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Vincent Foly : Point des hommages à l’intrépide journaliste

Vincent Foly promoteur du journal “La Nouvelle Tribune” a été emporté vendredi 3 septembre par le Covid-19 au centre de prise en charge d’Allada. Une vive douleur s’est emparée de ses amis‚ parents et confrères. Nombreux ont alors saisi la plume pour rendre hommage à l’homme âgé de 68 ans‚ qui ne pardonnera pas à la mort de l’avoir happé alors qu’il devait relancer son journal dont la suspension venait d’être levée.

De l’écrivain Florent Couao-Zotti aux professeurs Guy Ossito Midiohouan et Joël Aïvo qui a écrit depuis la prison‚ en passant par l’ancien président Boni Yayi et l’écrivain-essayiste Arnaud Éric Aguénounon‚ tous relèvent le côté sympathique‚ la rigueur professionnelle et l’intégrité du disparu.

 

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Vincent, le dernier combat !
Par Florent Couao-Zotti

Il est des gens dont on ne sait jamais comment s’est opérée, avec eux, la connexion, comment s’est manifestée la proximité intellectuelle et affective avec eux. Mais toujours est-il qu’on a l’impression qu’on les a toujours connus, que la complicité s’est toujours établie avec eux; et cela, de la façon la plus naturelle qui soit.

Vincent Foly était de ceux-là. Je me rappelle seulement qu’un jour ayant créé son Journal, La Nouvelle Tribune, il m’avait demandé une collaboration, juste un texte pour alimenter sa rubrique “chronique”. J’y ai, dès lors, pris du goût, me risquant parfois à des reportages plus fouillés à Ouaga, à l’occasion du FESPACO ou à Abidjan, lors de l’assassinat du Général Guéï ou encore à Lomé, lorsque la crise politique togolaise a jeté sur les routes de milliers de citoyens togolais. Car, à chaque fois que je m’étais retrouvé dans le feu ou l’entre-sac d’une crise, j’avais toujours eu comme réflexe de recueillir des éléments pour rédiger des articles de fond sur l’actualité et les faire publier dans ce quotidien.

Vincent Foly avait toujours eu une posture fondamentalement rebelle. On dit de lui qu’il fut “communiste”. Pour l’avoir connu, je savais qu’il avait un coeur qui penchait à gauche, à l’extrême gauche, qu’il avait tendance à défendre le petit peuple, à lui offrir son bras – que dis-je? – sa plume protectrice.

Il avait en sainte horreur les puissants, riches et politiques, ayant tendance à abuser de leurs pouvoirs pour opprimer le peuple. Un choix courageusement assumé qui faisait de La Nouvelle tribune, un journal taxé de “journal de l’opposition”. Mais, lui, disait avec sa sérénité habituelle, qu’il luttait et lutterait toujours pour la pluralité de l’information. Il en a payé le prix fort.

Maintenant, cher Vincent, que tu as enjambé le pont vers les eaux calmes de l’éternité, dis-moi en quelles mains tu as laissé ce journal qui renaîtra bientôt de ses cendres? Dis-moi si un jour un autre organe de cette tenue pourrait jouer ce rôle de poil à gratter? À qui laisserais-tu ces débats passionnés que tu faisais sur les plateaux de chaînes de télévision? Où entendrons-nous ta voix caverneuse, tes sourires narquois, ton sens de la répartie? Le journalisme à l’ancienne que tu faisais avec une plume établie, la preuve par les faits, l’exigence des sources, le croisement des informations, ce journalisme a progressivement laissé place aux torchons faits de rumeurs, de recherche du sensationnel, de la quête du buzz et d’autres racontars imbéciles.

Mais Vincent, tu as semé l’une des idées les plus géniales de la profession. Et tu en as laissé les traces indélébiles. Merci d’avoir été là. Merci d’avoir creusé le sillon. Comme on dit, si le bon grain fait toujours germer la bonne plante, il ne tient à la postérité que de l’arroser pour qu’elle produise le bon fruit.

 

Vincent Foly, compagnon d’aventure
Par Frédéric Joël AÏVO

Le vendredi 03 septembre 2021, la voix de Vincent Foly s’est tue. Avec la disparition de Vincent, la démocratie béninoise a perdu un allié intrépide, et la liberté de presse, un de ses plus vaillants défenseurs.

L’emblématique patron de La Nouvelle Tribune restera un modèle pour moi. Un modèle de fidélité et de loyauté à ses convictions, un modèle de ténacité. Car malgré la tempête, Vincent n’a pas abandonné ses idées, il n’a pas traversé la voie et n’a, à aucun moment, trahi ses engagements. Au contraire, même privé de son journal et empêché de faire son métier, Vincent durcit le cuir et réussit à reprendre son journal. Il n’aura hélas pas l’occasion de le faire paraître à nouveau, mais le journal est, grâce à sa ténacité, désormais libre.
Vincent aimait passionnément le journalisme et, privilège rare, le journalisme l’aimait aussi.

Le 15 juillet dernier, Vincent Foly a tenu à être à mes côtés lors de ma première comparution devant la CRIET. Il était donc là. Entre deux suspensions d’audience, il était venu me glisser dans les oreilles des mots de réconfort, d’encouragement et d’assurance pour l’avenir. Je m’en souviendrai toujours.

