU. Parmi ses illustres chefs de guerre, on notera, son fils AZA, GAOUSSIN, SOGLO, AGBOSSAGA, AÏKOUN, GBEDJAKOU, HOUANKAN, KPOTON DEWA et GOUDJEMAN MALE VITOU.

3- Les institutions

DAKO DONOU sur le plan économique créa des marchés comme celui de GBODJO qu’il confia à WOLOHOUN son premier fil et celui de GBOHICON devenu BOHICON aujourd’hui par déformation qu’il confia à ZAKÊTÊ DA WHLÊ DA (ADJAHOUISSO). Le très respecté DAH ADJAHOUISSO a toujours une mémoire extrêmement vive du rôle que ses ancêtres ont joué pour le roi DAKO DONOU à cet effet. Nous n’évoquons pas encore les postes de douanes installés dans diverses localités pour le contrôle économique et guerrier.

Sur le plan religieux, le Roi DAKO a organisé de main de maître le TOHIO AGASSOU qu’il installa sur les localités conquises. Son fils HONSOU-HONSOU engendra ZOMADONOU entité vivante, vivifiante et suprêmissime pour tout le religieux et sacré.
Sur la plan agricole le Roi DAKO DONOU a introduit le palmier à huile que le Roi Guézo systématisera plus tard. Il a encouragé la production du sorgho.

Lorsqu’on a tous ces éléments, qui attestent d’une véritable organisation militaire, économique, agricole et religieuse, on ne peut pas soutenir que DAKO DONOU n’est pas un roi. Quand on sait comment et pourquoi HOUEGBADJA est installé sur les GUEDEVI déjà conquis par DAKO DONOU, qu’on sait que ce lieu est une partie intégrante du territoire de DAKO DONOU qui a connu des évolutions et des changements de noms jusqu’à devenir Danxomè, on ne dira pas qu’il n’est pas le premier roi des fons-Guédévi.

Le dire c’est amputer le territoire conquis et dominé par DAKO DONOU, c’est nier la manière et les raisons dont HOUEGBADJA est parvenu au pouvoir, c’est nier l’étendue du territoire du Danxomè. Dire que DAKO DONOU est le premier roi des fons-Guédévis c’est établir une vérité historique. Tous ceux qui s’intéressent à l’histoire cohérente savent que la ville d’Agbomé est la ville des Guédévis.

Nous y reviendrons !

 

Dodji AMOUZOUVI
Président du Comité d’organisation
du Quatre centenaire de l’accession
au trône du Roi DAKO DONOU 1620-2020

Blaise DAKO DONOU
Coordinateur de recherche au sein du Comité

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