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Vie de « SOS Villages d’enfants Bénin » : Les éclairages du directeur Salimane Issifou

Des villages d’enfants, le Bénin en compte. Le plus connus est sans doute celui d’Abomey-Calavi. Depuis 1987 l’institution « SOS Villages d’Enfants Bénin » œuvre au bien-être des enfants vulnérables. Comment fonctionnent-ils ? Quels sont les catégories d’enfants hébergés et le mode d’identification ? Comment se passe la prise en charge et quelles sont les difficultés y afférentes ? Vendredi 28 mai dernier, le directeur national, Salimane Issifou a été reçu sur Café médias Plus à la Maison des Médias, à Cotonou où il a satisfait ces curiosités.

Propos transcris par Raymond FALADE & Sêmèvo B. AGBON

 

Bénin Intelligent : M. Salimane Issoufou, présentez-nous votre structure ?

Salimane Issifou : Nous avons commencé notre activité à Abomey-Calavi en 1997 et en 1999 nous avons ouvert un deuxième village d’enfants Sos à Natitingou. En 2005, nous avons ouvert le troisième à Dassa-Zoumè. Actuellement, nous sommes dans le processus d’ouvrir un quatrième à Parakou. « Sos villages d’enfants » est une Ong enregistrée au Bénin et qui se focalise sur deux types d’enfants. Les enfants qui ont perdu la prise en charge de leurs parents et les enfants qui risquent de perdre cette prise en charge en raison de plusieurs difficultés notamment des difficultés en matière de santé : le Vih/Sida, l’extrême pauvreté, la perte des parents, etc.
Les enfants dont on s’occupe sont orphelins, abandonnés ou des enfants victimes d’exclusion sociale. Quand vous allez dans certaines ethnies au nord du pays, quand un enfant naît par le siège, on dit que l’enfant est sorcier. Quand il pousse les dents par la mâchoire supérieure, on dit que l’enfant est sorcier. Et habituellement, ses enfants sont « réparés ». Cela signifie sacrifiés. Ce que nous faisons, c’est que nous nous assurons que ces enfants bénéficient d’un environnement familial protecteur.

Comment la prise en charge se passe-t-elle ?
Nous avons plusieurs options pour nous occuper de ses enfants. Il y a d’abord ce qu’on appelle la prise en charge de remplacement. Cela signifie que l’enfant a perdu ses parents et cet enfant n’a personne pour s’occuper de lui. Pas de proche parent et autres. Ces enfants, nous les déplaçons vers le village des enfants Sos. Dans ces villages Sos, nous avons ce que nous appelons des mères Sos. Il s’agit des femmes d’une trentaine d’années qui sont là 24h/24 pour s’occuper de ces enfants. Ces enfants restent entre eux. Ils sont environ au nombre de 9 pour une seule mère Sos. La mère Sos est aidée par une tante Sos. Ces deux personnes s’assurent que les enfants sont bien nourris, vont bien à l’école, tous leurs droits sont respectés et ils vivent dans la maison familiale. Ceux qui évoluent bien vont jusqu’à l’université et ceux qui n’évoluent pas bien sur le plan scolaire sont orientés vers des métiers.
Aujourd’hui, ces enfants dont on s’occupe dans cette option de prise sont au nombre de 536. Et pour les 536 enfants, nous nous occupons de la totalité des frais inhérents à leur prise en charge. S’ils évoluent bien, ils vont à l’université mais s’ils n’évoluent pas bien, ils apprennent des métiers. Alors, à l’âge de 23 ans, nous devons nous assurer qu’ils ont un job qui leur permet de vivre de manière autonome dans la société parce qu’ils vont quitter totalement la prise en charge.

Combien sont-ils déjà passés par cette option et que sont-ils devenus aujourd’hui ?

