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Tribune-Artistes/Kwamy Mensah Gnonnas : Être moi-même

Naître d’un père dont la renommée défie toutes les frontières. C’est un grand atout dont le revers est de vous engloutir. Pour cela, Kwamy Mensah tient à se faire sa propre notoriété dans la musique. Son combat est d’être ‘’Kwamy Mensah Gnonnas’’ et « non rester le fils de Gnonnas Pedro ». Dans cette interview, il nous retrace son parcours et annonce la création au Bénin, d’une école de musique.

Propos recueillis par S. B. AGBON

Bénin Int : Kwamy Mensah Gnonnas, vous êtes le fils du Salsero Gnonnas Pedro. Vous résidez actuellement en Espagne précisément dans la ville de Valencia où vous excellez dans la musique reggae. Que retenir de votre parcours ?

Kwamy M. Gnonnas : Parlant de parcours c’est une histoire un peu longue. Je suis parti à l’âge de 9 ans où j’ai pris part à une sélection de jeunes artistes Béninois de la révolution qui étaient connus sous le nom de “Jeunes pionniers” où j’ai évolué. Puis après j’ai fait mon entrée au cours secondaire. J’ai joué au sein du Roll stone du Ceg Sainte Rita. J’ai fait une autre expérience au sein de Panthère noire. J’ai été chanteur dans ce groupe jusqu’à l’album « Edo kponi gbo afo awa abomè ». On était quatre au micro : les deux frères jumeaux feu Edi Lobo et Robinson Sipa, Gilles Gnonnas mon frère et moi. Suite à cela nous avons formé ‘’Les frères Gnonnas’’ au sein duquel j’étais bassiste. J’avais fait à l’époque Cabane jazz club de Cotonou. J’ai monté un autre groupe personnel parce que j’ai une autre tendance de la musique. J’ai commencé à écrire des chansons et à faire des arrangements. J’étais quand même formé comme instrumentiste, chose qui était très importante à l’époque. J’ai créé Kwamy Mensah et Affassa. C’était le groupe qui m’accompagnait. J’étais à la basse et au micro. Après, ce fut les frères Gnonnas où on a fait une cassette. Ensuite j’ai trouvé une opportunité à Ouaga où j’ai pris part au Fespaco. C’est au cours de ce voyage que j’ai connu une personne qui est venue de l’Espagne et qui m’a amené là-bas. Mon répertoire était constitué d’afro-jazz parce que je m’inspirais du rythme Agbadja pour faire mes arrangements à moi. Entre l’étape des Frères Gnonnas et Affassa, j’ai été invité un jour par mon feu père qui aurait appris que j’étais un bon bassiste à jouer avec lui. Donc à partir de ces 30 ans de carrière musicale j’étais son bassiste jusqu’à son entrée dans Africando et même quand il était au sein de ce groupe, il retournait sur Cotonou et pour toutes ses prestations indépendamment d’Africando je lui jouais la basse. Donc ce fut après cela que j’ai fait mon entrée en Espagne qui en trois mois m’a permis de m’imposer très vite. En occident, on avait besoin de quelque chose qui vient de l’Afrique.

Un peu avant votre entrée en Espagne, vous avez formé un duo avec votre frère Gilles. Qu’est-ce qui n’a pas marché entre temps ?

Vous avez dit mon frère, vous n’avez pas dit ma femme. Je peux me séparer de mon frère ou de qui que ce soit mais pas de ma femme. C’était pour plusieurs raisons mais ce qui est basique c’était pour des raisons professionnelles. Moi j’avais cette envie d’aller plus loin et non de rester l’enfant de Gnonnas Pedro. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à apprendre un instrument. Je voyais la nécessité en moi de changer de milieu et d’expérimenter. Basiquement c’était ça. Il faut noter que ce n’était pas un duo mais un groupe car il y avait aussi d’autres personnes, ce n’était pas seulement les frères Gnonnas.

Quel est le rythme qui vous a vraiment propulsé ?

Moi j’étais parti en Espagne en tant que chanteur et bassiste dans un répertoire personnel de rythme Agbadja. C’était un rythme Afro-jazz mais moi je l’appelais ‘’Agbajazz’’. Donc c’est avec ça que je suis parti en Espagne et ça allait très bien. Après j’ai eu un problème. Il est vrai je suis Béninois, un bassiste et un chanteur. Je me suis entouré ici de percussionnistes Béninois, de musiciens Béninois et travailler avec les musiciens occidentaux n’a jamais été un problème pour moi. Mais au niveau de la percussion quand on rentre dans nos rythmes, c’était une carence en matière de percussionniste.

De votre côté ou du côté des espagnols ?

Il n’y a pas de percussionnistes adéquats pour jouer du Agbadja et quoi que tu leur expliques et leur fais jouer, on sent cette carence-là. Moi-même je jouais, ça s’applaudissait. Mais le jour où Gbéssi ou Kpatchavi ou quelqu’un de mon village va être dans le public ils diront qu’est-ce que le fils de Gnonnas est en train de faire aux gens ici ? Vu aussi mes tendances et les textes qui m’inspiraient, je voyais ma musique proche du Reggae car la musique Reggae était tout le temps dans mes inspirations et je faisais l’effort de les mettre dans mon esprit. Mais finalement je me suis accroché par improvisation. J’avais eu l’opportunité de collaborer avec Yaya Yaovi qui m’avait fait réellement comprendre ce que c’était le reggae. Il a été pour moi une institution en matière du reggae.

Le reggae en Espagne, n’y a-t-il pas contradiction avec le rythme des espagnols qui sont dans la tendance salsa. Est qu’il n’y a pas une friction à un moment donné ?

