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Vie des religions au Bénin : UNE COEXISTENCE À CHARGE

À Gléxwé (Ouidah), Basilique catholique et Temple des Pythons se font face. Suffisant pour que le Bénin passe pour modèle de cohabitation religieuse réussie. Vrai ? peut-être, puisque du sang n’a pas jusque-là coulé au nom de religion ici mais tout n’est pas satisfaisant dans les faits. Condescendance, hypocrisie, dénigrement… Le Bénin ne se porte pas bien en matière de coexistence des croyances.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

« Il y a une évolution positive notoire dans la relation des religions révélées avec les religions d’Afrique », salue le sociologue Dodji Amouzouvi lors d’une discussion. Les premiers missionnaires avaient été catégoriques que les réalités endogènes sont les manifestations hideuses du diable. Dans la Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes ‘’Nostra Aetate’’ à Rome, le 28 octobre 1965, le Vatican change d’attitude : « L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes », déclare le Pape.

Cependant, la perception au pays semble ne pas évoluer. Dans la tête de nombre de Béninois-chrétiens‚ « Le mal est Vodun et Vodun est le mal ». Les clashes et invectives à l’occasion de chaque « 10 janvier », unique journée officielle des religions endogènes, illustrent ce fait. Opposés à la célébration du 10 janvier, ils vont même jusqu’à ‘’purifier’’ les endroits où les festivités ont lieu. En 2016, « l’évangéliste et chantre de Dieu », par ailleurs Chevalier de l’Ordre national du mérite du Bénin, John Migan prêcha la suppression de la fête du Vodun. Elle est, dit-il, «une grande abomination qui irrite l’Eternel ». De recommander alors aux « leaders de cette nation d’enlever de notre Constitution l’expression ‘’les mânes de nos ancêtres’’ et de consacrer la date du 10 janvier à l’Éternel Dieu plutôt qu’aux idoles… » Sur protestation de Daagbo Hounon Tomadjlehoukpon II Houwamenou la Cour Constitutionnelle après analyse des propos, a, par Décision Dcc 17-018 du 31 janvier 2017, en son article 1er condamné John Migan et réaffirmé que : « (…) le Bénin est un État laïc fondé sur, non seulement, la séparation de l’État et de la religion, mais surtout, le respect mutuel et la tolérance des différentes confessions religieuses tant dans leurs pratiques que dans leurs propos ».

Cette décision a-t-elle changé grand-chose ? Dans les propos, le Vodun continue d’être stigmatisé très publiquement. Il suffirait, pensent ses contempteurs, qu’il disparaisse jusqu’au dernier résidu pour que le Bénin se développe comme par magie. Un vocabulaire spécifique fait de mots méprisants est soigneusement créé contre eux. Il s’agit, en réalité, d’un héritage de la littérature missionnaire. Les missionnaires étaient, en effet, chargés de remplacer la culture, la religion autochtone par la leur. Ils y sont allés par la diabolisation systématique de tout. Aucun discernement qui amènerait à voir une ‘’valeur’’ chez le nègre à qui il est dénié toute sensibilité au Beau. Ainsi, en 1885‚ le Père Bouche écrit : « Les Orishas des Noirs comme les dieux des autres nations païennes sont les démons (…) Les prêtres païens de la côte des esclaves ne l’ignorent pas ; ils adressent un culte direct au démon, ils se courbent volontairement sous le joug de Satan, Satan est leur maitre. » En 1902, à sa suite, le Père Steinmetz -dont le nom est injurieusement attribué à une prestigieuse avenue- va renchérir que : « Féticheurs et féticheuses sont voués dès leur enfance au culte du démon (…) quand leur éducation religieuse ou plutôt diabolique est complète, on les produit en public. », (cités par Alladayè‚ Jérôme in ‘’Le Catholicisme au pays du Vodun’’, Cotonou, Les Ed. du Flamboyant, 2003‚ p.28)