Ces enfants qui sont passés par cette option sont aujourd’hui au nombre de 200 depuis 1987 dont on s’est occupé à 100% et qui ont quitté la prise en charge. Parmi eux, nous avons aujourd’hui des charpentiers, des coiffeurs, des professeurs d’université, des ingénieurs agronomes, des ingénieurs informatiques, des ingénieurs en télécommunications… et ils vivent au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Japon, aux Etats-Unis, en France, etc. C’est l’option de prise en charge de remplacement où nous nous substituons à la famille parentale pour subvenir aux besoins de l’enfant et réaliser tous ses droits.
La deuxième option concerne le renforcement de la famille. Là qu’est-ce que nous faisons ? Dans la communauté, il y a des familles qui sont en difficultés pour plusieurs raisons telles que l’extrême pauvreté, le Vih Sida, la perte des parents… Et pour ces familles, ensemble avec les autorités locales notamment les chefs d’arrondissement, les chefs quartier, nous les identifions dans les quartiers et ensemble, nous nous assurons que leurs droits sont respectés. On a des plans de développement pour chaque famille et chaque famille obtient les moyens dont elle a besoin pour pouvoir s’occuper de ses enfants. Nous sommes au Bénin où il n’y a pas de diplôme pour faire un enfant. Nous savons bien comment nous faisons pour faire des enfants et après on se retrouve avec des enfants et on ne sait pas comment il faut s’en occuper. On n’essaie de faire ce que les parents avaient fait avec nous. Et ce n’est pas la bonne manière de s’occuper des enfants. Alors, il y a des astuces qu’on appelle la parentalité positive. C’est-à-dire faire en sorte que l’enfant ait ses compétences qui se développent pour devenir un adulte respectable. Après ces connaissances, nous assurons que les parents ont les moyens économiques pour s’occuper des enfants. Alors, nous renforçons l’employabilité de ces tuteurs à travers des formations, à travers l’accès au microcrédit pour mener des activités génératrices de revenus et ensuite nous nous assurons que les communautés dont ces familles, sont renforcées pour pouvoir s’occuper des enfants. Nous avons environ 2000 enfants qui sont là-bas. Au niveau du Bénin, nous avons au total 3000 enfants dans cette option-là.

Quelles sont les difficultés auxquelles Sos Villages enfants Bénin est confronté ?

Toute organisation a des difficultés. Parmi ces difficultés, il y a les ressources financières qui ne sont pas insensibles. On a des problèmes quelquefois à trouver des moyens pour nous occuper des enfants qui sont à notre charge parce qu’ils ont beaucoup de besoins et notre travail ne finit que le jour où le jeune a un job pour pouvoir se prendre en charge. Et nous connaissons le marché d’emploi béninois. Sur 80 000 jeunes qui vont sortir avec des diplômes par an, c’est probablement 2000 qui auront des emplois décents. Cela est un problème pour nous. C’est la raison pour laquelle nous avons commencé par mettre en place des partenariats multipartites avec l’Etat, avec les entreprises, avec d’autres partenaires afin de pouvoir trouver des emplois aux jeunes afin de renforcer leur employabilité.
L’autre difficulté c’est par rapport à des enfants ayant des handicaps lourds. Il y a des enfants qu’on fait sur des tas d’ordures. Les enfants ont crié pendant des jours et il y a des lésions dans leur tête. Et ces genres d’enfants, on les amène. Ces enfants quand ils sont petits, on ne constate rien. Mais c’est quand ils commencent par grandir, qu’on commence par se rendre compte qu’ils ont des difficultés. On reçoit aussi des enfants qui sont nés de femmes malades mentales. Il y a certaines personnes qui, je ne sais pas pourquoi, ont des relations sexuelles avec des femmes malades mentales et ces femmes accouchent. Ces enfants, on nous les amène et là les enfants au début, on ne sent rien. A la fin quand ils grandissent, il y a certains qui ont même du boulot et un beau matin, il commence par enlever ses habits et se promène dans la rue. Cela est un problème. C’est une difficulté majeure et on a beaucoup de ces cas environ 5 à 6% de nos jeunes. Et chez nous, la folie, c’est difficilement qu’on arrive à la soigner. Une autre difficulté concerne les jeunes traités d’enfants sorciers. Lorsqu’ils grandissent, et certains après avoir obtenu leur premier job, on les amène dans leur communauté. Parce qu’on se dit, il faut quand même qu’ils connaissent leur communauté d’origine. Une fois là-bas, on les présente, on dit voilà c’était votre jeune que vous avez rejeté. Aujourd’hui, il est devenu enseignant par exemple, il a pris son premier salaire. Ils disent, nous, on ne le connait pas. S’il revient ici nous on va le tuer. Et l’enfant garde cela dans sa tête et psychologiquement, ce n’est pas bon.

