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Voyage d’un chef d’État à l’étranger : Coût et coulisses de l’organisation

Comment se passe le voyage d’un chef d’État à l’international ? Qui sont les membres de la délégation qui l’accompagne ? Combien cela coûte au minimum aux contribuables ? De loin les citoyens ont bien l’impression qu’un mythe est entretenu autour de ces questions. Du volet sécuritaire au dispositif logistique en passant par la garde rapprochée, beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte pour un voyage réussi.

Par Donatien Fernando SOWANOU (Stag.)

Un chef d’État en fonction effectue généralement quatre types de voyages : la visite privée, la visite d’État, la visite de travail et la visite officielle. « La visite privée d’un chef d’État relève de son bon vouloir et de ses intérêts personnels dans le pays hôte. La visite d’État quant à elle, c’est le cas le plus exceptionnel. On voit très souvent le chef d’État du pays hôte aller accueillir son homologue à l’aéroport compte tenu de l’importance qu’il y a autour », explique l’expert en gouvernance Joël Ataï Guèdègbé.

La visite de travail constitue un «rendez-vous lié à la fonction», apprend-il. Le cas récent est celui de la visite de Patrice Talon à Paris les 29 et 30 août où il a rencontré les entrepreneurs français. « Cette visite n’implique pas la rencontre des deux chefs d’État», souligne l’expert en gouvernance. Quant à la visite officielle, elle se présente comme une audience avec son homologue ; cela prend la plupart du temps la forme d’un «tête-tête».

 

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Mais Morgan Assogba Metondji est d’avis contraire. Le consultant et analyste géopolitique pense qu’un président de la République n’effectue, en réalité qu’un seul déplacement : « Techniquement parlant, il n’a qu’un seul déplacement. Il s’agit d’un déplacement officiel ». De son point de vue, le chef d’État «peut se déplacer pour des rencontres institutionnelles, périodiques et internationales. Ceci met en évidence la coopération multilatérale », résume-t-il.

S’il est une évidence, c’est que quel que soit le type de déplacement, le chef de l’État est toujours accompagné. Il se pose alors la question du nombre de membres composant la délégation. En la matière, impossible d’évoquer un nombre exact. Autrement, la liste est non exhaustive, insiste le diplomate Éric Franck Saïzonou. «La délégation qui accompagne un chef d’État dans un voyage varie en fonction des pays, des objectifs et de la nature des voyages», précise-t-il.

Toutefois, il est possible d’avoir une idée des corps possibles qui peuvent se retrouver sur la liste des membres de la délégation. On y rencontre entre autres des «ministres, collaborateurs directs du président de la République, des techniciens des ministères concernés par le voyage, un officier personnel, un médecin réanimateur, un garde du corps en civil mais armé », énumère Joël Ataï Guèdègbé. Il insiste que la liste est extensible compte tenu des enjeux de la visite. Ainsi, «Il peut arriver qu’on ajoute des hommes d’affaires, des députés, des personnes de la société civile et toute autre personne que le chef de l’État souhaite qu’il l’accompagne», élargit l’expert en gouvernance.

 

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Les personnes ressources approchées sont unanimes que dans le cadre d’une visite de travail, un nombre restreint de personnes est recommandé pour suivre le président de la République. Il peut aussi arriver que «le pays hôte sélectionne les participants à la table de travail». Dans le lot, l’analyste géopolitique Morgan Assogba fait observer que seul «le ministère des Affaires étrangères est de tous les voyages d’un chef d’État».

Coulisses

Quel que soit leur nombre, chacun des accompagnateurs autour du chef de l’État joue un rôle, qui diffère suivant le titre auquel le chef du protocole leur fait appel. Des rôles insoupçonnés et officieux peuvent bien être pourvus. C’est pourquoi le goût personnel du président concerné peut déterminer la présence de tel ou tel membre. Dans ce cas par exemple, la gastronomie peut se mélanger à la diplomatie, relève Joël Ataï Guèdègbé. À titre illustratif, il fait allusion à « l’ancien président Boni Yayi qui aime beaucoup l’igname pilée », de sorte que « l’on était obligé parfois de faire déplacer un cuisinier dans sa délégation spécialement ». Il cite aussi le prince Charles, désormais roi de l’Angleterre qui « se déplace avec sa toilette (WC) personnelle ».

Il peut être prévu également une maîtresse qui se charge du look vestimentaire du président. Mais ce n’est pas le cas avec Patrice Talon. Le chantre de la Rupture « Lui tient beaucoup aux plis de ses pantalons. Donc lors de ses déplacements il ne se sépare pas de son fer à repasser et lisse personnellement ses vêtements », confie une source proche de l’homme.

Jusque-là le Bénin ne dispose pas d’un avion présidentiel. Lorsque Boni Yayi a été porté à la tête de l’Union africaine, il a fallu que l’Union européenne mette à sa disposition un avion pour lui faciliter ses déplacements. Sinon, il était obligé de se rendre au Togo, afin d’emprunter le même appareil que son homologue lorsque les deux avaient en commun la même destination. À défaut, il devait se rabattre sur un vol commercial.

Côté financier, le voyage d’un chef d’État est aussi une question d’argent. Ce sont des centaines de millions qui sont injectés. Des sources crédibles avancent le chiffre de cinq cents millions de franc Cfa au minimum dépensés lorsqu’un président de la République doit voyager.

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