Il y a une ruse épistémologique des religions du Livre : on crée, pour les mêmes choses, les mêmes réalités de foi, deux vocabulaires antagonistes ; le valorisant pour soi et le péjoratif contre l’autre. Tout en révélant la pauvreté lexicale de la langue française dans l’expression des réalités typiquement béninoises, cette problématique dévoile l’unanimisme religieux des tenants des spiritualités étrangères. Le ‘’Vodunnɔ’’ est assimilé au “fétichiste/féticheur”‚ le “Bokonon” désigné par “charlatan”. Le tout mis dans le paquet “d’animisme”. Il suffit d’ausculter prêches, d’écouter émissions radiophoniques évangéliques et d’examiner leurs enseignements qui inoculent la peur-panique à l’évocation du « Vodùn », sur laquelle l’Église construit son œuvre d’enrôlement. Arrêtons-nous un jour sur ces mots. Voyons l’étymologie de ‘’fétiche’’. Il vient du portugais ‘’feitiço, signifiant « chose futile, image), superstitieux, anthropophage… ». Un qualificatif qui, en toute honnêteté, ne reflète en rien l’objet ainsi traduit. On comprend que les Béninois s’échinent à traduire en langue coloniale française leurs émotions les plus profondes. Le drame, derrière l’emploi des mots français pour exprimer des réalités béninoises, le danger de dénaturation.

Si, trouver des mots français pour exprimer des réalités culturelles endogènes, n’est pas un crime, la langue française n’offre pas toujours aux Béninois et Africains en général, les mots justes pour y arriver. Mais, au lieu de s’abstenir, ces derniers emploient des termes qui, s’ils ne dénaturent ou ne trahissent pas carrément la réalité traduite, ils n’en donnent qu’un sens approximatif voire dépréciatif. La dénaturation est encore plus accentuée et plus grave surtout en matière religieuse. En face des réalités comme « Vodùn, Fâ, Lɛgba, Bo » qui n’existent pas dans la culture des Français et que leur langue ne peut donc pas ‘’dire’’, le socio-anthropologue et ‘’boologue’’ Raymond Coovi Assogba, concepteur de la théorie de la Contracculturation, enseigne que «il faut constituer le mot béninois en un concept, quitte à le traduire après en français ».

Les églises sont remplies d’images de Saints, croix, de représentations. Si donc les Vodunsi sont fétichistes à cause de leurs ‘’bociɔ’’ alors les chrétiens le sont aussi. Curieusement, ils justifient que leurs images servent d’objets de dévotion et ne relèvent donc pas du fétichisme. Ce que démonte l’historien Alladayè qui rectifie que, de même que les chrétiens ne sont pas fétichistes, les Vodunsi aussi non plus ne le sont. Il argumente qu’« En fait, nulle part les Africains n’adoraient les idoles, les statues ou les morceaux de bois…Ils pouvaient s’adresser au dieu, à l’esprit, au génie qui y trouve son réceptacle temporaire ou permanent, mais qui en est réellement distinct », Il constate que « Ce serait une erreur de même nature que d’appeler ‘’fétichistes’’ les catholiques parce qu’ils prient devant la croix et les statues des saints ou qu’ils déposent à leurs pieds des offrandes (bougies, fleurs, …) avec recueillement. Mais au lieu de cela, on explique bien rationnellement l’attitude des chrétiens comme le fit Saint Cyrille d’Alexandrie en écrivant : « Si nous fabriquons des images des hommes pieux, nous n’adorons pas cependant ces images comme des dieux. Mais, en les regardant, nous sommes poussés à imiter ceux qu’elles représentent : c’est pourquoi nous représentons le Christ en image, afin que notre cœur soit excité à l’aimer davantage ». Le prince d’Abomey se demande : « Mais pourquoi dans la religion traditionnelle dahoméenne aussi, les images ne pourraient pas être un élément d’excitation de la dévotion et un outil d’éducation de ses fidèles que l’on sait pour la plupart pauvres et illettrés, vivant dans une société d’oralité ? »

