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Créativité artistique : L’INMAAC sublime l’héritage archéologique

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Après des visites de terrain, les étudiants de l’Inmaac présentent jusqu’au 7 février prochain à l’Uac, dans le cadre du projet Arts’Chéo Vision, une série de peintures numériques interpellant sur la destruction des vestiges du passé. Un cri du cœur pour que l’archéologie retrouve sa place dans le développement socioéconomique.

« Je retiens, très ému, que notre bohumba et nos tenues en batik ou en kanvô n’ont rien à envier aux habits dits modernes ! Le charme est encore plus puissant lorsque je remarque que les artistes y insufflent leur créativité. » Luc, étudiant à l’Ena, ne s’attendait pas à pareille performance en rentrant ce lundi 27 janvier à la fin des cours. Il avait été attiré par une foule grandissante et s’était arrêté, tout curieux. L’extase dura plus d’une heure, il était conquis.

Sur un tapis en damier blanc noir, installé au milieu de deux grandes bâches face à face, 13 étudiants ont joué les mannequins pour sublimer 26 créations imaginées et créées par des étudiants en Arts plastiques. Le défilé intitulé ”Entre traditions et modernité” est organisé par les étudiants en 3e année de licence en Administration culturelle. À l’encadrement, Modeste Tchibozo et Dr Blandine Agbaka, Cheffe du Département des arts visuels et du Patrimoine.

Démarches assurées, postures élégantes, regards confiants : l’aisance des étudiant.es ”mannequins” force l’admiration. Chaque silhouette épouse à la perfection le vêtement qu’elle met en valeur. Le clou du défilé ? Une montée en intensité où l’on passe des habits traditionnels aux créations contemporaines inspirées par le patrimoine culturel, le tout accompagné par l’immarcescible morceau ”Bomba” d’Angélique Kidjo.

Les spectateurs sont suspendus à chaque mouvement. Un murmure d’émerveillement court dans la foule. Puis, des applaudissements nourris s’élèvent.

Une immersion artistique saisissante

Avant cette performance captivante, un vernissage avait déjà marqué les esprits. Une quarantaine d’œuvres numériques, de tailles variées, transportaient les visiteurs dans un voyage entre passé et modernité. Des artistes diplômés de l’Inmaac, Emmanuel Agbo et Espoir Oloukou avec l’appui de Verckys Ahognimètché ont assuré l’encadrement de la résidence de création de l’exposition Arts’Cheo Vision.

« Les fragments d’histoire deviennent des œuvres vivantes et intemporelles », expliquait Miguel Gbènontin, porte-parole des étudiants. Le message est clair : se réapproprier notre histoire pour mieux avancer.

L’archéologie, pourtant essentielle à la préservation du patrimoine, reste trop peu explorée, financée et valorisée. Cette exposition entend rappeler l’urgence de la question.
Les étudiants ont puisé leur inspiration dans les sites qu’ils ont visités sous la coordination du directeur adjoint de l’Inmaac, professeur – Archéologue Didier N’Dah.

Ouidah, abordée sous l’angle de la « route du sel » ; Dogbo, et sa légende des hommes à queue; Abomey, berceau de la royauté et des Agoojié; et Cana, ville sacrée du Danxomè.
Sur l’esplanade de l’École nationale d’administration (Ena), le parcours débute avec des œuvres teintées de nostalgie. L’une d’elles évoque la disparition du savoir-faire ancestral de l’extraction du fer.

« Ces métallurgistes d’exception ont disparu, et les sites sont abandonnés », commente Dr Blandine Agbaka, coordonnatrice de l’exposition et du défilé.
Odilon Hounnou, étudiant en 3e année d’art plastique, a voulu raviver cette mémoire dans son tableau ”Atelier de forge”. « Ce savoir-faire a disparu au XVIIe siècle, mais l’histoire résiste toujours. Je lui ai donné forme pour que l’État s’en souvienne.»

Un plaidoyer puissant pour l’archéologie

Loin d’un simple constat alarmant sur l’état des sites archéologiques, les œuvres expriment surtout un appel à la redécouverte et à la transmission. Les étudiants proposent une vision dynamique où le passé devient un moteur pour la création contemporaine.

L’œuvre “Vision divergente” d’Ahouansou Schélomith est éloquente à ce propos. Elle propose une composition percutante : deux yeux disproportionnés, l’un en larmes, l’autre marqué du sigle “Fcfa”. Puis un pied géant, en guise de nez, écrasant des poteries sous la pression d’un caterpillar jaune.

Le message est clair : la modernité et l’obsession du gain bafouent le passé. L’œil marqué ”Fcfa” symbolise le sous-financement chronique de l’archéologie. Ce n’est pas un hasard si l’archéologie suffoque en Afrique de l’Ouest. L’urbanisation galopante et l’absence de fouilles préventives dévastent des sites d’une richesse inestimable.
L’exemple d’Agongointo, à Bohicon, est frappant. Cette cachette souterraine a failli disparaître sous les dents acérées des bulldozers. Il n’a survécu que par un concours de circonstances.

Pour les jeunes artistes, cauris et poteries sont des trésors, tout comme les structures excavées d’Abomey, véritables forteresses stratégiques de défense encore pertinentes aujourd’hui. Sans oublier ces abris souterrains, bâtis avec une ingéniosité remarquable et qui résistent aux assauts du temps depuis des siècles.

Les œuvres de l’exposition appellent à un sursaut : s’accrocher à l’archéologie, c’est retrouver nos racines pour mieux construire l’avenir. Autrement, la science archéologique doit retrouver sa véritable valeur sous les tropiques : une «science du passé qui continue dans le présent». À cet effet, l’image forte d’un smartphone connecté à une poterie illustre cette nécessaire conciliation entre tradition et modernité. La poterie, l’artiste l’appréhende comme une «identité humaine».

Certaines œuvres capturent même le désespoir des ancêtres, consternés par la destruction du patrimoine qu’ils ont transmis. Dans l’un des peinture, un roi revenu de l’au-delà tente de reconstruire, en larmes, les murs délabrés du Danxomè.

Une collaboration inédite

Le projet collaboratif Arts’Chéo Vision a pour thème «Les sites archéologiques, sources d’inspiration pour les expressions artistiques». Coordonné par le directeur de l’Inmaac, professeur Romuald Tchibozo, il a permis un dialogue inédit entre différentes disciplines artistiques : musique, art dramatique, arts plastiques, cinéma et administration culturelle. Une synergie qui a révélé l’immense potentiel des étudiants.

Les peuples à qui l’on a nié une histoire, une culture, un passé glorieux, devraient chérir l’archéologie. Les étudiants de l’Institut national des métiers d’art, d’archéologie et de la culture (Inmaac) démontrent qu’elle peut revivre à travers l’art et trouver une place dans le monde d’aujourd’hui. Leur travail prouve que mémoire et innovation ne sont pas incompatibles, mais complémentaires. Une leçon précieuse, servie avec passion et talent.

Impossible d’occulter l’Ambassade de France au Bénin, bras financier du projet. Avec une attention particulière sur le renforcement des capacités des étudiants, souligne Lionel Briand, chargé de Coopération et Actions culturelles à l’Ambassade de France.

Le Arts’Cheo Vision fait d’ailleurs suite à celui de ”Patrimoine 2.0″. Le représentant de l’ambassade réaffirme l’engagement de son pays à accompagner la politique de promotion de la culture en cours depuis 2016, dont le point d’orgue a été la restitution des trésors royaux.

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