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Nord-Ouest Bénin : Contrer les voies du terrorisme

Par Arnauld KASSOUIN
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Au nord-ouest du Bénin, les actes terroristes deviennent plus prononcés et déstabilisants. Cette situation profite aux groupes armés terroristes en termes de mobilité facile vers les pays côtiers. Le Bénin serait-il devenu une plaque tournante des mouvements terroristes ?

Le fuseau nord-ouest du Bénin est la région la plus touchée par les conséquences du terrorisme au Bénin. L’Atacora, pour être plus précis, a enregistré depuis 2019 un nombre important et croissant d’actes de terrorisme. À titre illustratif, sans détails allant dans ce sens, Timbuktu Institute fait le même constat dans son rapport sur « Perceptions juvéniles de la radicalisation et de l’extrémisme violent au nord du Bénin ».

En effet, ledit document confirme que « le département de l’Atacora connait une incursion des éléments des groupes terroristes sur son territoire », page 24. De plus, l’économie illicite à travers notamment la vente de bétail volé bat aussi son plein. En réalité, l’insécurité dans cette partie septentrionale du Bénin favorise le développement de l’économie illicite sous diverses formes.

Les terroristes ne sont pas pour autant inconnus des populations. « Les terroristes, quand on les voit, on les reconnaît tout de suite », assure une commerçante de bétails à Kouandé. D’ailleurs, les populations semblent ne plus les craindre. « Moi-même, j’ai vécu avec eux depuis 2021 jusqu’à récemment dans le cadre de mes activités commerciales », avoue sous anonymat une source. « Ils (les terroristes) ne ressemblent ni aux Peulhs, ni à nos semblables », souligne la commerçante à Kouandé. « Ce sont des gens qui ont beaucoup d’argent et qui volent des milliers de têtes de bétail. Qui par la suite viennent les revendre à bas prix, ce qui nous profite. Moi-même, je ne vais pas mentir, j’en ai profité », reconnaît la commerçante d’un air dérangé.

La conséquence directe de cette situation est le renforcement du lien social entre eux et les autochtones. Car l’économie locale est essentiellement trempée dans l’informelle. Ce fait n’est pas propre à cette localité. En fait, le poids de l’économie informelle représenterait environ 60% du Pib béninois selon Coface.

Nord-Ouest sous les projeteurs

Dans le nord-ouest Bénin, l’activité informelle la plus rentable est la contrebande du carburant et le trafic de produits stupéfiants. Les groupes terroristes exploitent cette réalité. Surtout avec l’embarcadère Madécali au bord du fleuve Niger dans la commune de Malanville par où transitent des centaines de milliers de fûts d’essence et de gazole pour approvisionner le nord Bénin, le nord Togo et l’est du Burkina-Faso par la frontière avec Porga (commune de l’Atacora). L’implication de ces groupes terroristes est plus « profonde » dans le nord-Est du Bénin que ce qu’on croirait déclare une actrice de la société civile sous anonymat. Pour elle, « ce ne sont mêmes pas eux (les groupes terroristes) qui recrutent, ce sont plutôt les jeunes qui vont vers eux ». A la recherche d’opportunité, ceux-ci n’hésitent pas à proposer des services moyennant rémunération aux personnes étiquetées terroristes.

Ces services couvrent le renseignement, le ravitaillement et l’effort de guerre. Bien que le nord-Est Bénin soit une zone stratégique pour les groupes terroristes, le Nord-Ouest du Bénin demeure une zone de turbulence pour l’Afrique de l’Ouest. Le circuit du marché de la contrebande alimenté par la zone Kourou-Koualou qui relie le Bénin et l’Est du Burkina Faso par l’entremise de Porga caricature l’argumentaire précédant. Puisque celui-ci sert de couloir de transit pour les groupes terroristes opérant aussi bien dans le nord du Bénin que du Togo. De même, à considérer le nombre d’incident sécuritaire enregistré dans la région, un parallélisme est vite fait. L’objectif des groupes terroristes, c’est de fragiliser la stabilité régionale en prenant comme base arrière le Nord Bénin. « La situation dans cette partie septentrionale du Bénin est plus qu’une préoccupation nationale » alerte Timbuktu Institute.

