Home Actualité Carmen Toudonou, écrivaine : « Les femmes sont des personnes très résilientes »

Carmen Toudonou, écrivaine : « Les femmes sont des personnes très résilientes »

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Le statut et la condition des femmes ne font pas unanimité. Au Bénin, elles n’occupent ni une place subalterne ni une place de choix. C’est l’opinion de l’écrivaine Carmen Toudonou, promotrice du concours ‘’Miss Littérature’’. Dans cet entretien réalisé à l’occasion de la 27ème édition de la Journée internationale de la femme (Jif 2022), elle se prononce sur la représentativité de la femme en politique, l’investissement dans l’éducation des filles et fait une suggestion quant aux micro-crédits octroyés aux femmes.

Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN (Coll.)

 

Bénin Intelligent : Être un leader, c’est avoir du charisme. Et susciter en l’autre la persévérance et la sérénité. Pour vous y a-t-il d’autres définitions qui explicitent mieux le concept ?

Carmen Toudonou, écrivaine: Vous avez bien défini le terme. Sans entrer dans un académisme inutile, je pourrais dire, pour compléter, que le leader qui mérite ce nom, c’est bien celui-là qui donne envie à l’autre d’avancer à son instar, sans chercher à s’imposer. En d’autres termes, il devrait y avoir quelque chose de naturelle dans le leadership de mon point de vue.

Au Bénin, la béninoise occupe-t-elle une place de choix ?

Je n’ai pas la nette impression qu’en ce qui concerne le leadership, la béninoise soit très bien positionnée. Les statistiques le prouvent à suffisance, et explicitent cette difficulté des femmes du Bénin à s’illustrer en modèle. Le dicton qui dit que ”derrière un grand homme, se cache une grande femme” a la peau dure au Bénin.

Étant à l’ère de l’éclosion des concepts de féminité. Peut-on toujours dire que les femmes sont victimes de tous les maux ?

L’on ne peut pas dire que la femme est victime de tous les maux. Mais l’on ne peut pas dire non plus qu’elle est aux anges au Bénin. En fait, l’on doit aux combats des féministes des acquis importants comme le droit de vote pour les femmes, la scolarisation des filles au même titre que les garçons … Voilà des choses notables qu’il ne faut pas occulter. Il faut également garder à l’esprit qu’il est important de sauvegarder ces acquis et d’en obtenir d’autres encore, notamment sur le plan de la lutte contre les violences faites aux femmes.

L’image de la femme béninoise marginalisée, discriminée, telle que certains médias et associations laissent croire, reflètent-elles la condition de la femme au Bénin ?

Je n’ai pas de chiffres là-dessus. Mais s’il se commet des faits rédhibitoires, et si ces faits sont documentés par des médias ou des associations, l’attitude appropriée est d’en prendre acte.

Qu’est-ce qui serait à la base du fait que l’image de la femme dans la société béninoise essuie plus de critique quand il y a lieu de parler de harcèlement sexuel ?

Le harcèlement sexuel est un phénomène qui implique une relation verticale. Il s’agit donc d’une pression d’un responsable hiérarchique pour obtenir des faveurs sexuelles. Sachant que les postes de décision sont en général aux mains des hommes, eh bien, la vulnérabilité des femmes est chose évidente dans cette occurrence.

À part les pesanteurs socio-culturels, qui font que les femmes ont du mal à accéder à des postes décisionnels, quelles sont les autres difficultés qui font que la condition de la femme reste inchangée ?

En général, les femmes sont peu fortunées et s’engager en politique aujourd’hui suppose que l’on a une base financière solide. Par ailleurs, le monde de la politique est un monde où les gens ne se font pas de cadeaux, un monde impitoyable qui, de mon point de vue, sied souvent trop peu au caractère plutôt maternel des femmes, y compris celles qui n’ont pas donné la vie.

L’Institut national de la femme (Inf) a pour but de restaurer l’image de la femme tant souillée. Mais jusqu’aujourd’hui rien n’est encore remarquable en termes d’action. Pourquoi les choses ont du mal à prendre au niveau des grandes institutions pour favoriser la représentativité de la femme tant attendue selon vous ?

Je pense que le fait d’avoir institutionnalisé cette structure et de l’avoir installé est déjà un acquis. Il faut laisser le temps à cette structure, afin qu’elle prenne ses marques, et qu’elle s’installe dans le microcosme institutionnel du Bénin comme une sentinelle veillant sur la cause des femmes.

Les statistiques sur le développement montrent que l’investissement dans l’éducation des femmes entraîne des bénéfices exponentiels pour l’ensemble de la population d’un pays. Pourquoi ? Les femmes sont-elles meilleures gestionnaires en matière de finance ?

Le souci est que les investissements dans le domaine de l’éducation bénéficient aujourd’hui plus aux garçons qu’aux filles. En général, lorsque les familles ont le choix entre scolariser un garçon ou une fille, elles choisissent le premier et déscolarisent la fille. Voilà pourquoi il est logique que l’accompagnement de l’éducation des filles favorise tout un pays. Pour ce qui est de la gestion des finances, il est courant d’entendre dire que les femmes gèreraient mieux que leurs congénères hommes. Je ne dispose d’aucune statistique pour le prouver.

Certains systèmes de micro-crédits ont été particulièrement bénéfiques pour les femmes. Croyez-vous que de tels programmes pourraient renforcer l’autonomisation des femmes ?

Absolument, je le pense. Et je pense aussi qu’il faut mettre l’accent, mieux que par le passé, sur la formation de ces femmes bénéficiaires, en vue de bonifier toutes les aptitudes naturelles de gestionnaires qu’elles ont de façon innée ou acquise, et de combler leurs lacunes.

Pourquoi le rôle de la femme doit-il être plus renforcé dans le domaine politique ?

Les femmes constituent, au même titre que les hommes, des citoyennes à part entière de notre pays. Il est de l’ordre de l’évidence de leur permettre d’avoir leur mot à dire en ce qui concerne sa gestion. Il ne s’agit pas d’une faveur. C’est une chose logique. En cela, je me réjouis du fait que nous aurons très bientôt une meilleure représentativité des femmes au Parlement, haut lieu de notre démocratie. C’est un excellent début pour le Bénin.

De votre expérience, qu’est-ce qui vous a permis de décoller par rapport aux autres femmes dans ce même environnement que tout le monde décrie ?

Décoller ? Je ne pense pas. Pour ma part, j’ai toujours pensé qu’il n’y a pas grand monde, à part moi-même et la providence divine, qui puisse m’empêcher de me fixer des objectifs, et de travailler à les atteindre. À partir de cette conviction, je ne me suis pratiquement jamais imposé des limites chaque fois que j’ai jugé utile de me consacrer à certains challenges. C’est le cas pour énormément de femmes qui travaillent, pour la plupart dans l’ombre, pour triompher au quotidien de nombreux défis. Les femmes sont des personnes très résilientes et je leur rends ici hommage pour leur courage. Elles sont sublimes de beauté.

 

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