Le Fa en tant que verbe de Dieu et de tous les Vodun, sa consultation publique à l’intention du pays sur commande du président (hier le roi), s’accompagne d’une ordonnance de “Vô” propitiatoires mais aussi de comportements en vue d’une année de paix et de cohésion.
Nul n’est assez omniscient pour deviner le signe que la consultation réserve. Si Patrice Talon le savait, peut-être n’aurait-il jamais envisagé la réforme -salutaire et surtout indélébile – qui ramène le To Fa sous l’autorité de l’État dès l’édition 2024. Patrice Talon, intransigeant et très pointilleux quant au respect de l’indépendance des institutions s’est fait littéralement avoir par le signe révélé mercredi à Ouidah sous ses yeux.
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“Sa Aklan” a clairement indiqué que le bonheur en 2024 viendra du «bienfait fait aux femmes». Cette retentissante exhortation, transposée dans le champ politique est lourde de sens pour le chef de l’État. Sous son mandat, plusieurs femmes croupissent en prison. Surtout la brillante femme politique Reckya Madougou reconnue coupable de « financement du terrorisme » et condamnée à 20 ans de prison. Or, il y a un moment que le chef de l’État a accordé de grâce présidentielle.

Le cas Madougou et bien d’autres constituent un os majeur dans la gorge de la classe politique qui s’accuse mutuellement sans que les concernés n’y trouvent encore leur compte. La mouvance jure que le droit a été dit, pendant que l’opposition menée surtout par Les Démocrates crie à l’élimination, par instrumentalisation du pouvoir judiciaire, de sérieux concurrents politiques.
Au cœur de ce micmac, impossible d’écarter Joël Aïvo. Le 7 décembre 2021, celui-ci venait d’égrener 2 ans de prison sur un chapelet de 10 ans pour blanchiment de capitaux et complot contre l’autorité de l’État. Sans oublier les autres, Sébastien Ajavon, Valentin Djenontin, Komi Koutche qui se vendent tous comme martyrs de positionnement politique.
Si donc, il faut faire du bienfait aux femmes, Reckya Madougou ne mériterait-elle pas par syllogisme le «bienfait crucial de la libération» ? Un bienfait qui, par effet de contagion, profiterait sans conteste aux personnes embourbées dans les mêmes déboires.
Surtout parce que, au-delà des querelles politiques, ce sont aussi des milliers de «simples citoyens béninois» émotionnellement gênés de leur chemin de croix, qu’ils le méritent ou non.
«Patrice Talon est en train de finir très impopulaire alors qu’il a fait certaines choses importantes, les infrastructures routières notamment. Mais tout cela se noie dans un certain égocentrisme qui irrite tous», critique auprès de Bénin Intelligent un politologue ayant requis l’anonymat.
Pour la décrispation, celui-ci penche vivement pour une libération même sous contrôle face à la mort programmée de la proposition de loi d’amnistie au parlement. Patrice Talon «n’est pas si intelligent qu’il le croit. Autrement, il aurait confondu tout le monde en cédant aux nombreuses requêtes les concernant… Il serait ainsi entré dans l’histoire…», confie-t-il.
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La justice a tranché certes mais le Fa comprend que le peuple aspire à la convivialité. Le dénouement qui a échappé à la classe politique le To Fa semble le réaliser. Il ne manque que l’audace politique. Patrice Talon est bien contraint de déplacer son intransigeance.
Mais si par extraordinaire le statut quo triomphe, la question Madougou-Aïvo et compagnie pèsera lourd dans les campagnes pour 2026. La mouvance pourrait en faire davantage les frais. L’opposition étant prête à la brandir auprès des populations comme l’illustration parfaite de la “persécution présumée” des voix politiquement discordantes.