Quel est le processus du choix des zones dans lesquelles vous intervenez ?

Avant d’aller dans une ville, nous demandons à un expert de mener une étude sur la situation des droits de l’enfant au Bénin et de nous indiquer les villes où il y a le plus de problème. Sur la base de cela, on nous indique les villes et nous demandons à un autre expert de nous faire une étude de faisabilité pour dire quels sont les types de programme que nous, nous allons pouvoir mettre en œuvre pour que les droits de l’enfant soient respectés dans la contrée. C’est sur la base de ce processus que nous choisissons les villes, les quartiers dans lesquels nous intervenons.

Comment les pensionnaires sont-ils identifiés ?

Les enfants que nous prenons en charge sont des enfants orphelins, abandonnés, victimes d’exclusion sociale. Pour les identifier nous travaillons avec les centres de promotion sociale qui sont les démembrements du ministère des affaires sociales et de la micro finance dans les communes. Nous travaillons également avec les autorités locales, notamment les chefs d’arrondissement, les chefs de quartier. C’est ensemble que nous identifions ces enfants. Nous nous asseyons dans un comité d’attribution et nous décidons de l’option de prise en charge qui convient à chaque enfant.
Donc quand vous ramasser un enfant, l’idéal est d’abord de l’amener au centre de promotion sociale. A leur tour de nous l’envoyer en cas d’urgence.
Insertion des enfants à la fin
Pour les enfants orphelins ou abandonnés, nous sommes dans l’ordre de 5% qui ne réussissent pas à avoir du boulot quand ils quittent à cause de plusieurs raisons. Il y a des enfants qui ont des tares, il y en a qui n’arrivent pas à trouver de boulot malgré tout ce que nous faisons.

Quid des mères SOS, comment se fait leur recrutement ?

Une mère SOS est une femme de la trentaine qui est prête à venir vivre dans le village SOS, dans la maison familiale et à s’occuper des enfants abandonnés ou orphelins 24h/24. Par mois elle a quatre jours de repos où elle peut quitter son travail pour aller où elle veut. Dans l’année elle a un mois de congé. C’est un sacerdoce. C’est vrai qu’elles sont rémunérées mais on demande beaucoup leur affection importante pour guérir les enfants.
Quelles sont aujourd’hui les perspectives ?
Comme perspectives, c’est le démarrage d’un nouveau programme. D’après les études on nous a conseillé Parakou où nous avons déjà trouvé une parcelle. La construction va commencer bientôt. Nous sommes en train de travailler avec des partenaires luxembourgeois qui vont nous aider à mettre en œuvre un programme de développement communautaire au niveau de Parakou. On nous a conseillé d’autres villes aux termes des études dont Lokossa. Il va falloir mener des investigations pour voir si entre temps la situation n’a pas changé.

Il arrive de voir des enfants en tenue SOS qui ont visiblement des familles. Comment se fait-il que des enfants non en situation de vulnérabilité se retrouvent dans l’enceinte de vos locaux ?

