Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Tiburce Adagbè : «Mémoire du chaudron est un livre accidentel»

Tiburce Adagbè : «Mémoire du chaudron est un livre accidentel»

Récits croustillants diffusés, au départ, par épisodes sur les réseaux sociaux relativement aux rouages de l’accession de Boni Yayi au pouvoir, ‘’Mémoire du Chaudron’’ est, depuis vendredi 13 novembre 2020, disponible en version livre, relu et complété. L’ouvrage, « coup d’essai coup de maître » de ‘’Encrage Editions’’, est inédit dans la littérature béninoise quant à la documentation de l’histoire sociopolitique du pays. Son auteur, Tiburce Adagbè répond à quelques questions de curiosité sur le livre qui polarise actuellement toutes les attentions.

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Bénin Intelligent : Avec ‘’Mémoire du Chaudron’’ vous êtes le premier auteur à paraître chez ‘’Encrage Editions’’. Vous avez servi de « cobaye », selon les mots du directeur Habib Dakpogan. Aujourd’hui, après le lancement de l’ouvrage, comment appréciez-vous cette expérience ?

Tiburce Adagbè : Le bilan, c’est vrai qu’on est qu’au début de la promotion du livre, mais je peux vous dire que c’est largement positif pour moi. Le rôle de l’éditeur est semblable à celui du Manager dans le showbiz. L’éditeur, ce n’est pas seulement celui qui transforme un manuscrit en livre. L’éditeur c’est celui qui, après avoir transformé un manuscrit en livre, prend les devants, suit la promotion, accompagne l’auteur. Il répond en réalité de ce qui a été fait. Par rapport à cela, le directeur d’Encrage Editions, vous l’avez d’ailleurs remarqué, est présent sur tous les fronts malgré ses occupations professionnelles. Malgré son emploi de temps assez serré il est constamment en train de porter le livre à bout de bras. Cela fait partie des indices qu’on utilise pour reconnaître un bon éditeur. J’espère vraiment que les autres auteurs qui défileront chez Encrage Editions vont pouvoir bénéficier de cette énergie incroyable que Habib Dakpogan déploie actuellement pour la visibilité de ‘’Mémoire du Chaudron’’.

Ancien conseiller technique de Boni Yayi, ancien journaliste, inaugurez-vous désormais une carrière d’écrivain à travers cet ouvrage ? Ou bien vous avez juste ouvert une parenthèse ?

Je ne crois pas. De toutes les façons, comme je l’ai dit, ‘’Mémoire du Chaudron’’ est un livre accidentel. Je n’ai jamais programmé l’écrire. D’ailleurs, ‘’Mémoire du Chaudron’’, c’est le plus long hors sujet de la littérature béninoise aujourd’hui. Même en commençant son écriture, je ne croyais pas écrire un livre. Je voulais écrire quelque chose et puis, j’ai fait un long sujet qui a fait finalement 624 pages 100 feuillets. Je ne peux pas parler de l’avenir avec certitude mais je ne me sens pas vraiment membre à part entière de la grande famille des écrivains béninois qui, eux, se consacrent à l’écriture à plein temps. Moi, je suis un homme de culture. Et cela me va largement.

L’ancien Chef d’Etat Boni Yayi dont vous relater l’accession au pouvoir, a-t-il déjà réagi par rapport à la publication, à son contenu ?

Je ne sais pas s’il a réagi.

Vous a-t-il déjà au moins contacté à propos ?

Ce n’est pas nécessaire. Parce que, je crois qu’il me connaît autant que je le connais. Il sait très bien que, si je me mets à écrire, ce ne sera pas pour dire des choses attaquables. Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il m’appelle. Cela n’a d’ailleurs jamais été une préoccupation pour moi. Je n’ai pas pris son avis avant d’écrire. Ce n’est donc pas en écrivant que son avis m’importerait. Ce qu’il en pense, je n’en sais rien et je ne veux pas vraiment le savoir.

Vous étiez quand même de très proches collaborateurs…Ou bien le courant ne passe plus entre l’ancien conseiller et son Chef ?