« Nouvel épicentre côtier »

L’escalade sécuritaire en cours dans le nord-ouest Bénin est révélatrice d’une déstabilisation sécuritaire régionale. « Elle pourrait être porteuse d’un risque régional de l’émergence d’un nouvel épicentre côtier » renchérit Timbuktu Institute. En vérité, les groupes armés terroristes profitent de la mobilité facile créée par la porosité des frontières pour se servir du Nord-Ouest du Bénin comme zone de transit. Face à la nouvelle configuration de l’espace sécuritaire, les autorités béninoises ont engagé des politiques de contre-terrorisme. Mais, force est de constater que la réponse militaire n’est pas efficace à 100%.

De 2019 au premier trimestre de 2024, les attaques terroristes directes et les incidents sécuritaires se sont ainsi décuplés, confie à Bénin Intelligent un acteur des questions sécuritaires. « Le phénomène terroriste semble persister à cet effet avec une menace qui s’étend depuis le nord en créant même des espaces de transit à partir de la Donga, voire le Borgou », observe Timbuktu Institute (page 32).

De 5 attaques terroristes directes répertoriées en 2021, la zone Nord-Ouest du Bénin a connu un pic atteignant 20 attaques directes en 2023. Ce qui de fait place la région Nord-Ouest Bénin comme la zone la plus touchée en termes d’attaques terroristes directes. En ce qui concerne la détection d’engins explosifs, le constat est le même de 2021 à 2023. D’un engin explosif détecté en 2021, cette partie du Nord Bénin a enregistré jusqu’à 12 engins explosifs détectés, selon la même source de Bénin Intelligent qui a préféré l’anonymat. Ce qui place cette localité tout haut en termes d’impact en matière de terrorisme.

Le Nord-Ouest Bénin est la région enregistrant le plus de subversivité. Le sociologue A. M pense que tous les mécanismes de résolution de conflits doivent tenir compte de l’avancement cartographique de la menace terroriste. « Parce que nous avons deux grandes catégories d’espaces : il y a le Nord-Est qui présente une image harmonieuse et calme, et il y a le Nord-Ouest où l’on ne peut plus parler de prévention mais plutôt de résolution de conflit », explique-t-il.

Encadré

Miser sur la socio-histoire pour la paix

S’il y a bien une solution sur laquelle certains analystes s’accordent, c’est l’endogénéisation des modalités de résolution de conflits. Parce que le terrorisme dans cette localité prospère sur des dynamiques de conflits anciens. En effet, la faillite de l’Etat burkinabè a participé à l’extension du phénomène terroriste dans la région administrative de Pama qui fait frontière avec le Bénin. Cette dernière est devenue depuis 2019 une zone de refuge pour les groupes terroristes. Dans cette nouvelle structuration cartographique, les zones frontalières septentrionales du Bénin et du Togo connaissent une insécurité d’envergure. C’est dans cette ambiance d’insécurité que « s’invite la problématique des groupes armés terroristes », documente le rapport numéro 132 de Lasdel. La même étude rapporte que « les frontières nord du Bénin et du Togo font partie désormais de la nouvelle ligne de front terroriste en Afrique de l’Ouest à la jonction d’avec la bande saharo-sahélienne ».

La même étude suggère que pour contourner « le parasitage des conflits locaux » à d’autres fins, qu’il y a nécessité de prendre appuie sur des approches holistiques. Par ailleurs, il propose de partir « des profils types de société » pour circonstancier les approches de solutions. Après tout, « la cohésion sociale n’est pas synonyme d’absence de conflit, mais implique des capacités de gestion des sources de conflit » précise le rapport. Pour, E. A. politologue sous anonymat, « une approche occidentale et étatique de la lutte contre le terrorisme ne peut pas tout résoudre ». Car « les connaissances traditionnelles peuvent jouer un rôle dans la lutte contre le terrorisme » prône le politologue. Pour une résolution de conflit efficace, il affirme qu’il « faut tenir compte des citoyens, des acteurs locaux et en particulier des chefs traditionnels, comme les chasseurs » par exemple. Ces derniers posséderaient « des connaissances géographiques très précises que les systèmes d’information habituels ne peuvent pas fournir ».

Arnauld KASSOUIN

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