Revenons ensuite à “charlatan”. De l’italien cerretano de cerreto, ville, et ciarlare bavarder, Le Robert illustré 2012 l’appréhende comme un « Vendeur ambulant qui débitait des drogues, arrachait les dents. Imposteur qui exploite la crédulité publique ». Là aussi‚ cette définition colle-t-elle à la sémantique du “Bokɔnɔ” en pays Fon ? La littérature missionnaire a ‘’fabriqué’’ et légué des concepts dégradants contre les religions des « ayinɔ, terriens » au lieu de les désigner par ce qu’ils disent eux-mêmes qu’ils sont. Alladayè critique, à cet effet, que “animisme”, comme substitution au ‘’fétichisme’’ est aussi pire erreur. En effet‚ apprend-il‚ ce mot « a été forgé par l’anthropologue britannique Edward Tylor…Il désigne la croyance à des âmes, des esprits animant la nature » (…) Il connait encore une grande vogue, notamment chez les théoriciens de la ‘’religiosité infinie’’ du Noir qui serait soumis à la menace constante de tout ce qui l’entoure (Hess)… En réalité, dans la société dahoméenne traditionnelle, ce n’était jamais chaque plante, chaque morceau de fer qui faisait l’objet d’une vénération des populations. Elles ne rendaient le culte qu’à travers des objets ayant reçu une sanctification particulière de la part des personnes habiletés à la conférer et dans les conditions requises ».

Le parler des chrétiens toutes confessions confondues à l’égard des Vodunsi est abondant, disions-nous, en termes méprisants et injurieux. Ces derniers sont communément appelés ‘’Kosinɔ’’, mot Fon équivalent de ‘’païens’’ par opposition à ‘’yisenɔ/sinsԑnɔ’’ (croyants) que les chrétiens s’attribuent. Pour exhorter les adeptes du Vodun au baptême chrétien ou à la conversion tout court, l’expression employée est « wa yisè » ou « wa yi Mawu/Jezu sè » ; littéralement « viens te convertir », « viens recevoir Dieu dans ta vie ». Là où il faut traduire ‘’Satan’’ par ‘’awovi’’ la masse dit au quotidien Lɛgba. D’où Vodun serait Satan, diable. Le projet derrière ces parlers courants est d’estampiller les Vodunsi comme « les gens du monde », « les gens sans Dieu » voire « les gens en dehors du Créateur ». Or, comme tout peuple les Fɔn connaissaient bien Dieu comme le prouve leur langue avant les pénétrations coloniales. Qui contestera que ce ne sont pas les missionnaires, génocidaires culturels au fond, qui ont apporté « Mawu et ses lois d’amour » à nos ancêtres ? Hélas ! aujourd’hui encore, les légionnaires des religions étrangères, transpirent pour « gagner à Dieu », les âmes des Vodunsi. Jusqu’à ce qu’ils ne se convertissent, tout mariage avec eux est déconseillé. Le mot d’ordre est rigoureux dans les églises évangéliques et baptistes surtout, où « se marier dans son église » est la règle impitoyable.

Chez eux, un(e) conjoint(e) chrétien(ne) en couple avec un vodunsi est une offense à Dieu : « Comment veux-tu être enfant de Dieu et être en couple avec quelqu’un du monde ou avec quelqu’un d’une confession qui ne garantit pas le paradis ? -Que diras-tu à Dieu au dernier jugement même si tu seras sauvé ? -Que deviendront vos enfants que tu as faits avec le païen ? -Dieu m’a révélé que ton âme sœur qu’il t’a réservée est dans l’église ici », etc. « Il y a une certaine contradiction qui s’observe déjà. Du coup, il faut comprendre que le dialogue interreligieux n’est que du pipeau », conclut Sa Majesté Dansou Alphonse Gazozo‚ président du Syndicat national des médecins et intellectuels traditionnels du Bénin (Synamitrab).

Des chrétiens trouvent compromettant d’assister à des réunions familiales n’ayant même aucune connotation religieuse. D’ailleurs, de plus en plus ils ne consentent plus pécuniairement aux réalisations d’intérêt commun dans la famille. Dans certaines localités, des devanciers sont montés pour dérouter ou recenser les fidèles qui s’en vont assister aux animations Vodun ; les adeptes épinglés courent des sanctions. Aujourd’hui, le jeune chrétien oblige « ses vieux parents » à se convertir. Il est capable de les affamer jusqu’à ce qu’ils cèdent et reçoivent le baptême.