Être très proche d’un leader politique, dans la vie politique c’est quoi ? Tous ceux qui sont autour de lui et qui le soutiennent, vous en connaissez combien qui soient cités dans ‘’Mémoire du Chaudron’’ comme ses compagnons de départ ? La plupart de ceux qui sont cités -je ne dis pas tous- sont aujourd’hui ‘’rupturiens’’ (partisans du régime de Patrice Talon). Une partie qui n’est ni rupturien ni yayiste a pratiquement pris du recul, certainement dégoûtée par l’expérience. Donc les rapports qu’on a dans l’aventure politique sont liés à des objectifs personnels ou collectifs. Maintenant, si vous parlez des rapports humains, je peux vous rassurer qu’ici, les conjonctures politiques n’impactent pas vraiment profondément les rapports inter-personnels. Contrairement aux apparences, aux sentiments qu’on a que ces gens qui se tirent dessus dans la journée, sont des ennemis, la vérité est presque toujours toute autre. ils sont capables de se passer des coups de fil le soir dans le dos de tout le monde. Il y en a même qui sont capables d’alerter leurs adversaires de ce qu’ils veulent faire le lendemain. «Président, demain je vous attaque hein, c’est la décision du bureau politique de mon parti . Mais ne vous en faites pas. Je passe prendre ma bière au retour de la bourse du travail ». Les rapports humains, je crois qu’il faut les séparer de ce que peut être l’engagement politique. Politiquement, je suis vraiment un homme libre. Je ne suis engagé, encarté nulle part. Par rapports aux rapports humains, j’en ai avec un tas de gens que vous ne soupçonnez sans doute pas.

Hormis Boni Yayi, vous avez cité d’autres personnalités qu’on connaît. De leurs côtés, y-a-t-il eu des réactions, des démentis ?

Je vous prends à témoins. S’il y en avait eu, vous l’auriez su. Mon récit a été publié ouvertement et chacun des acteurs a eu la liberté de réagir. Ce récit a été publié pendant un an. Il est resté ensuite deux ans à fermenter. C’est seulement après ces deux années que j’ai sorti le livre. Si quelqu’un avait vraiment trouvé à redire, vous l’auriez su non ?. Le jour du lancement, la parole à été également donnée à des témoins, ceux qui ont vécu tout ce que j’ai écrit. Ils ont donné leurs points de vue. Donc je crois que si quelqu’un avait à redire, il l’aurait fait. De toutes les façons, ‘’Mémoire du Chaudron’’ n’est qu’une ouverture sur un champ plus vaste. Si parmi ceux qui ont vécu l’histoire, il y en a qui décide d’en parler avec un angle de vue différent, ce sera plutôt enrichissant pour la documentation de notre histoire contemporaine. Je n’ai pas la prétention d’imposer ‘’Mémoire du Chaudron’’ comme une Bible. C’est mon vécu. Il y a sans doute beaucoup de choses que les autres ont vécues et que moi j’ignore. Il y a sans doute des choses que le président Boni Yayi connaît de cette aventure et que j’ignore complètement. De même, il y en a certainement que le président Yayi ne découvrira qu’en lisant ‘’Mémoire du Chaudron’’ et qui sont des choses vraies que lui, ignorait. En fait, c’est tout un ensemble. Lorsque chacun prendra la parole ou le stylo, cela documentera et enrichira notre histoire et suscitera des débats féconds.

En lisant ‘’Mémoire du Chaudron’’ on est frappé par votre précision et concision. Preniez-vous des notes au moment des faits, c’est-à-dire quand vous étiez encore avec Boni Yayi ? Ou bien votre mémoire est si fraîche pour livrer des années après, des narrations si pointues ?

Non. J’ai écrit ‘’Mémoire du Chaudron’’ en 2017, vous imaginez ? Tout ce que j’ai relaté sur 624 pages s’est arrêté en 2006. A supposer que je prenais notes, ça veut dire que j’ai pris des notes à partir de 2002 et c’est en 2017 que j’ai écrit. Donc quinze ans après. Ces documents, où les aurais-je pu garder pendant quinze ans ? Dites-moi. Je les aurais dissimulés où ? Et qu’est-ce qui m’aurait empêché d’écrire plus tôt, puisque j’ai quitté le palais en 2011 et non en 2016 ? Alors, entre 2011 et 2016 que serais-je en train de faire si j’avais autant de documents et de notes consignées sous la main ? D’ailleurs je n’aurais pas écrit ‘’Mémoire du Chaudron’’ dans ce style et par le mécanisme par lequel il a été écrit si c’était le cas. Je ne suis pas quelqu’un d’aussi organisé. Je n’ai pas l’âme d’un secrétaire. Retenez pour l’anecdote que lorsque j’étais encore au collège, les moments les plus pénibles pour moi étaient ces moments où il fallait se mettre à copier le cours sous la dictée du professeur. Je préférais les instants magiques où le professeur créait l’interaction avec la classe. Comprenez donc que je n’ai pris aucune note dans la perspective d’écrire un jour “Mémoire du chaudron”. Peut-être que si j’en avais pris, le livre aurait été plus riche ou plus pauvre. Je n’en sais rien du tout. J’ai juste écrit ce qui m’arrivait à l’esprit.

Merci.

Laisser un commentaire

Top