Je salue la mémoire de l’ami et rends hommage au grand professionnel des médias dont le dévouement et l’esprit de sacrifice marqueront notre génération et celles à venir.

 

Vincent Foly : Un homme, une histoire, un combat !
Par Arnaud Éric Aguénounon

Depuis l’année académique 1996-1997 au collège catholique père Aupiais, nous nous sommes croisés physiquement qu’une seule fois. C’était un soir où j’arrivais à Jéricho chez l’un de mes grands oncles pendant que lui partait de là. Je crois que cela se passait en 2012 ou en 2013, si mes souvenirs sont justes. Ce fut une rencontre à trois, devant le portail. Mon grand oncle me présenta comme jeune prêtre et écrivain, et Vincent Foly répliqua aussitôt : “qu’est-ce que tu attends pour m’envoyer tes textes”. Je lui ai rappelé son temps d’enseignement comme professeur d’Anglais au collège Aupiais, et il en était ému. Il me donna immédiatement son adresse mail et son numéro de téléphone.

Ces deux endroits à savoir le collège Aupiais puis ce domicile de Jéricho demeurent, jusqu’à sa mort subite, nos seuls lieux de rencontre. Je ne suis jamais allé chez lui, à la maison, ni à la rédaction de la Nouvelle Tribune -pauvre de moi, je remettais chaque à demain- mais pourtant il partageait avec moi presque tout du journal, de sa vie professionnelle et personnelle. Quelle confiance, quelle fraternité, et quelle simplicité ! Au fil du temps, nous nous sommes attachés l’un à l’autre par le travail intellectuel. Nos échanges téléphoniques étaient quasi quotidiens et duraient suffisamment longtemps; les échanges de mails étaient réguliers. Il me considérait comme collègue, un collaborateur extérieur, un ami sincère et un homme de foi. Jamais, il ne m’a traité comme un fils; il me trouvait mûr et précoce. Il me disait souvent qu’il se demandait si je faisais réellement partie de la génération qu’il avait tenue au collège Aupiais.
Vincent Foly est un homme de qualités rares. Au-delà de ses défauts, nous en avons tous, il était un homme de compassion, de grande culture, de dialogue, d’ouverture aux plus petits, et d’espérance. Il n’avait pas peur de la souffrance, et il a beaucoup souffert, il prenait le risque d’aider les autres, de promouvoir les plumes. Ces textes à lui portaient une marque particulièrement engagée. Profondément attaché à la démocratie et à la liberté de presse, il a lutté jusqu’au bout du bout. Il était ouvert à mes critiques, à mes remarques, à mes colères, mais il avait la grande liberté de sa plume d’éditorialiste de renom.
Je ne dirai pas plus, je perds un aîné loyal, un ami sincère et un Directeur de publication remarquable.

Ces derniers jours, j’ai perdu tragiquement deux grandes figures de ma jeune vie, mon grand oncle maternel (le jeune frère direct à ma grande-mère maternelle) l’ambassadeur Antoine Lalèyè, un soutien majeur de ma vocation, et puis, maintenant, Vincent Foly, un aîné précieux de mon engagement d’écrivain. Je suis vraiment dévasté et meurtri par ces différents décès de prêtres, de parents et d’amis proches !
Je pense à sa famille, et à la Nouvelle Tribune !
Je prie pour le repos de son âme !

 

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Une perte cruelle

J’ai appris ce soir vers 19h le décès brutal de Vincent Folly. Je suis très choqué. Attristé. Atterré. Il était un de mes amis les plus proches, intellectuellement, et nous avons partagé beaucoup de choses depuis plus de 30 ans.

Il s’agit là d’une perte cruelle pour toute l’intelligentsia dans notre pays où la pensée libre, la pensée critique est désormais en berne. Respect et admiration pour cet esprit brillant, cette plume affûtée et généreuse, ce grand défenseur des droits de l’homme. Requiescat in Pace!

Professeur Guy Ossito Midiohouan

 

Cette disparition est une grosse perte
Par Président Thomas Boni YAYI

C’est avec beaucoup de peine et de consternation que je viens d’apprendre la douloureuse disparition de Monsieur Vincent Foly, Directeur de publication de la « Nouvelle Tribune ».

Cette disparition est une grosse perte pour la République et le peuple béninois
Monsieur FOLY s’est investi totalement avec courage et abnégation, dans la restauration et l’approfondissement de la Démocratie et de l’Etat de Droit de la personne humaine.

Je profite de cette occasion pour présenter au nom de mon Epouse de Souza Chantal, mes condoléances les plus attristées à la famille FOLY, à la République et à tout le Personnel de la « Nouvelle Tribune ».

Je souhaite de tout cœur que les chandelles de la liberté de presse et d’expression défendues par l’illustre disparu, icône du journalisme de qualité, soient entretenues pour le bonheur du peuple béninois.
Puisse le Père céleste, le Grand

Miséricordieux, accueillir Monsieur Vincent Foly dans sa félicité et sa lumière éternelle.

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