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Jean-Michel Abimbola : Sans fioriture

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Il risque d’être furax si l’on détaille son bureau. Assez sobre, il est décoré à la mesure de la simplicité, du goût et de la culture de son occupant. Des masques en sculpture, délicatement posés contre le mur. Des portraits photos disposés par endroits. Des lots de livres en édition de poche ou non disposés sur le guéridon du petit salon d’à côté. Il aime la lecture. D’un pas assuré et un bloc-notes dans la main, il vient s’asseoir en face. Fin, frais et soigné, il semble avoir perdu son style vestimentaire d’autrefois, costume cravate bien soigné. Dans une tenue traditionnelle. Une présence, une plaisance, pas une gravité. Et comme pour déconstruire la distance et entretenir la confiance, il lance : “Je suis à vous, dites-moi tout”. Il ne cesse de parler avec cette voix un peu voilée, mais enjouée et rassurante à la fois. Avec un art consommé de la conversation, il dit beaucoup de choses. Tout comme il se définit comme un béninois ancré dans l’histoire et la culture de son pays. Il admet : “Je suis fier de la culture yoruba dont je suis comme d’autres, dépositaire”. Ou mieux fait une légère mise au point quand d’entrée, la méprise est commise en l’appelant “honorable député’’. « Je préfère député tout court. C’est un complexe d’infériorité de se faire appeler ainsi. C’est pour flatter l’égo. Je préfère être honorable dans le concret que dans le titre », explique-t-il. Pour Babalola Jean-Michel Hervé ABIMBOLA, ce n’est pas un choix de fausse modestie. Encore moins par besoin forcé d’humilité ou par goût du paradoxe. L’homme est ainsi. Non qu’il soit mutique, rétif ou énigmatique comme il en donne l’air. Mais toujours le même, toujours pathétique. Bien sûr, à l’image de sa silhouette inchangée, identifiable entre mille. Du moins en remontant la courbe du temps et en situant l’apparition publique de celui dont le personnage se décompose entre compétences d’économiste, qualifications de gestionnaire et responsabilités politiques.

Une enfance aux attributs romanesques

Son enfance à défaut d’être racontée aux chérubins à la tombée de la nuit, fut tout de même particulière. Babalola Jean-Michel Hervé ABIMBOLA voit ainsi le jour le 16 juin 1966 à Porto-Novo. De ABIMBOLA Adébayo Ananie et de Claire Colette ALAPINI, tous deux infirmiers et diplômés de l’Ecole des Infirmiers d’Etat de Dakar où leur amour naquit. En septième position d’une fratrie de dix. Dans la malle du grenier de son enfance, des attributs du romanesque : une éducation rigoureuse et austère, un cocon familial confortable mais ascétique, des études primaires entre trois quartiers populeux de Cotonou. Tout petit, il a le bagou de sa mère et la singularité intellectuelle de son père. Et à peine, son cursus secondaire entamé au Collège Père Aupiais, ses parents furent interpellés, incarcérés et torturés. Trois mois plus tard, ils furent relâchés. “Ils sont pris pour des antirévolutionnaires par le régime autoritaire de l’époque”, explique-t-il. A cette époque, son père était déjà un des opérateurs économiques les plus prospères du pays. Surtout pour avoir créée déjà en 1965, la Grande Blanchisserie Dahoméenne (GBD) spécialisée dans le blanchissage du linge des collectivités et devenue la GBB. “A défaut de vivre cela comme un traumatisme, cet épisode m’a alerté sur les affaires publiques et la politique”. A cette époque déjà, le jeune Jean-Michel Hervé était éveillé, sérieux, ambitieux. Destination, Dakar au Sénégal ensuite Paris, où il décroche en 1986 son Baccalauréat B (Economique). Désormais, son ambition est de croquer le monde, certainement pas de le changer. Au bout de 05 ans il chevauche entre l’Ecole Supérieure Libre des Sciences Commerciales Appliquées et l’Ecole Supérieure de Commerce et de Gestion.” Tout le temps où j’étais à l’étranger, je n’étais pas déconnecté de mon pays. Je revenais chaque année”, glisse-t-il pour convaincre de son attachement pour le Bénin.

Promis à l’économie et la gestion, il rêve de politique

Il rentre au pays en 1998 en démissionnant de son poste de Directeur Commercial à Hertz Soprès, le premier franchisé français du numéro 1 mondial de la location de véhicules. Et pourtant, pour Paris, il ne boudait pas cette trépidation intérieure et une brutale convoitise. Son père, lui, brûlait de le voir à la tête des entreprises familiales. Surtout qu’il s’était déjà engagé en politique et élu député de la première législature de l’Assemblée Nationale avec le Rassemblement National pour la Démocratie (RND) crée en 1990. Tout comme en 1974, il créa les Pansements du Dahomey (PANDAH) devenus la Société des Pansements du Bénin (Sopab SA). Il s’agit d’une industrie pharmaceutique de fabrication d’articles de pansements à partir du coton brut béninois dont les produits sont exportés dans 15 pays en Afrique. “Malgré une situation stable et un bel emploi en France, je suis revenu au pays. Je n’étais pas obligé sauf moralement”, commente Babalola Jean-Michel Hervé ABIMBOLA. Pendant six ans, il se consacre à la direction de ces deux entreprises. Ce qui lui a permis de faire des incursions au Conseil des Investisseurs Privés du Bénin (CIPB) et ensuite à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin (CCIB) où il devient Conseiller technique à l’industrie du Président de l’Institution. Il travaille sur le projet de la Zone Franche Industrielle avant de devenir le Directeur de l’Agence d’Administration de ladite zone après un appel à candidature lancé en 2004. Nouvelle expérience pour un jeune si prévenant et si avenant dans le secteur industriel. Jean-Michel Abimbola a le verbe très mesuré. “Je faisais la politique sans rêver plus loin. Je ne me projetais pas comme un élu”. Sa rencontre avec l’ancien Président de la République le précipita dans l’arène politique. Il s’en souvient. Au lendemain de son investiture Boni YAYI eut à effectuer une visite d’amitié et de travail au Nigéria. Sur le chemin du retour, il fit une escale sur le site de la Zone Franche Industrielle. Présentation lui est alors faite sur la promotion et la gestion des zones géographiquement délimitées et des points francs au Bénin pour l’investissement industriel. A la fin, Issifou Kogui N’Doro membre de la délégation présidentielle et ministre de la défense nationale d’alors souffle avec malice : “Je ne savais pas qu’il existe encore de brillants jeunes au Bénin”.