Je mets la main au feu et je ne brûle pas non plus que le reggae ait pris de la place que la salsa. La salsa a de public partout où on va mais le reggae en Espagne a plus de public que la salsa. La musique populaire en Espagne ce n’est même pas la salsa c’est le Flamengo et la rumba espagnole. C’est un dérivé du flamengo qui est la première musique espagnole. Or le reggae en Espagne a plus de public. Aujourd’hui quel est le rythme que tu peux mettre en programmation qui peut réunir trente mille spectateurs qui ont payé des billets d’entrée entre vingt et soixante euros ou à cent cinquante euros ?

On sait que le reggae fait souvent de la satire sociale, de la dénonciation politique. Qu’en est-il de votre cas ?

Pour répondre à cette question, j’irai à la base.  Je n’ai pas choisi le reggae, je pense que c’est le reggae qui m’a choisi pour le faire. Donc je n’ai pas choisi aller à l’encontre des personnes. Je n’ai pas choisi être rebelle contre qui que ce soit. Même le système ne me dérange pas. Je fais avec le système. Et le reggae n’est pas forcément une musique de rebelle. Ce n’est pas forcément ça, ma façon de comprendre cette musique. Mais qu’on veuille ou pas, c’est une sorte de musique qui véhicule un message. Aujourd’hui les gens dansent sur des morceaux sans comprendre le message que véhiculent ces morceaux.

Quelles sont les thématiques que vous abordez souvent ?

Avant la mort de mon père, j’ai échangé avec lui. Il savait que je me voyais beaucoup plus dans le reggae. En échangeant avec lui, je lui ai fait savoir que les gens ne prêtaient pas attention aux messages qu’il passait à travers ses chansons. Je lui ai alors demandé l’autorisation de reprendre son morceau “Atin mon non win do agamanssi” en reggae ; j’ai reçu l’autorisation et j’ai repris ce morceau qui a figuré sur mon premier disque. Ensuite le morceau “E man tao”, un son qui parle de l’usage des stupéfiants. Ça étonne souvent les gens quand je leur dis que je fais du reggae sans prendre de la drogue. Je pense qu’il faut encore du temps pour que les gens comprennent qu’il est vrai que les vicissitudes de la vie se vivent tous les jours. Mais s’accrocher à un stupéfiant pensant qu’on se fait du bien, ça c’est un autre problème.

Kwamy Mensah ne fume pas alors

Kwamy Mensah défie qui que ce soit, même le meilleur hématologue après analyse de trouver une goutte d’alcool dans mon sang, où même des traces de stupéfiants. Celui-là qui le trouvera, je vais l’assigner en justice et gagner le procès. L’alcool ne fait pas du bien, ça éloigne un tant soit peu les soucis que tu as et après l’effet, tu te retrouves encore dans tes histoires.

Dans l’évolution de votre carrière, vous avez eu à rencontrer des difficultés, des challenges. A quel moment cela est survenu réellement ?

Je ne suis en compétition avec personne. Mais je suis en perpétuelle compétition avec moi-même. Ma vision en tant que musicien, est d’être meilleure. Je veux tous les jours m’améliorer. Quand tout va bien, j’ai l’impression que rien n’est encore fait, ça me fait peur et je me remets en cause de manière perpétuelle. Quand je suis sur scène, ce n’est pas le fait qu’on m’applaudisse qui m’intéresse, mais ceux qui me disent “c’était bien, mais tu peux faire mieux”.

Vous êtes au Bénin depuis peu dans le cadre d’un projet. Parlez-nous-en ?

Ce n’est rien d’autre que la création d’un centre musical pluridisciplinaire en mémoire de mon père. Ce sera une école de musique qui permettra aux enfants d’apprendre la musique. Son nom sera “Maison, école de musique Maestro Gnonnas Pedro Kwamy Mensah”.

Pensez-vous que la relève de Gnonnas Pedro est assurée ?

Gnonnas n’est pas tombé, il est juste endormi. La preuve ses musiques passent toujours sur les ondes. Je suis fier d’être l’enfant de cet illustre homme, mais ce n’est pas facile du tout. Mon combat à moi est d’être Kwamy Mensah Gnonnas et non rester le fils de Gnonnas Pedro. Que les gens soient capables d’entendre Gnonnas Pedro mais Kwamy Mensah Gnonnas également.

Avant de boucler cette interview, parlez-nous de vos disques

2004 : NOVI-NOVI, qui a connu une autorisation de l’illustre feu doctor Gnonnas Pedro en version reggae de Dagamasi.

2006 : Minon M’Zon, qui est un message d’éveil à mes frères biologiques et tous les autres qui se considèrent enfants même non biologiques du Maestro

2008 : Afrolatinreggae (Hwendo)

Je tiens à mentionner que sur chaque disc de 11, 13 ou 15 titres, figurent toujours une chanson pour ma mère Jeanne Dofonnou, une pour mon père et une pour Kora ma fille. Je suis actuellement en passe de sélection de titres pour le premier Best of de Kwamy Mensah Gnonnas. Je suis en train de finaliser Mahù sin awamè, un clin d’œil à Sègbo Lissa en single pour dire merci…Enfin je suis en phase finale de la maquette du 4ème disc de Kwamy Mensah Gnonnas en hommage à l’illustre feu doctor maestro Gnonnas Pedro.

Votre mot de la fin

Si nous sommes capables d’avoir un regard sur ceux qui sont à côté de nous, nous sommes alors capables d’être à l’image de Dieu. Si nous n’avons pas une minute pour le voisin qui souffre alors nous ne serons jamais capables d’avoir une minute pour Dieu. Être artiste pour moi, c’est celui qui a un peu de temps pour écouter celui qui est dans le besoin. Merci à vous et que vive la musique à jamais.

 

 

 

 

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