L’antithèse Gbèzé

Des stigmatisations en matière religieuse au XXIe siècle, est-ce opportunes ? Le titre “Ounkpon gbèmin ho” du chanteur Gbèzé Zèguè-Zougou présente assez de ressources en faveur de la négative. Il offre une véritable démonstration de notre ‘’communauté de destin’’ face à laquelle Christianisme et Vodun sont tous fragiles, faillibles ou simplement…vains.

Une écoute attentive permet de découvrir derrière l’esthétique du son et la cadence du corps, la profonde conviction de cet artiste de renom. Gbèzé défend, en effet, que tout comme il n’y a de langue plus vraie qu’une autre, il ne saurait avoir de religion plus vraie qu’une autre non plus. Une religion qui aurait l’apanage du Beau, de la sainteté, le monopole du « chemin du Salut » contrairement à une autre qui serait exclusivement refuge du Mal, ça n’existe pas. Les arguments et illustrations foisonnent dans ledit titre.

D’abord, le titre “Ounkpon gbèmin ho” ! est le raccourci de l’introït de la chanson, qui commence par-là. L’artiste exprime de façon glaçante sa perplexité et tristesse face à la vie. Il dit, trémolo dans la voix : « Quand je médite la vie/La vie me paraît un mystère/vodunnɔ et chrétien/Lequel la religion a rendu absolument heureux dans la vie ? » Le décor est ainsi planté ! Il s’attèlera, ensuite, à démontrer que de part et d’autre des spiritualités chrétienne et Vodun, la méchanceté est omniprésente, et ne manque nulle part. Il n’est ni le Vodun dans son essence ni le Christianisme intrinsèquement. Le mal est dans le chrétien et le vodunsi. Le débat se pose donc sur l’homme. « C’est l’homme rencontré dans le Vodun qu’on rencontre dans le christianisme, l’islam, le judaïsme, l’hindouisme… Si l’homme est fondamentalement mauvais, il l’est dans toutes ces religions. Donc ce n’est pas la déité qui est mauvaise», appuie le professeur Dodji Amouzouvi.

Sans avoir fait de hautes études, sans être sociologue des religions, l’artiste Gbèzé illustre cette belle évidence par une image symétrique éloquente : d’un côté, le pasteur qui va arracher l’unique femme de « son » propre fidèle ; et de l’autre, le Hunnɔ qui se comporte pareillement en allant jusqu’à mettre les vertus des plantes médicinales au service de sa jalousie criminelle. Pasteur méchant/Hunnɔ méchant. Match nul, le vin est tiré ! Inutile alors d’attribuer l’apanage du mal à l’autre et sa religion. La construction de l’illustration sur les profils du « pasteur/hunnɔ » est grave ; car, si des dignitaires de ce rang peuvent se rendre coupables de tels actes, il faut s’en prendre au cœur de l’homme. Pourquoi est-on alors plus enclin à voir les faits diaboliques du côté vodun ? La question rappelle la politique d’acculturation réussie en Afrique par l’Église et les colons sous le faux prétexte de civilisation.

Une autre illustration forte se trouve dans l’actualité de 2021. Depuis les conclusions du Rapport Sauvé nous savons avec ahurissement que près de 3000 prêtres pédocriminels sont tapis dans l’Église Catholique en France. De 1950 à 2020 ils ont pu abuser sans lésiner d’environ trois cents milles ouailles. Certains crient que c’est une proportion mineure et que les brebis galeuses existent dans d’autres confessions ; ce qui n’est pas faux. Évidemment, ces données n’autorisent personne à « affirmer » que l’Église Catholique en tant qu’institution religieuse est pédocriminelle. Avec la sincérité requise, nous nous accordons plutôt à dire qu’une minorité de clercs ternissent l’image de marque de l’Église Catholique par leur inconduite criminelle. « Il est également juste d’établir la différence entre les fautes dans l’Église et les fautes de l’Église », prêche justement le Père Rodrigue Gbédjinou sur les antennes de la Radio Immaculée Conception, le 5 novembre 2021. Il lançait cette objection en guise de contrattaque au professeur Guy Ossito Midiohouan, le critique littéraire à la retraite qui a plaidé dans la foulée pour une enquête aussi sur la pédocriminalité au sein du clergé béninois.

