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Thérapie de Didier Toulassi, Dg ‘’Vidéo leader’’ contre le chômage : Il faut « coupler les études académiques avec la formation professionnelle » (l’Afrique n’a pas besoin d’‘’akowés’’)

Chaque année, les universités livrent sur le marché des milliers de diplômés qui, la plupart du temps se retrouvent au chômage et reviennent à la charge des parents. Cette situation fait augmenter le taux de chômage de jour en jour et fragilise tant la cellule familiale que le tissu économique des pays africains. Il faut dépasser cet inconfort des universités, célébrer les compétences et les valeurs des métiers car l’Afrique n’a pas besoin d’intellectuels bureaucrates. C’est ce que défend Didier Toulassi, directeur général de ‘’Vidéo leader’’ qui situe les responsabilités. Interview exclusives !

Propos recueillis par Fidélia A. AHANDESSI

 

Étant dans le domaine de la formation professionnelle, comment appréciez-vous la situation du chômage au Bénin et en Afrique ?

Que ce soit au Bénin ou en Afrique, la question de l’emploi de nos jours est de plus en plus préoccupante simplement parce que les étudiants sortent des universités avec beaucoup de diplômes et même les plus élevés et malgré cela, sont au chômage. Cette situation est si inquiétante qu’ils sont aujourd’hui dans la peur du lendemain. Alors que leur parcours académique a été très coûteux pour les parents qui la plupart du temps s’endettent même, je pense que cette situation mérite réflexion. Faut-il continuer avec ce système où on envoie les enfants à l’université d’où ils sortent avec les Bac+10 pour devenir chômeurs ? C’est là la véritable question et il est temps qu’on revoit la copie.

En effet, si vous dites qu’il faut revoir la copie, que préconisez-vous de façon concrète ?

Ce que je préconise et que je fais d’ailleurs dans mon entreprise, c’est que le jeune étudiant puisse à un moment donné de sa formation académique s’arrêter pour aller se faire former à un métier ou même coupler les études académiques avec la formation professionnelle. Ceci lui évite de tomber dans le piège du chômage car avec la formation professionnelle il aurait commencé par gagner sa vie et peut même refinancer lui-même ses études. Il prend ainsi tôt ses responsabilités et libère ses parents (les papas en l’occurrence) qui ont le temps de s’occuper du reste des enfants. Le développement du Bénin et de l’Afrique passe par cette solution car nous sommes à l’ère des métiers. L’intellectuel qui va vers un métier est plus organisé et réussit mieux que le non lettré qui fait le même métier. C’est mieux que d’avoir un Bac+10 et se réveiller sans avoir un centime en poche.

Doit-on comprendre qu’il est inutile d’avoir un master ou un doctorat de nos jours ?

On dit souvent en mina « épodi ga lé gomé » (c’est-à-dire il est sale mais riche). Aujourd’hui, c’est la poche qui parle. Quand il y a réunion familiale ici chez nous en Afrique et qu’il est question de cotisations (pour les obsèques d’un parent décédé ou pour réhabiliter la maison familiale), on ne cherche pas le plus haut diplômé ni celui qui sait parler français mais le respect et la considération reviennent à celui qui honore les cotisations. Ce sont nos réalités ici en Afrique. Par conséquent je dis les diplômes d’accord mais il faut associer à cela une formation professionnelle.

Par exemple si un étudiant en année de licence va vers le métier de l’électricité ou la menuiserie, il sera un électricien professionnel ou un menuisier professionnel.

