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Discrimination religieuse : Non, Sonia Agbantou n’est pas morte du Vodun

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
1 Commentaire

Au Bénin, la douleur liée à la mort de Sonia Agbantou a aussitôt viré sur le terrain de la discrimination religieuse. Sans surprise, le tribunal des réseaux sociaux s’est mis en branle… et le Vodun, une fois encore, est pointé du doigt.

Lundi 23 juin 2025, à Dijon (France), Sonia Annick Agbantou a rendu l’âme à l’âge de 39 ans. La nouvelle a plongé proches, amis et internautes dans l’émoi. Selon les proches qui rapportent les résultats de l’autopsie, aucune cause criminelle ou toxique n’a été identifiée. Pourtant, depuis l’annonce de sa mort, des internautes jurent que, si la médecine moderne n’a trouvé aucune cause, c’est bien parce que la mort de la vlogueuse, présentatrice télé est d’origine occulte, vodun.

En cause : la conversion de Sonia Agbantou à la religion du Vodun dont elle est prêtresse. Dans plusieurs vidéos sur sa page Tiktok, elle avait récemment affirmé avec force et conviction son attachement au Vodun, qu’elle décrivait comme un retour aux sources et un apaisement intérieur.
Mais à peine la nouvelle de sa mort tombée que les discours de stigmatisation ont resurgi, comme un écho aux siècles de diabolisation hérités de l’entreprise missionnaire occidentale.

« Mourir en Jésus-Christ est la meilleure option, puisqu’il garantit la vie éternelle », écrit un internaute. « Chez vous, quand tu meurs, on t’enlève même le Vodun. Finalement, tu perds même ce à quoi tu as cru », lance un autre, prétendant opposer sacrements chrétiens et rituels vodun. « Jésus revient bientôt. Repentez-vous ! Le Vodun ne pardonne pas », prophétise un autre encore.

Des mots crus, violents, qui ont suscité l’indignation de plusieurs observateurs et internautes. Gloria Koessi-Govor, proche de la défunte, s’insurge : « Ceux qui disent “donnez votre vie à Dieu”, je vous emmerde. Ne mourez jamais. Demeurez éternels. Vous ne respectez même pas la douleur des autres. Mais quel Dieu vous a enseigné cela ? »

Un autre commente avec ironie : « Donc, avant la colonisation religieuse, où le Danxomè et environs était dominé 100% par le Vodun, on ne vivait pas longtemps ? Le Bénin d’aujourd’hui ne compte aucun fidèle du Vodun âgé ? » Pour Dah Rabbi Tan, c’est « Comme si personne n’a donné sa vie à Jésus et est mort le lendemain ».

Le coup de gueule le plus retentissant est sans doute celui du chanteur Fo Logozo. Un post avec 1076 j’aime, 314 commentaires et 120 partages.

«Les gens ont perdu un proche. Ils en souffrent. C’est en ce moment que toi tu viens mettre en commentaire, «Si jeune ? Est-ce que le défunt avait donné sa vie à Jésus ? Jésus est la solution». Quand on donne sa vie à Jésus, on ne meurt pas amingan ? Chers Jesulâtres, vous êtes sur que tout fonctionne normalement dans votre cerveau ? Vous fumez quoi au juste, au point de croire que vous êtes ses anges ou porte-paroles sur terre? Quand vous irez dans votre paradis, fermez derrière vous la porte et avalez la clé mais pardon, foutez la paix aux autres bon sang », dénonce-t-il sur Facebook.

Par ”jésulâtres, il entend «un adorateur zélé du Christ qui interprète mal sa parole et qui indispose son entourage avec des propos indécents. Il ne respecte pas la douleur des familles éplorées.»

La disparition de Sonia Agbantou devient ici le prétexte d’un procès public contre une religion ancestrale. La connotation sociale associe l’essence du Vodun à la mort, au malheur, à la damnation. Comme si la foi chrétienne, elle, était un talisman contre la fatalité. La douleur d’une perte pouvait-il légitimer des leçons de spiritualité à sens unique ? «Or, des pasteurs et des imams meurent aussi sans jamais être “punis” par leur croyance», souligne un observateur.

Intolérance religieuse

Au-delà du deuil personnel que vit la famille de Sonia Agbantou, c’est un deuil collectif du respect de la pluralité religieuse qui s’impose ici. Sonia Agbantou est morte dans la dignité de son choix spirituel, comme tant d’autres croyants ou non-croyants à travers le monde.

À l’heure où le Bénin revendique son identité plurielle et célèbre à la fois ses racines et son ouverture, la tolérance religieuse ne devrait pas être une option, mais un impératif. La mort n’est pas un champ de croisade. C’est un appel à la retenue, au respect et à l’humanité.

Dimanche 22 juin dernier seulement, la Communauté Vodun du Bénin a, pour la première fois, dénoncé collectivement et publiquement les «propos hérétiques et sacrilèges l’encontre de la religion Vodun» par «certains membres indélicats et imprudents des différents Clergés des religions importées.» C’est dire que la stigmatisation et la diabolisation du Vodun a bien la peau dure.

Sonia Agbantou n’est pas morte du Vodun. Elle est morte libre, fidèle à elle-même, à la corde culturelle héritée de ses ancêtres. Il faut opposer à ceux qui, dans la mort des autres, cherchent la confirmation de leurs peurs, la pureté de leurs croyances, l’intelligence du vivre-ensemble. Non, Sonia Agbantou n’est pas morte du Vodun. Elle est morte libre, honnête et fière !

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1 Commentaire

Sibrice juillet 17, 2025 - 5:39 pm

Si non beaucoup pensais quelle était morte du vodou . C’est vraiment triste.
Que la terre lui soit légère.
Merci beaucoup
Monsieur,Semevo Agbon .

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