Vous êtes ici
Accueil > Actualité > Dr Docteure Lamatou Daouda : «Le patrimoine constitue une ressource non seulement historique mais aussi économique»

Dr Docteure Lamatou Daouda : «Le patrimoine constitue une ressource non seulement historique mais aussi économique»

Villes patrimoniales . Un séminaire aborde les problématiques engendrées par les transformations urbaines et qui impactent l’intégrité et la préservation des « témoins historiques » des villes patrimoniales (sites culturels, lieux de mémoire, monuments, architectures, temples). Des chercheurs opinent sur la question. Docteure Lamatou Daouda, géographe de formation, spécialiste de la gestion des villes patrimoniales du Bénin

 

Bénin Intelligent : Pourquoi avoir initié ce séminaire ?

Dr Lamatou Daouda : J’ai accédé au grade de docteur en gestion des villes patrimoniales. Le cursus de doctorat a été conduit par un financement du projet Ares.

Les objectifs du projet Ares c’était de former des cadres compétents dans les spécialités de gestion des villes patrimoniales et de mettre en place le Centre de compétence …qui est comme un centre de recherche, d’appui conseil pour combler les besoins qui existent sur le terrain dans ce domaine de gestion des villes du patrimoine.

À la fin de ce projet et des différentes formations qui ont conduit à l’obtention des grades de docteur, puisque je ne suis pas la seule, il faut repartir sur le terrain et rencontrer les décideurs, notamment les acteurs municipaux, leur présenter que désormais il y a un centre de compétences disponible à leur écoute, avec lequel ils peuvent collaborer.

Donc c’est pour lancer ce réseautage et collaboration entre chercheurs et décideurs. C’est pour aussi sortir du cadre général qu’on connaît souvent : on se plaint de ce que les travaux effectués par les étudiants restent dans les tiroirs, les bibliothèques. Il faut changer la donne. En changeant la donne il faut commencer par s’habituer à des rencontres, il faut initier des rencontres entre les chercheurs et ces décideurs sur le terrain.

 

LIRE AUSSI: Patrimoine : Les acteurs abordent les enjeux liés aux transformations urbaines

 

C’est à partir de ces collaborations qu’on peut espérer mieux solutionner les problématiques qui se posent sur le terrain. C’est ce qui a motivé l’organisation de ce séminaire.

Dans les villes qu’est-ce qui menace aujourd’hui la sauvegarde du patrimoine ?

La grande problématique c’est déjà de savoir identifier le patrimoine. C’est vrai qu’on identifie mais il faut aussi spécifier.

Moi je suis partie d’un patrimoine immatériel pour aller trouver les problèmes qui sont liés à l’espace. Particulièrement j’ai travaillé sur la fête de la Gaani, mais je me suis intéressée aux sites qui sont dans l’espace puisque la Gaani a forcément besoin de ces sites pour les rituels le jour de la fête.

Donc forcément ces sites qui sont implantés dans l’agglomération urbaine sont pris d’assaut par les mêmes populations bien qu’elles connaissent leurs valeurs. Elles ont aussi besoin d’habiter. La croissance urbaine qu’on connaît aujourd’hui, la croissance démographie des populations fait que les habitants autour de ces sites grignotent au jour le jour l’espace et finissent par compresser l’espace, l’environnement du site. Or pour une valorisation du site on a besoin d’une zone tampon autour tout au moins.

Quelles sont propositions par rapport à ce constat de terrain ?

Les propositions c’est de tomber d’accord sur le fait qu’il faut dire à ces populations oui, bien sûr c’est pour vous ces sites, vous en connaissez la valeur mais vous devez quand même observer une zone tampon afin de préserver la survie de ce site rituel qui reçoit un afflux de public à un moment de l’année.

Tout cela c’est sur la question des textes, il faut rencontrer les acteurs, les y sensibiliser et échanger avec les décideurs qui sont sur le terrain et qui vont veiller à l’application des décisions prises.

Qu’avez-vous constaté au niveau des acteurs municipaux ? Ont-ils une prise de conscience aigüe de ces patrimoines dans leurs localités ? Y a-t-il des défaillances que ce séminaire pourrait permettre de combler ?

Par expérience je dirai qu’il y a une volonté, puisqu’on est dans un pays dépourvu de ressources. Aujourd’hui on sait que le patrimoine constitue une ressource non seulement historique mais aussi économique. Les acteurs le savent. Au plan national il y a une volonté politique aussi à travers les différents Pag (Programme d’action du gouvernement) depuis 2016.

 

LIRE AUSSI: Église catholique au Bénin : Colère contre l’introduction de la cérémonie de sortie des jumeaux

 

Donc ce qu’il faut aujourd’hui c’est le renforcement de capacités de chaque acteur. Face à tel patrimoine, tel type de site comment l’aborder ? et qu’est-ce qu’il faut faire ? Tel est l’enjeu et c’est ce qui nous a motivé à intituler le séminaire en disant qu’il s’agit d’un « Séminaire de sensibilisation et de renforcement de capacités ».

Le Bénin compte 77 communes. Or moins d’une dizaine sont conviées à ce séminaire.

Ce n’est pas un choix exhaustif. Toutes nos villes regorgent de patrimoines comme l’a souligné un archéologue, par exemple le patrimoine historique mais enfouis, donc c’est une question de recherche.

Cela fait partie des défis à relever par le centre de compétences. Pour l’instant, pour des raisons de financement, nous avons pris en compte les communes en vue qui avaient été prises en compte par le projet.

Toutefois, le souhait c’est d’élargir ces séances de sensibilisation à toutes les communes du Bénin.

Laisser un commentaire

Top