On constate aujourd’hui que malgré leurs hauts diplômes, les jeunes peinent même à trouver un stage et l’emploi…

C’est simple. Il faut que les jeunes comprennent qu’aujourd’hui ce n’est pas parce qu’ils ont les hauts diplômes qu’ils seront forcément recrutés. La plupart des cabinets de recrutement recrutent pour le diplôme qu’ils exigent dans leurs critères et gare à vous si vous brandissez un diplôme plus élevé que ce qu’ils exigent. Dans ce cas vous n’avez pas le poste. Par exemple si l’on vous recrute sur la base du Bepc alors que vous avez plus de diplômes, vous ne pouvez plus jamais brandir un diplôme supérieur que vous auriez eu. Auquel cas vous vous verrez licencié. C’est une base juridique qui protège le recruteur. Et dans le but de pérenniser l’entreprise, de nos jours, les entreprises ont plus tendance à recruter les diplômes de base (Cep, Bepc…) car ils ne veulent pas faire face aux difficultés de paiement de salaire ou payer des salaires ronflants et faire faillite. Mieux, ils ne veulent pas gérer un rebelle (quelqu’un qui a été recruté sur la base du Bepc par exemple et qui veut brandir un jour son master parce qu’il trouve qu’on ne le paie pas bien).

Justement cela n’empêche pas les universités de déverser sur le marché chaque année des diplômés, et donc de plus en plus de chômeurs…

Cela se comprend, les formations académiques ne sont pas en adéquation avec les réalités de nos pays africains. Au regard de la façon dont les choses se passent on pourrait dire que ces universités « fabriquent » des « akowés » (les intellectuels en langue fon). En réalité, l’Afrique n’a pas besoin d’‘’akowés’’ car elle est une terre vierge qui a besoin de mains d’œuvre. Mais on constate aujourd’hui que tout le monde délaisse la houe pour le bic. Un petit sondage dans nos villes africaines montre que les ateliers de soudure, menuiserie, coiffure… manquent d’apprenants. C’est aussi la faute aux parents qui n’ont pas su leur inculquer que l’artisan aussi peut être riche.

Pourquoi rejetez vous la faute sur les parents quand on sait que c’est le colon qui a inculqué la bureaucratie aux africains ?

J’ai lu dans un livre que les enfants prennent 75% des comportements des parents et 10% de ce que les parents leur disent de faire. Autrement dit ce sont les parents qui vendent leur esprit aux enfants. Laissez le colon où il est. Ils sont partis de l’Afrique il y a longtemps et on a eu l’indépendance aussi. Plutôt que de parler des colons disons que ce sont les politiques africaines pour la jeunesse qui ne marchent pas. Il faut que les gouvernants africains changent de norme. Nous avons aujourd’hui 300 métiers que l’on peut exercer, alors que les jeunes fassent leur choix.

Vous avez parlé plus haut des politiques des gouvernements africains qui sont mal ficelés pour les jeunes. Que leur suggérez-vous ?

Il faut que les États africains commencent par célébrer les compétences et les valeurs des métiers. Il faut honorer les artisans à titre d’exemple que les jeunes devront suivre. Ceci va susciter l’envie chez eux. Il faut que les jeunes comprennent qu’on n’a pas besoin d’aller à l’université avant d’avoir de quoi vivre. Donc de l’argent.

Oui mais à ce propos, l’État béninois incite les jeunes à l’entreprenariat. C’est aussi une porte de sortie pourrait-on dire non ?

L’entreprenariat dont parle l’État béninois c’est toujours pour encourager la bureaucratie. Quel type d’entreprise va créer le jeune bardé de diplômes qui ne va pas vers la formation professionnelle si ce n’est du vent ? je le dis avec une ferme conviction il faut associer un métier à la formation académique pour que l’entreprise que va créer ce jeune soit du concret.

Vous parliez tantôt de 300 métiers que peuvent choisir les jeunes. Quels sont parmi eux les métiers d’avenir ?

Les jeunes d’aujourd’hui sont des « born after computers » (les nés après l’ordinateur en anglais). C’est-à-dire qu’ils sont nés à l’ère de l’informatique et du numérique. Alors il faut qu’ils maîtrisent l’outil informatique. Encore que à chacun sa sensibilité. Il y a des gens qui n’aiment pas des choses compliquées. Je peux également dire que nous sommes à l’ère des métiers de la communication (cinéma…). L’homme de demain est numérique, alors il faut maîtriser l’outil informatique.

Votre mot de la fin

Merci à Bénin Intelligent d’avoir porté son choix sur ma modeste personne pour développer cette thématique et vivement que mon cri de cœur soit entendu et compris de tous.

 

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