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Désapprobation du prix du ciment : Bras de fer à Natitingou

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Les prix du ciment fixés par le gouvernement en vue de pallier la cherté des produits de grande consommation, ne passent pas, surtout au nord du pays. Les revendeurs estiment que ces prix les plombent. Ils se plaignent, pour cause, du prix de la tonne du ciment déjà élevé à l’usine, du transport onéreux et des charges locatives et de manutention.

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON

À Natitingou‚ la Direction départementale de l’industrie et du commerce (Ddic) a mis des entrepôts de ciment sous scellé. Signe du bras de fer avec les revendeurs du ciment. «Scellé par la Ddic Atacora/Donga. À ne pas briser sous peines de poursuites judiciaires»‚ lit-on sur les papiers blancs collés sur les portes des lieux. Il est reproché aux tenanciers‚ le non-respect des prix fixés par le gouvernement que‚ eux‚ jugent inapplicables.

Au titre des mesures de soutien aux populations face à la flambée des prix de certains produits de grande consommation, le conseil des ministres du mercredi 23 mars a décidé du maintien à leur niveau actuel jusqu’au 30 juin prochain les prix du ciment. Ainsi, au nord du pays, la tonne du ciment varie au minimum entre 82.000F (Parakou/ Borgou) et 90.000F (Kandi /Alibori). À Natitingou dans le département de l’Atacora, il est fixé à 85.000F et les revendeurs en sont mécontents.

« Le prix à l’usine s’élève à 70000F, les grossistes vont y ajouter 5000F, le transport privé nous revient au minimum à 18000F. Je pense que nous tournons déjà autour de 93000F. Et le gouvernement nous demande de vendre ce ciment-là à 85000F à Natitingou. Nous n’avons même pas encore évoqué la manutention. Lorsque le camion sera à destination, il faut payer ceux qui vont le décharger. Dans nos entrepôts lorsque le client arrive, il faut aussi payer le gérant par paquet d’abord, son salaire n’est pas compris. Le revendeur, où est son bénéfice ? », confie, très en colère, un revendeur de Natitingou ayant requis l’anonymat.

Deux industries approvisionnent le Bénin en ciment. Il s’agit des sociétés Lafarge et Nocibe. À en croire notre source, leurs parkings sont actuellement débordés. « Il y a plus de 600 camions sur le parking de Nocibe seule. Donc si tu envoies un camion à l’usine, il passera au minimum 7 jours, soit une semaine avant d’être chargé. Avant, tu peux avoir un camion chaque deux jours. Donc un camion faisait au moins trois voyages par semaine sur Natitingou, ce qui lui faisait au total douze voyages par mois. Mais aujourd’hui ça fait deux ou trois voyages au plus par mois. Donc le transport nous revient cher. Soit tu acceptes, soit tu ne trouves pas de camion et tu n’as pas de marchandises », a-t-il déclaré.

La plupart des revendeurs, dit-il, ont monté leur business sur des prêts. « Pour prendre un camion de ciment il faut actuellement au minimum sans transport 75000Fx5 ; le plus petit camion prend, en effet, cinq tonnes. Ajouter enfin le transport. Vous voyez ? Il faut contracter un prêt de trois millions de francs au minimum pour faire ce commerce. Les trois millions, au niveau des structures de microfinance, nous devons rembourser au moins 320 000F par mois. Nous allons gagner combien pour payer les charges locatives, les salaires, les impôts et aussi rembourser les prêts ? », a-t-il interrogé.

Grève

Les revendeurs ont clairement affiché leur désapprobation des prix fixés par le gouvernement. Ils ont décidé de fermer leurs dépôts à l’issue d’une réunion, le mercredi 16 mars avec le Directeur départemental de l’industrie et du commerce (Ddic) de l’Atacora/Donga qui leur aurait annoncé une sanction allant de 50000F à 500 000F d’amendes en cas de non-respect de la décision gouvernementale. « À la sortie de cette réunion nous avons convenu d’une grève et nous avons fermé nos dépôts le mercredi 16 mars à 14h et le jeudi. »

Les revendeurs se disent déterminés à tenir tête car convaincus que « Le prix du ciment fixé par le gouvernement ne cadre pas avec les réalités du terrain. Aussi, ces prix ne sont pas étudiés avec les acteurs du secteur. » Ils appellent le gouvernement à revoir le prix en concertation avec les usines. Sinon, les revendeurs de Natitingou préfèrent basculer dans la clandestinité. Une réunion entre les deux parties est annoncée pour ce vendredi matin.

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