Comme je l’avais dit tantôt nous avons des écoles SOS et ces écoles sont ouvertes à la communauté, n’importe qui. Si je suis dans le quartier, je peux aussi demander l’inscription de mon enfant car l’école SOS dispense des enseignements de qualité. Alors mon enfant vit avec moi et va au cours à chaque fois. C’est pourquoi vous allez voir des voitures garées où des parents amènent leurs enfants à l’école SOS qui a toujours donnée 100% de réussite au CEP.
Ce que nous faisons toujours c’est la prise en charge de qualité. Elle exige un changement de comportement. Nous devons nous occuper de nos enfants si nous voulons qu’ils deviennent des adultes à part entière de la société. Pour cela nous devons utiliser les outils de la parentalité positive, notamment l’abandon du châtiment corporel, le dialogue avec les enfants, la responsabilisation des enfants…C’est ainsi que nous allons bâtir un pays sûr.

Que retenir de votre école d’art et de musique ?

Nous avons une école à Abomey-Calavi pour dispenser un enseignement en art plastique et musique où les enfants, quand ils ont du talent, peuvent venir fréquenter cette école pour sortir à la fin de leur cursus avec un diplôme en sciences et technique des métiers d’art. ça leur permet de travailler directement, d’aller à l’université. Une idée qui nous intéresse particulièrement, c’est le plaidoyer et le partenariat pour une prise en charge de de qualité des enfants de notre groupe cible. Alors nous nous associons aux associations et organisations qui œuvrent pour le bien être des enfants. C’est ainsi que nous sommes membres d’un réseau dénommé Réseau des structures de protection des enfants en situation difficile dont j’assume la présidence du conseil d’administration. Nous faisons du lobbying pour qu’il y ait de nouvelles lois, de nouvelles pratiques pour améliorer la prise en charge de des enfants. C’est ainsi que nous avons activement participé à l’avènement du code de l’enfant, des normes applicables aux établissements de prise en charge et de protection des enfants. Nous sommes également membre de l’Autorité centrale en matière d’adoption internationale. Une institution qui a été créée par le gouvernement pour s’assurer que l’adoption internationale est faite dans les règles de l’art.
Au Bénin nous avons au total 153 employés répartis dans nos différents programmes (Abomey-Calavi, Dassa-Zounmè, Natitingou) et notre direction nationale qui est dans la Sota.

Vos sources de financement

Les moyens financiers, c’est vraiment un problème. Parce que pour ces enfants les charges sont énormes. Vous vous retrouvez avec un enfant qui a été ramassé sur un tas d’ordures, qui est malnutri. Quelques années plus tard on vous dit qu’il a le cancer et qu’il faut le soigner avec des millions de Fcfa…Nous sommes membres d’une fédération qu’on appelle « SOS Village d’enfant international ». Chaque année ils ont une petite somme d’argent qu’ils nous envoient. Le reste nous nous débrouillons, nous luttons sur le plan local pour trouver des fonds pour s’occuper d’eux.

Comment vous vous débrouillez alors ?

Nous avons par exemple les parrainages. Les parents ce sont des personnes qui s’engagent mensuellement à participer à la prise en charge d’un enfant. En retour, SOS Village d’enfant leur envoie régulièrement des informations sur ces enfants, leur devenir. Le parrain peut se retirer à tout moment. Ce n’est pas obligatoire. En dehors de cela, nous organisons des opérations de collecte de fonds, notamment lors de diners de gala, des campagnes de mobilisation de ressources et nous participons à des appels à projets (Ue, Cedeao…). Si nous sommes chanceux nous bénéficions de fonds qui nous permettent de prendre soins des enfants à notre charge.

Dans les pharmacies on voit des urnes de quête à l’effigie de SOS Village d’enfant. Quelle est la relation avec ces officines ?

Ce sont des pharmacies partenaires qui acceptent de nous aider sans contrepartie. Nous signons un partenariat et nous plaçons notre urne de quête. Périodiquement, deux fois par an, nous passons, nous collectons. Un procès-verbal est signé, la pharmacie signe avec deux collaborateurs de SOS village d’enfant.

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