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Vodun Lowunvo : Au service de l’Homme, un gardien de la nature

’Lowunvo’’ est une divinité située à Agonvè, un village de l’arrondissement de Lokossa-centre. La forêt sacrée dans laquelle baigne son temple est un rare écosystème où des arbres multi-centenaires et des espèces animales menacées vivent paisiblement. L’histoire de l’érection de ce vodun est alléchante. Ses fonctions drainent du monde. Les lieux ont donc justement bénéficié de travaux confortatifs dans le cadre du projet Cirtoum sur financement de l’Union européenne.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Unique par sa forêt et sacré de par la déité qu’il abrite, le site de Lowunvo’do (littéralement, « le trou de la divinité ‘’Lowunvo’’ ») est une richesse que Gi-Mono a décidé de valoriser. Le Groupement intercommunal du Mono l’a intégré à son projet de création d’un Circuit touristique dans la commune. Une partie du financement accordé par l’Union européenne au projet Cirtoum a été alors dirigé vers ce site. Comme tous les autres sites concernés, cette réserve forestière atypique a bénéficié des travaux de réhabilitation. Dans ce cadre la voie d’accès au temple a été aménagée et une paillotte moderne construite au milieu des arbres sert de lieu d’attente pour les usagers. Ses murs sont d’ailleurs bourrés d’images illustrant l’érection du maître des lieux, le vodun ‘’Lowunvo’’. L’actuel prêtre, le nommé Marius Hounto Houdé n’oublie pas le calvaire enduré avant ces travaux. « Moi, je suis très content. Où trouverions-nous nous-mêmes de l’argent pour ériger une paillotte ici ? Je suis très content. Regardez par exemple la voie d’accès. Avant d’accéder à ce temple, c’était toute une croix. Quand les personnes porteuses de handicap arrivaient, nous allions les porter dans le bras ou au dos jusqu’au temple. J’avais dû construire un passage de fortune en bois. Aujourd’hui moto, véhicule et piétons…tous peuvent accéder facilement à la forêt. Nous sommes très reconnaissants envers Gi-Mono et l’Union européenne », confie-t-il avec un large sourire.

Un site craint ! Cela explique l’intégrité de la forêt. Pas de coup de machette ni bruit autre que celui du vent. Le calme est pénétrant. Traqués et tués ailleurs, ‘’Lowunvodo’’ est le seul refuge sûr des espèces animales dans la zone. Elles profitent paisiblement de l’ombre des géants arbres dont des irokos, qui s’élèvent à perte de vue dans le ciel. Des varans se laissent voir en train de flâner en plein jour, ils vont jusqu’à se faufiler entre les pieds des visiteurs. Ils sont assez sereins et sûrs qu’aucun mal ne leur sera fait. Des écureuils, des reptiles, des agoutis aussi s’y trouvent. « Cette forêt ne disparaîtra pas. Personne ne s’aventure ici pour couper quoi que ce soit. Quiconque animé d’une mauvaise intention ne peut, même les yeux ouverts, retrouver les sentiers qui mènent ici. Il courra et s’enfuira de lui-même. ‘’Lowunvo’’ lui-même est gardien de son refuge, un vodun doux mais qu’on ne tente pas », assure Marius Hounto Houdé.

« C’est maintenant que j’ai la paix !»

