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Entre aide sécuritaire et extraction minière : Les dessous de la présence russe en Afrique

Par admin
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Le 25 avril, le gouvernement burkinabè a accordé un nouveau permis d’exploitation aurifère à la société russe Nordgold pour la mine de Niou, située au Centre-Nord du pays. Ce permis couvre une superficie de 52,8 km² et devrait permettre l’extraction plus de 20 tonnes d’or sur une période de huit ans.

Derrière cette nouvelle autorisation plane le spectre du néocolonialisme. Sous couvert de partenariats sécuritaires contre le terrorisme, Moscou étend son emprise en Afrique tout en mettant la main sur ses ressources stratégiques. Tandis que la situation sécuritaire continue de se détériorer et que les accords économiques se multiplient, une question s’impose : les États africains bradent-ils leur souveraineté économique pour une sécurité de façade ?

Le partenariat sécuritaire russe synonyme de perte de souveraineté

Derrière la façade d’un soutien militaire, la Russie tisse au Sahel une stratégie d’influence fondée sur l’exploitation économique et la dépendance sécuritaire. Mali, Niger, Burkina Faso : ces pays, parmi les plus touchés par le terrorisme en 2024, ont tous fait appel à Moscou — via les mercenaires de Wagner ou Africa Corps — dans le but d’enrayer la spirale de la violence. Mais les résultats sont alarmants : près de 40 % des attaques djihadistes mondiales visent cette région.

Malgré cette insécurité persistante, la Russie continue de renforcer sa présence économique. Derrière chaque déploiement militaire se cache des contrats économiques, un accord minier, une concession pétrolière ou un accès aux diamants. Selon Global Witness, Bamako aurait cédé 25 % de ses réserves de manganèse à des entreprises russes en échange de la protection de ses infrastructures. Une logique décrite comme « du troc sécuritaire » par Enrica PICCO (Crisis Group), où les États, à court de moyens, offrent leurs ressources en guise de paiement. Ce modèle d’« assistance » soulève de vives inquiétudes : la souveraineté économique est bradée au profit d’une influence étrangère grandissante.

En Centrafrique, la mine d’or de Ndassima est tombée aux mains des mercenaires du groupe Wagner en 2019, devenant leur principale source de financement dans le pays. Bois, diamants, or : rien n’échappe à l’appétit vorace de Moscou. Et cette fringale ne faiblit pas — la mine d’Idéré, à l’ouest du pays, serait désormais dans le viseur de cette prédation organisée.

Au Burkina Faso, pourtant soutenu militairement par Moscou, plus de 15 000 personnes ont été tuées depuis le coup d’État de 2022. Pendant que le pays s’enfonce dans le chaos, près de 30 % de son budget est absorbé par l’effort de guerre — sans résultat tangible sur le terrain. Moscou, pourtant partenaire sécuritaire ne semble pas souffrir de cette situation et multiplie les bénéfices économiques en s’accaparant l’or et le sous-sol du pays.

Le partenariat russe, loin de garantir la sécurité, s’impose comme un levier d’ingérence économique. Sous couvert d’assistance, Moscou capte les richesses au dépend des populations et installe une dépendance stratégique lourde de conséquences pour la souveraineté des pays africains.
Il est par ailleurs paradoxal que la France soit autant décriée au Burkina Faso pour avoir prétendument pillé les richesses alors qu’elle n’a jamais eu d’exploitation minière sur place depuis plus de 30 ans.

L’illusion sécuritaire russe : protéger les intérêts, pas les innocents

Une analyse croisée des zones minières sous contrôle russe au Burkina Faso, de la présence d’Africa Corps et des zones d’insécurité montre un constant troublant : Moscou déploie ses forces loin des foyers de violence, préférant sécuriser les sites stratégiques liés à l’extraction de ressources.
Africa Corps serait notamment positionné à seulement 20km de Ouagadougou et des principales zones minières russes. Plutôt que de répondre à l’urgence sécuritaire dans les régions les plus touchées, la Russie semble concentrer ses moyens autour de ses intérêts économiques les plus sûrs et les plus rentables.

L’abandon de la mine de Taparko par Nordgold en 2022, officiellement pour raisons de sécurité, souligne ce calcul stratégique : lorsque les risques deviennent trop élevés, Moscou se retire. A contrario, les mines actuellement exploitées se trouvent dans des zones plus stables.
Derrière le discours de coopération sécuritaire se cache une logique purement extractive. La Russie ne protège pas les civils — elle protège ses actifs. Et en échange de cette “assistance”, les régimes en place lui cèdent des concessions stratégiques. Une illusion de sécurité qui se traduit, sur le terrain, par une mainmise renforcée sur les ressources et un abandon des zones les plus vulnérables.

Les attaques terroristes récentes de Djibo et de Diapaga interrogent. Comment expliquer qu’en dépit des moyens aériens déployés, ces attaques n’aient pas été anticipées et détectées ? comment expliquer que les soldats burkinabè ont courageusement combattu jusqu’au dernier pendant des heures, sans recevoir de renfort ?

Par A. A

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