Le Cardinal Robert Sarah renchéri qu’« Il faut être conscient qu’une faute est un acte personnel. Ce n’est pas une institution qui fait une faute, c’est une personne qui pose un acte condamnable » ; observons, inversement, que si le rapport Sauvé épinglait la pédocriminalité chez les dignitaires Vodun, beaucoup seraient plus enclins à ne pas voir une proportion mineure. Ils guillotineraient tous les Hounon sans procès, parce qu’ici au pays, ils sont configurés mentalement pour appréhender ou penser le Vodun comme le mal. Quand il s’agit des Vodounon nous n’avons pas souvent un jugement similaire, modéré et objectif. Nous les cuisons tous dans la même eau bouillante. Désormais, il sera aussi juste d’établir la différence entre les fautes dans le Vodun et les fautes du Vodun et de reconnaître le Vodun est une énergie et non une conscience.

Gbèzé donne une autre preuve gigantesque de la « vanité religieuse ». Chrétiens et Vodunsi sont tous perméables aux affres existentielles, souffrance et mort. S’il existait une religion ou croyance dont les fidèles ne tombent jamais malades, ne meurent pas, ne faillissent pas, ne connaissent ni faim ni fièvre, ni peur tous les hommes s’y rueraient sans même attendre d’être évangélisés. Hélas ! Gbèzé nous décrit le quotidien des chrétiens. Regardez-les, dit-il : « Ils sont toujours en train de chasser un ‘’awovi’’ qui ne bouge jamais » ; toujours en train de « tenir une prière de nuit qui empêche le sommeil aux voisins » ; et toujours empêtrés « Dans des réunions a n’en point finir ». « Ils appellent toujours Dieu au secours. Pourtant on meurt toujours dans leur rang. Ils n’ont jamais tout ce qu’ils demandent », chante l’artiste polyvalent. D’ailleurs, l’artiste semble dénicher chez les chrétiens une fausse compréhension de l’entité « diable, Satan ». Dans un autre titre intitulé ‘’Nubudo wè nyi gbɛxo’’ (la vie est un mystère, 2017), le même chantre disait que « Satan n’est rien d’autre que l’homme. Tu prétends fuir Satan en vivant avec l’homme. Si tu veux fuir Satan ne vit avec personne. Car Satan ne possède jamais des animaux, mais les hommes. Ce sont les hommes qui sont le Satan ». Voilà pourquoi il note que « malgré les prières intempestives Satan ne s’est jamais enfui du pays ».

Allons maintenant chez les Vodunsi : Vous verrez des vo (sacrifices)‚ vous en verrez toujours de nouveaux sur les carrefours. « Cependant, montrez-nous où des Vodunsi se reposent », demande-t-il. « Pendant qu’ils égorgent coqs et moutons aux Minon-na (sorciers), là-bas les chrétiens sont assaillis par quêtes », actions de grâce‚ fêtes des moissons…Comme quoi, partout les hommes « courent la vie ». Tout comme le Vodunsi, le chrétien peut pleurer la mort d’un enfant, d’un être cher parti précocement. La mort‚ la maladie frappent partout indépendamment des religions. « Le Vodunsi est-il heureux ? Pourquoi le fils du grand Hounɔ refuserait de lui succéder si son père avait trouvé du bonheur dans le Vodun ? », questionne le chanteur.

“Ounkpon gbèmin ho” ! Ce titre exprime l’essoufflement, le dépit de l’artiste de parvenir à la remarque que ni l’Église ni le Vodun ne sauve et que la méchanceté et la souffrance existent au sein de toutes les religions. Trêve de stigmatisation ! Aimons-nous au-delà de tout, au-delà de la religion. Soutenons-nous dans les beaux jours comme les sombres. La meilleure religion est celle qui pratique l’amour. Le chrétien a l’espérance de la résurrection, le Vodunsi a celle de la réincarnation. Il sera fier de rejoindre ses ancêtres et de pouvoir leur dire avec déférence « J’ai bien tenu le Hinnou-famille ».

Womey, 16 janvier 2022

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