Un inattendu parcours politique mais riche

Ce brillant jeune sera invité le lendemain à la Présidence de la République. Boni Yayi lui réserve un poste de conseiller technique à l’industrie. Finalement il demeure à son poste de Dg de la Zone Franche. “Mais depuis ce jour, il m’a pris en sympathie et avec lui j’ai les relations les plus agréables. C’est ainsi qu’en tant que conseiller officieux, j’ai participé à ses premiers voyages aux Emirats Arabes Unis et en France”, a-t-il détaillé avant d’ajouter avoir travaillé sur deux dossiers d’envergure du régime : l’Agence des Grands Travaux et le Conseil Présidentiel pour l’Investissement. C’est donc le début d’une belle collaboration politique. Mais en 2008, son père, pendant qu’il était député de la cinquième législature, meurt à la suite d’une crise cardiaque. “La mort brutale de mon père ne m’a pas laissé tellement le choix. Désormais, c’est une évidence. Je rentre en politique”. Les choses se précipitèrent et l’étau du monde politique se resserrait autour de lui. En novembre 2009, à l’issue d’un congrès extraordinaire, il prend la présidence du Rassemblement National pour la Démocratie (RND) qu’il engage dans la bataille électorale pour la réélection de Boni YAYI. En Mai 2011, il est nommé Ministre Délégué auprès du Président de la République Chargé de l’Economie Maritime, des Transports Maritimes et des Infrastructures Portuaires et Porte-parole du Gouvernement, après avoir été élu député à l’Assemblée Nationale. Mais en janvier 2012, la polémique enfle autour du Programme de Vérification des Importations. Dans la foulée un remaniement technique le fait atterrir au poste de Ministre de la Culture, de l’Alphabétisation, de l’Artisanat et du Tourisme.

Des relations avec Boni Yayi et Patrice Talon

“C’est à cette époque que les choses ont commencé par se détériorer entre mon mentor politique Boni YAYI et moi. Et pour moi, c’était une bonne chose d’avoir quitté l’économie maritime. Si j’étais resté, j’aurais été entaché”, a-t-il clarifié. Ses tentatives de se désolidariser de la gouvernance furent vaines. S’ensuit ce qu’il appelle aujourd’hui “le coup de Jarnac” d’une ancienne ministre lors des dernières élections législatives. Mais, il finit par démissionner immédiatement après la proclamation des résultats. Pourquoi ? Silence, soupirs, il baisse la tête et déclare quelques secondes après : “J’estimais que je n’avais plus ma place dans le gouvernement”. Mais pourquoi avoir soutenu le candidat du président lors de la présidentielle de 2016 ? Il répond : “J’assume ce choix. Je n’en dirai pas plus parce que je suis un homme de couvent”. Réélu depuis juin 2015, député dans la 22ème circonscription électorale, il est le Président de la Commission du Plan, de l’Equipement et de la Production. Aussi influent dans le dispositif politique de l’actuel Président de la République au point d’en devenir un collaborateur privilégié et loyal. “Entre Patrice Talon et moi, c’est une affaire d’amitié et de fraternité. En plus, je suis en phase avec l’homme. Nos compréhensions du monde et nos intelligences sont compatibles”. Il rappelle en guise de témoignage de cette amitié, cette visite de l’homme à son hôtel parisien en septembre 2015 lorsqu’il se préparait à se déclarer candidat à la présidentielle de 2016. En tout cas, celui qui ne peint pas en noir le régime Boni YAYI mais estime qu’on aurait pu beaucoup mieux faire, se dit “candidat à la candidature” pour les législatives du 28 avril prochain. Pour la troisième fois. A cet effet, il est un membre actif du Bloc Républicain. Pour lui, Patrice Talon remplace l’émotivité de Boni YAYI par l’organisation et la méthode dans la gouvernance. Marié et père de deux enfants, il sait être réservé et se force de ne déclencher la colère de qui que ce soit en premier. Mais, il sait aussi être obstiné et cassant parce que mesuré et froid par nature. Lui, il parle de rigueur. Celle dont ont besoin les entreprises familiales au ralenti : “Actuellement, elles vont mal. Depuis le décès de mon père, le règlement des problèmes de succession est en cours ; J’attends que la justice tranche avant de pouvoir investir”, a conclu Babalola Jean-Michel ABIMBOLA avec la promesse de poursuivre la lecture de son actuel livre de chevet : “D’un perchoir à l’autre” qui lui a été dédicacé par son auteur le Président Adrien HOUNGBEDJI.

Par Modeste TOFFOHOSSOU

 

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