La forêt sacrée de la divinité Lowunvo est un vaste domaine de 3ha 94a 25ca. Elle fait partie des sites Ramsar 1017 et 1018 du Bénin. Elle n’était ni sacrée ni une forêt au départ. Il était question jadis d’un simple champ où l’aïeul Afanoukpè Agonmamou cultivait notamment du maïs. « Nous avions des divinités à la maison. Avant de devenir vodun, ‘’Lowunvo’’ qui ne s’appelait pas tel, était un « bo » dont il se servait au champ », raconte Hounnon Marius Hounto Houdé. Mais un jour, l’histoire prendra une nouvelle tournure, lorsque déposé près d’une termitière, Agonmamou viendra voir à la place de son « bo » une feuille, du ‘’ata’’ et du ‘’vi’’. Fâ, la clé divinatoire pour percer les mystères a été questionné. « Quel message ce truc voulait-il transmettre ? La consultation a révélé qu’il souhaitait être érigé comme vodun, un vodun Dan ». Alors, de quoi et quoi aura-t-on besoin ? Pas grande chose. Le futur vodun a tout planifié et tout prévu. « Des gens se réunissent. A l’endroit même où ils ont commencé par creuser, a été retrouvé dans le trou une caisse en bois qu’ils ont exhumée. Surprise ! la caisse, une fois ouverte, était remplie de boissons (Gin ancien). Au milieu des bouteilles, un bol contenant du « ata, akanmu, vi et azôma ». Sans plus rien acheter d’autres, ce sont ces ingrédients qui ont servi à l’érection de ce vodun », raconte minutieusement le prêtre. ‘’Lowunvo’’, « c’est maintenant que j’ai la paix !», s’exclamera l’aïeul Afanoukpè Agonmamou. Mot qui restera comme nom à la divinité. En s’y rendant les populations disent « Nous allons au « trou » de ‘’Lowunvo’’, pour désigner la pente que représente le paysage par rapport au goudron.

Hounto Houdé Marius‚ actuel prêtre de Lowunvo

Hauts faits

N’est pas prêtre de Lowunvo qui veut. « On est choisi par le Fâ. La consultation se déroule publiquement, en présence de toute la famille. J’ai été choisi il y a six ans », précise Hounnon Marius Hounto Houdé. Des dignitaires, la divinité en a connus de nombreux. Depuis le grand-père Afanoukpè Agonmamou, le tout premier ; il y a eu entre autres Montcho Ganyé, Ganyé Tété, Hounto Houdé, Hounsougbé, Boko Dossou, Boko Loko, Bosso Aglo, Bosso Adindô et Kakpo Bassa.
Des preuves de la sacralité et de la divinité de Lowunvo, son prêtre ne tarit pas à raconter aux curieux. « On peut venir ici et voir beaucoup de moutons en train de brouter, ou des canards ou des pagnes étalés partout dont on ignore le propriétaire. Personne ne sait aussi quand ils seront ramassés. Tout disparait après. Un jour, raconte notre aïeux, il n’avait rien pour célébrer le nouvel an avec. Mais arrivé sur le site, il voit une bassine remplit de vivres, une chèvre non attachée à côté. Il a attendu longtemps qu’un propriétaire passe récupérer les choses, mais en vain. Il a alors décidé d’emporter la bassine à la maison pour alerter la famille. Il fut alors surpris de voir la chèvre aussi le suivre ; il l’a chassée vainement. La bête l’a suivi jusqu’à la maison. Il les présenta alors à son père. Ce dernier de lui révéler que c’est un don de Lowunvo en guise de cadeau de fête. Il n’a pas voulu sacrifier la chèvre puisque séduit par sa docilité. Il a choisi de l’élever afin qu’elle se reproduise. Mais, cela n’est jamais arrivé. Il a dû finalement l’immoler », rappelle le Hounnon.


Un vodun adoré se définit aussi par les services qu’il rend à la communauté. S’agissant de Lowunvo, ses bienfaits sont multiples, et il est impossible de constituer le répertoire de ses bénéficiaires. Ils viennent quotidiennement de tous les horizons, qui pour élucider des situations confuses, qui d’autres pour soumettre telle ou telle requête. « Lowunvo délivre les captifs de sorcellerie, enchaîne les vodun malfaisants. Il y a ici une prison pour hommes et vodun. Mais un esprit non illuminé ne peut voir que de gros arbres. Lowunvo ouvre aussi les portes de prospérité, de fécondité. Il accomplit tous les désirs positifs qu’on lui confie. Les enfants qu’on a eus en venant ici sont inestimables, nombreux sont plus âgés que moi », déclare le sexagénaire Hounnon.
Le défi aujourd’hui, croit Pacôme Comlan Alomakpé, gestionnaire du patrimoine culturel et chargé de programme du projet Cirtoum, est de renforcer la forêt par l’apport d’autres espèces végétales.

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