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Sandra Idossou, activiste : “on a interdit et continué par fermer les yeux sur ceux qui produisent les sachets”

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Sandra Idossou, présidente de l’association “Sachet Héloué” est très connue dans le combat contre les sachets plastiques. Elle parle ici de cette lutte, insiste que les sachets plastiques représentent un poison et déplore surtout la passivité après le vote de loi les interdisant.

Propos recueillis par Céline ADANOUDE (ext.)

 

Bénin Int: D’où est venue l’idée de faire la guerre contre l’utilisation des sachets en plastique non biodégradable ?

Sandra Idossou : J’ai été confronté personnellement à une situation familiale à la maison où en cherchant de l’akassa en feuilles, j’ai été obligé de céder à la facilité d’offrir à une tante qui était malade à la maison, de l’akassa emballé en sachet. Et donc ce ”akassa” chaud, elle l’a mangé devant moi en sachant que moi-même ça fait des années que je vis sans sachets plastiques. Donc quand j’ai été confronté a ce besoin d’offrir cet ”akassa” emballé dans le sachet plastique, je me suis dit qu’il était temps de se réveiller et de chercher de solution parce qu’on ne pouvait pas continuer par se taire face à ce fléau. Surtout quand on sait que le sachet plastique fabriqué à base du pétrole, une fois en contact avec la nourriture, intoxique les aliments. A un moment donné, face à cette situation, j’ai lancé une pétition une nuit où j’avais du mal à dormir par rapport à ce fléau, parce que je me suis dit qu’ensemble on pouvait trouver une solution. La pétition a été la genèse de cette campagne alors que moi je n’avais pas prévu de mener cette campagne même si personnellement j’avais toujours fais attention à l’environnement et à l’utilisation des sachets plastiques.

Pourquoi ce nom ”sachet héloué’’ et comment arrivez-vous à gérer cette campagne de sensibilisation vu l’ampleur qu’a pris le sachet plastique sur le marché et dans les habitudes ?

En langue Fon “héloué” est une interjection que nous utilisons face à un danger ou à une catastrophe. Moi je cherchais un terme qui montrerait vraiment le côté malédiction parce que le sachet utilisé aujourd’hui te suit sur plusieurs générations, il sera là. C’est exactement comme une malédiction. En cherchant un mot fort dans notre langue locale, nous sommes partis pour “sachet héloué”.

La loi interdisant les sachets non biodégradable votée et promulguée en République du Bénin, en ses articles 4 et 5 stipulent respectivement que : « les opérations de production, d’importation, de commercialisation, de distribution et d’utilisation des sachets en plastique non dégradables », « le déversement, le jet des sachets en plastique dans les rues et autres lieux publics, en milieu urbain et rural, dans les infrastructures des réseaux d’assainissement, dans les cours et plans d’eau et leurs abords, par-dessus bord des véhicules sont interdits ». Depuis son vote rien n’a bougé. Comment peut-on venir à bout des sachets plastiques au Bénin ?

D’abord je voudrais faire la précision que nous, nous sommes contre les sachets sous toutes ses formes, que ce soit le sachet biodégradable ou oxodégradable. Tout simplement parce que le sachet plastique pour nous est un danger. Nous ne voulons pas rentrer dans le débat par rapport à la biodégradabilité parce qu’ils ne le sont pas. Ces sachets se défragmentent dans la nature mais la matière qui est utilisée pour le fabriquer reste toujours sous nos terres. Donc pour nous ça continue par être un ennemi pour notre environnement et c’est pour ça que nous nous sommes contre le plastique. Nous faisons la promotion en demandant à nos populations d’utiliser toutes sortes d’emballage mais autre que le sachet.

Alors comment peut-on stopper l’utilisation du sachet ?

Il y a plusieurs facteurs :
-il faut de la sensibilisation.
Vous savez que les habitudes ont la peau dure et les sachets plastiques ça fait 30 ou 40 ans que nous les utilisons au quotidien dans nos maisons, partout. Donc cela passe par la sensibilisation surtout pour que les populations comprennent que c’est d’abord pour leur propre santé qu’elles doivent éviter d’emballer leurs nourritures dans le sachet plastique. Ce sachet une fois jeté dans la nature, va causer beaucoup de tords pendant 400 années au moins. Le sachet qui bouche nos canalisations, cause le paludisme parce que ces canalisations bouchées regorgent tous ce qu’on a connu de moustiques. Une fois sous la terre, il la rend infertile. L’espèce marine sera menacée compte tenu des dégâts causés par les sachets dans les océans… Alors c’est pour toute ses raisons qu’il faut sensibiliser premièrement.

En tant que citoyen, aujourd’hui nous avons la chance que la loi nous a offert un cadre juridique. Donc il est important que nos autorités qui sont en mesure de faire respecter cette loi, prennent leur rôle sérieusement. On ne peut pas dire qu’on a interdit et continué par fermer les yeux sur ceux qui produisent, commercialisent le sachet alors que la loi prévoit effectivement des peines d’amandes pour toutes ces personnes qui ne respectent pas les lois. Je pense que c’est important que nos autorités poussent ces commerçants producteurs à respecter les lois.

Pourquoi votre cible principale est la ville de Cotonou, qu’en est-il des autres villes, ne sont-elles pas aussi concernées ?

Nous ne sommes pas du tout limités à Cotonou. Mais d’abord il est à remarquer que nous sommes une association. Étant une association sans financement particulier, toutes les activités que nous menons viennent de nos proches, des proches de nos amis et de quelques entreprises qui nous accompagnent. Malheureusement nous ne pouvons pas aller par exemple au nord et mener une campagne sur un mois sans financement. Le projet au début c’était de faire toutes les communes du pays. Nous avons réussi a faire des éco-running dans des villes autres que Cotonou. Nous avons été à Porto-Novo, Calavi, Dassa, Bantè…Donc nous essayons d’aller à l’intérieur du pays quand on a de l’accompagnement dans ses initiatives.

Récemment vous avez lancé une campagne dénommée ‘’200 poubelles’’. Quel est le but ?

C’est bien de dire que notre pays est sale, c’est bien quand on fait les eco-running et on ramasse les sachets plastiques. Les populations nous disent que ce serait mieux d’avoir des poubelles. Donc on a lancé une première phase pour cette campagne pour pouvoir doter nos villes de 200 poubelles. Ça paraît petit mais c’est le geste qui compte. Montrer que les populations peuvent se mettre ensemble pour offrir des cadeaux à notre pays. C’est l’objectif de cette campagne. Nous avons réussi aujourd’hui à mobiliser de l’argent pour offrir 200 poubelles que nous sommes en train de distribuer à certaines communes. Notre objectif est que bientôt nous serons en mesure de lancer une deuxième phase et de recueillir probablement 500 poubelles pour doter plus de villes.

Un message pour les béninois par rapport à l’utilisation des sachets plastiques

Mon message est très simple : le sachet tue. Il n’a pas l’air mais ça paraît très simple, pratique mais il tue. Le sachet tue parce que petit à petit, il nous rend malade. Quand nous prenons la bouillie chaude, l’akassa chaud emballé dans un sachet, petit à petit nous sommes en train de nous empoisonner. Pour tous les béninois, il faut qu’ils sachent que les sachets nous détruisent, qu’ils comprennent que c’est pour leur propre santé qu’ils doivent dire <<Sachet Héloué>>.

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